diplomatie dans le monde

Rétrospective : La diplomatie dans le monde et en Tunisie en 2017

Par Ali Hachani, ancien Ambassadeur, ancien Représentant Permanent de Tunisie auprès de l’ONU

Le monde est au terme de l’année 2017. C’est le moment des bilans. Nous nous proposons dans ce qui suit d’essayer de faire le point des relations internationales en cette fin d’année et de l’interaction des événements qu’elles ont connus ainsi que de leurs répercussions éventuelles sur l’année qui s’annonce, avec une référence au déploiement de la diplomatie tunisienne tout au long des mois passés.
La vie diplomatique dans le monde en 2017 s’est caractérisée par des zones d’ombre et d’autres que nous pouvons qualifier des zones d’éclaircie avec quelques éléments d’incertitude. L’année était riche en rebondissements- que nous passerons en revue à l’occasion de l’examen de ces différentes zones-avant de terminer par la « bombe » de la reconnaissance par les Etats Unis d’Amérique d’El Qods comme capitale d’Israël, décision qui est en passe de devenir la plus déterminante de cette période avec des effets incalculables sur l’année prochaine et probablement les années d’après.
A/Zones d’ombre :
1/Les « chambardements » découlant du début effectif du mandat présidentiel de M. Donald Trump aux Etats Unis d’Amérique :
Contrairement aux attentes de certains observateurs, pronostiquant qu’au contact du pouvoir le nouveau venu à la Maison Blanche nuancerait ses positions les plus éloignées des traditions de la politique étrangère de son pays, la réalité a démontré que ces positions étaient bien ancrées dans ses convictions et qu’il avait bien l’intention de les mettre en avant quelles qu’en soient les conséquences et ce au nom d’un nationalisme poussé à l’extrême (l’Amérique d’abord) et d’un désir permanent de satisfaire sa base électorale ultra conservatrice sans tenir compte des engagements pris et des responsabilités particulières de son pays dans le concert des nations .
Dès les premières semaines du mandat, nous avons vu une succession de décisions de portée internationale, dont certaines ont été considérées irrecevables même par d’autres branches des institutions américaines restées heureusement vigilantes et plus mesurées. Ces décisions s’étendent de la migration (surtout celle des musulmans), au commerce extérieur, de l’aide internationale au climat, des relations entretenues avec certains adversaires et même avec certains amis des Etats Unis d’Amérique aux rapports envisagés avec le système de relations multilatérales dont l’ONU et l’UNESCO.
Sous la pression de M.Trump, des dossiers mondiaux, qui avaient connu au cours des dernières années une détente, certes relative, comme celui du nucléaire iranien et la situation dans la presqu’île coréenne, se sont transformés de nouveau en points de fixation pour le monde. La région du Moyen Orient et du Golfe, qui essayait de sortir tant bien que mal du chaos né de politiques nationales et internationales désastreuses, s’est trouvée cette année face à de nouveaux défis provoqués par une « nouvelle alliance stratégique » programmée par M.Trump, alliance dirigée contre l’Iran, nouvel ennemi principal de l’Amérique, d’Israël et de l’Arabie Saoudite et qui a plongé de nouveau la région dans la confusion.
Le peuple Palestinien, qui attend toujours son heure pour se libérer, a vu sa cause gelée et risque même de voir les quelques gains enregistrés à ce jour oblitérés et des éléments essentiels de ses revendications, tels ceux relatifs à l’état indépendant, à Al-Qods et au droit du retour, sacrifiés du fait d’une attitude pro-israélienne jamais vue auparavant même aux Etats Unis d’Amérique. La récente décision de M.Trump de reconnaître Al-Qods comme capitale d’Israël et les préparatifs qu’il a ordonnés pour déplacer l’Ambassade des Etats Unis vers cette ville dans un déni absolu des règles du droit international et de la légalité onusienne, semble devoir détruire toutes les chances d’un règlement pacifique de cette affaire et, en tout cas, a réduit toute chance pour les Etats Unis d’Amérique de M.Trump de jouer à l’avenir un rôle d’intermédiaire honnête dans cette affaire, tout en mettant ses alliés au Moyen Orient en porte à faux, eux qui étaient apparemment séduits par son projet de « compromis du siècle »pour la région.
Pour une première année au pouvoir, le bilan international de la nouvelle administration américaine est des plus étonnants et, si le monde n’y prend pas garde, chacune des décisions prises par M.Trump cette année peut mener, en 2018, à des complications indescriptibles, voire à des conflits aux conséquences incalculables. Quant aux Etats Unis d’Amérique, humanistes et dont le grand peuple est si généreux, ils se trouvent isolés. Ce n’est bon ni pour ce pays ni pour le monde !

2/L’aggravation des déchirements au sein du monde arabo-musulman :

Les pays arabes, qu’ils soient du Machrek ou du Maghreb qui ont vécu six années difficiles depuis l’apparition de ce qui a été appelé « printemps arabe », et dont plusieurs (Irak, Syrie, Libye) ont plongé dans des guerres civiles, ont donné au début de cette année 2017 des signes de début de stabilisation. Cependant, ces pays n’ont finalement pas pu sortir définitivement du marasme et restent sujets aux séquelles du terrorisme et de l’extrémisme religieux, aux appétits politiques divergentes et aux effets déstabilisateurs des interventions étrangères et des luttes d’influence de toutes sortes. Le Yémen quant à lui subit de plein fouet les conséquences d’un conflit politique interne doublé d’un conflit idéologique régional ayant pour enjeu la suprématie sur l’Islam, situation rendue encore plus inextricable suite à l’assassinat en fin d’année de l’ancien président Ali Abdallah Salah et l’aggravation de la crise humanitaire dans un pays classé déjà parmi les plus pauvres.
Si les pays du Maghreb (en dehors de la Libye) ont pu se prémunir tant bien que mal des soubresauts militaires et des actions terroriste d’envergure, l’année 2017 n’a pas été pour eux exempte de problèmes d’ordre politique, économique et social qui ont créé un climat d’incertitude quant à leur avenir immédiat.
Il en est de même des autres pays musulmans d’Asie qui ont réussi pour la plupart à garder une distance par rapport aux problèmes de leurs coreligionnaires arabes mais que l’extrémisme religieux guette et parfois frappe encore de plein fouet (Afghanistan, Pakistan….).
Quant aux pays à majorité musulmane d’Afrique limitrophes du Sahara, mis à part le Sénégal dont la structure sociale et communautaire constitue un rempart contre les dérives, ils sont sujets à des risques continus de déstabilisation et l’année 2017 a vu l’un d’eux (le Mali) frôler le statut de « failed state »(ou Etat en faillite). La tendance observée en 2017 du passage des terroristes chassés des zones de conflit au Moyen Orient vers ces pays africains, à travers le Sahara, pourrait aggraver davantage la situation en 2018, tout comme la migration incontrôlée vers l’Europe et d’autres destinations pourrait étendre le problème du terrorisme tout en rendant plus aiguë la crise humanitaire(déjà très évidente en 2017) touchant les milliers de personnes obligées de risquer leur vie pour fuir l’enfer de la guerre, du terrorisme ou du besoin.
En fait, le monde arabo-musulman, par-dessus tout, a souffert tout au long de l’année 2017 de son incapacité à se débarrasser aux yeux de ses peuples et du monde tout autour de l’image d’une zone source de soucis pour tous et qui n’a pas su se réconcilier avec la modernité. Ceci réduit son pouvoir d’être un acteur efficace dans le concert des nations et ouvre la voie à davantage d’interventions de puissances étrangères attirées tout de même par son potentiel économique et les opportunités qu’offre la perspective de reconstruire ce qui a été détruit par les guerres après avoir largement bénéficié du marché de l’armement qui a alimenté ces guerres. Ceci d’autant que les organisations régionales et sou-régionales, qui ont été créées depuis des années pour aider cet ensemble à solutionner ses problèmes, sont paralysées (Ligue des Etats Arabes, Organisation de la Coopération Islamique) ou carrément menacées de disparition (Conseil de Coopération du Golfe, affecté par la crise entre Qatar et les autres pays de la région qui ne semble pas connaitre son épilogue en cette fin d’année et l’Union du Maghreb Arabe, que les Etats fondateurs ont laissé tomber dans la décrépitude et l’oubli).
En un mot, plus que jamais, les pays arabo-musulmans ont constitué tout au long de cette année 2017, sauf quelques exceptions, une zone d’ombre dans le monde, et donnent peut être l’image de « l’homme malade » dont la récupération risque de se faire attendre, à tel point que, en dépit des vocifération de leur Ligue Arabe et de leur OCI , ils risquent de perdre Al-Qods après avoir perdu la majeure partie de la Palestine.

B/Zones d’éclaircie :
1/Accélération du retour en force de l’Union Européenne et de quelques autres puissances, en particulier la Russie et la Chine :
Cette accélération a été rendue possible dans les pays de l’Union Européenne du fait de l’affaiblissement, ou du moins d’une percée plus limitée que prévu, des forces politiques d’extrême droite au cours des élections qui se sont tenues en 2017, ce qui a écarté les risques immédiats d’entrée de ces pays dans un cycle dangereux d’isolationnisme. De surcroît, la décision du Royaume Uni de quitter l’Union Européenne (BREXiT), bien que posant des problèmes immédiats, semble avoir commencé à libérer cette Union des entraves créées précédemment par des britanniques restés (du moins jusqu’à un passé récent) trop atlantistes dans leur perception des relations internationales. Certes, l’Union Européenne et ses Etats membre ont dû faire face cette année à une vague sans précédent d’actes terroristes et une multitude de tentatives d’immigration clandestine par des personnes ayant traversé la Mer Méditerranée au risque de leurs vies. Elle a également été contrainte de trouver des réponses, pas toujours conformes à ses idéaux proclamés de respect pour la démocratie et les droits de l’Homme, à des revendications indépendantistes, notamment en Catalogne (Espagne). Mais, « le vieux continent » a trouvé en son sein des leaders, nouveaux et anciens, capables de générer l’espoir, voire l’enthousiasme.
Le jeune président français Macron, malgré quelques faux pas, se présente déjà comme un homme posé, fidèle aux idéaux de la France et qui a constitué en 2017, avec d’autres leaders mondiaux, un début de contrepoids à l’attitude impulsive du locataire actuel de la Maison Blanche. Sa position claire sur le climat et plus récemment sur l’affaire palestinienne en sont l’illustration. La Chancelière allemande Merkel, depuis des années facteur de stabilité en Europe et dans le monde, pourrait avoir les coudées plus franches, après sa récente réélection, pour poursuivre sa politique éclairée, surtout en matière d’immigration, si elle arrive à constituer une nouvelle coalition gouvernementale avec le Parti Social-Démocrate, d’autant qu‘elle ne semble pas apprécier outre mesure le comportement hautain de son homologue d’outre atlantique.
L’Union Européenne, destinée elle-même à des réformes importantes et, en particulier, ces deux personnalités, qui semblent déterminées à perpétuer l’alliance stratégique franco-germanique, offrent une chance pour défendre, contre les nombreux défis attendus, la paix mondiale et la coopération internationale en 2018.Même Mme Theresa May, nouveau Premier Ministre Britannique élue à son poste en Juillet 2016, semble vouloir se détacher de la politique étrangère de M.Trump, qui à son tour ne l’épargne pas dans ses messages assassins sur son compte Twitter. Les « liens spéciaux » du Royaume Uni avec les Etats Unis d’Amérique sont-ils en train de se distendre et un rapprochement idéologique avec l’Europe est-il envisageable malgré le divorce du BREXIT ?
Au même moment, l’OTAN, fer de lance de l’orthodoxie militaire atlantique et de l’influence américaine sur le reste des pays occidentaux, semble être en perte de vitesse ne s’étant pas encore relevée des critiques acerbes à son égard de M.Trump durant sa campagne électorale. Certes, cette organisation, vestige de la période de la guerre froide, a tenté de se donner une nouvelle mission notamment en Ukraine en opposition à la Russie, mais ses menées n’ont pas rencontré beaucoup de succès devant des leaders européens occidentaux qui ne voient plus en Moscou l’ennemi absolu éternel et devant une diplomatie russe empreinte de souplesse en dépit des sanctions économique qui sont toujours imposées à ce pays. Cette diplomatie s’est même offert récemment le luxe d’attirer dans son orbite la Turquie, deuxième puissance militaire de l’OTAN.
Le Président Poutine de Russie, ainsi que le Président Xi Jinping de Chine , sont deux personnalités qui ont marqué l’année 2017 par leur mesure et leur habileté politique ayant fait de leurs pays deux puissances politiques et économiques indispensables après les avoir sortis, surtout pour le premier, de l’ornière. Le premier a projeté la puissance de son pays bien au-delà de ses frontières et jusqu’en Syrie et la Libye, avec la possibilité qu’il revienne en force au conflit israélo-palestinien suite à la récente bavure de M.Trump. Le second a étendu le dynamisme économique de son pays en direction de l’Afrique et ailleurs dans le monde. Accompagnés, de deux groupements homogènes et de plus en plus solides, le BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) et l’Organisation de Coopération de Shanghai, comprenant aussi six autres pays membres d’Asie ainsi que plusieurs pays observateurs, ces deux puissances ayant, comme les Etats Unis d’Amérique, des sièges permanents au Conseil de Sécurité de l’ONU avec droit de veto, ont démontré tout au long de l’année une grande capacité à limiter les abus et à imposer un certain équilibre dans les relations internationales ainsi que dans les tractations économiques mondiales.
L’Union Européenne et ses principaux Etats membres, la Fédération de Russie et la Chine, auxquels l’on peut ajouter le Canada du jeune Premier Ministre Trudeau, avec les organisations qu’ils dirigent, seront-ils capables en 2018 de convaincre les décideurs à Washington qu’il n’est plus possible de revenir à l’ère de « l’unilatéralisme» en relations internationales, dont ces décideurs semblent être nostalgiques ? En tout état de cause, il semble bien que le monde devient et restera pour longtemps multipolaire.
2/Confirmation en 2017 du réveil de l’Afrique subsaharienne :
A l’exception notoire des pays à majorité musulmane limitrophes du Sahara, embourbés, à l’image du reste des pays arabo- musulmans, dans des problèmes sécuritaires et politiques pour certains très graves, comme nous l’avons vu plus haut, les autres pays de l’Afrique subsaharienne ont démontré individuellement et collectivement tout au long de l’année 2017 un dynamisme économique exceptionnel qui est en passe de se traduire en influence internationale indéniable. Cette influence s’appuie sur une stabilité politique retrouvée surtout que le dernier élément qui rappelait le « passé de plomb », en la personne de M. Mugabe du Zimbabwe, a été écarté cette année d’une manière globalement pacifique.
Les organisations sous- régionales africaines, telles que la CEDEAO (pour l’Afrique de l’Ouest), la COMESA (pour l’Afrique Australe et Orientale) et la SADC (pour la zone sud-africaine) , qui ont commencé comme rassemblements économiques, sont en train de se donner également un rôle politique et de maintien de la paix que leur envie certainement l’UMA, l’organisation sous-régionale pour les pays du Maghreb que ces derniers sont d’ailleurs en train de délaisser pour rejoindre leurs frères plus au sud. Ceci semble avoir des répercussions positives sur l’Union Africaine qui, contrairement aux organisations rassemblant les pays arabo-musulmans, connait un succès indéniable qui a encouragé un pays comme le Maroc, qui l’avait quittée il y a plusieurs années, à y revenir récemment et y cohabiter avec une représentation sahraouie qu’il ne reconnait pas.
En l’absence d’autres éléments déstabilisateurs, l’espace africain sub-saharien pourrait devenir à partir de 2018 un élément d’équilibre indispensable pour le reste du monde surtout si l’Afrique obtient les sièges permanents qu’elle réclame au Conseil de Sécurité de l’ONU.
C/Zones d’incertitude :
Avec l’Afrique au-dessous du Sahara, les autres pays en développement réunis au sein du Mouvement des Non Alignés et du Groupe des 77 et le Système des Nations Unies, étaient censés jouer ensemble un rôle intermédiaire entre les différents axes antagonistes comme ils l’ont toujours fait durant la guerre froide et immédiatement après. Ce rôle s’est cependant largement éclipsé et nous l’avons encore vu en 2017.
1/Les pays en développement et non alignés :
Embourbés pour certains dans leurs problèmes internes (comme le Venezuela, le Mexique et la Colombie en Amérique Latine) ou dans des ambitions régionales démesurées (comme l’Iran et la Turquie) ou enfin entièrement accaparés par leurs ambitions économiques prometteuses (comme la Malaisie, l’Indonésie et le Vietnam en Asie) et leur engagement dans des ensembles plus prometteurs (comme l’Inde et le Brésil) tous ces pays, qui étaient des piliers de cet ensemble, donnent des signes de vouloir s’en désintéresser.
Le Mouvement des Non Alignés et le Groupe des 77, qui restent modestement actifs aux Nations Unies, ne sont plus que la pale image de ce qu’ils étaient et ne semblent plus être capables de jouer leur rôle de défendre les intérêts collectifs des Etats de petite ou moyenne dimension et de déjouer en cas de besoin les desseins parfois dominateurs des plus forts. Ceci s’est répercuté en partie sur le système multilatéral qui était leur lieu naturel d’action.

2/Le Système des Nations Unies :
L’Organisation des Nations Unies et les autres composantes du système multilatéral, qui étaient considérés comme outil ultime pour la défense de la souveraineté des Etats les plus faibles et la promotion de leurs intérêts économiques et sociaux, sont devenues, à l’image des deux groupes cités plus haut, particulièrement « assagis »fermant les yeux sur de nombreuses atteintes au droit international et au droit humanitaire dans le monde, droits dont elles sont pourtant dépositaires. Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’Homme, sous la houlette du Prince jordanien Zeid Ra’ad Al Hussein a été l’exception rayonnante à cet égard en faisant entendre souvent la voix de la raison dans des situations d’atteinte flagrante à la dignité humaine, comme ce fut le cas cette année de la minorité musulmane en Birmanie.
Le nouveau Secrétaire Général des Nations Unies, M.Antonio Guterres, qui avait suscité énormément d’espoir au moment de son élection, s’est révélé un homme d’administration porté, sous la pression de certains Etats, sur l’assainissement des services et la limitation du budget de l’Organisation , plutôt qu’un « dynamo politique », se déchargeant sur les grandes puissances pour la solution des situations de conflit et évitant de donner l’impulsion nécessaire à l’action des Etats, comme la Charte le lui permet. Ceci a fait sombrer l’Assemblée Générale un peu plus dans la routine et entamé sérieusement la réputation du Conseil de Sécurité comme Organe principal pour la promotion de la paix et de la sécurité internationales. Le fait que les décisions de ce Conseil, pourtant vielles de plusieurs décennies, sur la Palestine soient aujourd’hui bafouées par un membre permanent, en est la dernière illustration cette année. Le projet de réforme du Conseil de Sécurité, sur la table depuis des décennies, ne semble pas avoir avancé cette année encore et pourrait rester en l’état l’année suivante et les années d’après en l’absence de la volonté politique nécessaire des principaux protagonistes.
Tout donne à penser que le rôle régulateur des pays de puissance moyenne et du Système des Nations Unies est resté absent cette année et pourrait le rester pour l’avenir prévisible. Les déséquilibres décrits plus haut et qui ont dominé la vie diplomatique dans le monde pourraient donc perdurer en restant déterminés largement par les rapports de force politique, militaire et économique. Est-ce la meilleure recette pour la paix mondiale ?
D/La diplomatie tunisienne en 2017 :
Au milieu de ce vacarme, la diplomatie tunisienne semble avoir tenté en 2017 de se frayer un chemin essayant de concilier ses principes de base tracés depuis l’ère bourguibienne et des intérêts déterminés par de nouvelles réalités politiques internes nées des élections de 2014,ainsi que des contraintes stratégiques et économiques sans parler du lourd héritage d’un certain passé de la période de l’après révolution….
Si l’argument pour la Tunisie d’être la première « success-story » du printemps arabe semble avoir perdu de son éclat, l’expérience diplomatique du Président Béji Caïd Essebsi et son charisme semblent garder tout leur effet, notamment chez nos partenaires traditionnels, ce qui constitue un atout considérable pour le pays comme l’attestent les nombreuses visites échangées cette année et la signature de nombreux accords dans divers domaines. Le rétablissement dans une large mesure de la sécurité intérieure a donné à notre diplomatie une marge de manœuvre encore plus grande à l’extérieur. Des percées ont été enregistrées avec les pays dits « émergents ». La représentation tunisienne en Afrique est en passe de se renforcer de deux nouvelles Ambassades, cinq bureaux économiques et des vols réguliers supplémentaires de Tunis Air. En fait, notre diplomatie et nos opérateurs économiques semblent avoir retrouvé cette année le chemin de l’Afrique après l’avoir longtemps délaissé. Tout comme nous avons repris notre rôle modérateur en Libye en prenant langue avec la plupart des parties en conflit et en renonçant à notre tète-à tète gênant avec les factions dominantes à l’ouest du pays.
Nos relations avec les autres pays du Maghreb, quant à elles, semblent connaitre un certain « relâchement» alors que nous ne semblons pas pouvoir nous séparer des freins qui empêchent la reprise de liens normaux avec la Syrie ni des engagements pris avec certaines coalitions dont l’action commence à s’avérer gênante.
Notre coopération avec les pays de l’Union Européenne semble connaitre des hauts et des bas et celle avec les institutions financières internationales ne manque pas de tiraillements. En fait, nos relations économiques extérieures, en dépit de la décision salutaire de créer le poste de Secrétaire d’Etat auprès du Ministre des Affaires Etrangères chargé de la diplomatie économique, semblent manquer de visibilité et les dossiers restent éparpillés entre différents Départements, organismes et services ce qui ne facilite pas leur traitement coordonné et à temps et présente toujours le risque de placer la Tunisie devant des situations embarrassantes vis-à-vis de nos partenaires. N’aurait-il pas fallu qu’avec le nouveau Secrétaire d’Etat l’on confie au Ministère des Affaires Etrangères la responsabilité de coordination générale et effective de notre coopération internationale et du « lobbying » économique pour la Tunisie-dans lequel beaucoup voient des insuffisances- en donnant au nouveau responsable les moyens pour s’en charger et en permettant enfin aux chefs de poste diplomatiques tunisiens à l’étranger de jouer pleinement leur rôle centralisateur de toutes les activités économiques publiques au niveau de leur circonscription ?
D’une manière générale, les moyens budgétaires et humains du Ministère des Affaires Etrangères restent trop limités pour mener les missions attendues. Le recrutement en cours de cinquante nouveaux diplomates est important mais ne peut cacher l’hémorragie de cadres et agents subie par la diplomatie tunisienne au cours des dernières années du fait des départs à la retraite. Ceux qui sont encore en service affirment attendre que le nouveau statut de leur profession soit enfin adopté et que le cheminement de leurs carrières soit sécurisé. Ceci au moment où l’opinion publique tunisienne attend d’eux davantage d’efforts dans leur domaine, ce qui est légitime, et même hors de leur domaine comme ce fut le cas récemment dans « l’affaire » de l’inscription de la Tunisie sur la liste des « paradis fiscaux », dont la responsabilité est sans doute à rechercher dans plus d’une direction au sein des structures de l’Etat.
Le malentendu sur cette « affaire » semble cacher une question plus profonde, dont la discussion du budget du Ministère des Affaires Etrangères pour 2018 a révélé l’existence, à savoir l’incompréhension de la part de nombreux représentants de la nation et d’une bonne partie de l’opinion publique de l’orientation de la politique étrangère tunisienne entre principes et intérêts, dans ses relations avec les puissances régionales et internationales ainsi que dans ses rapports avec les autres composantes de la société. Ceci a fait dire à certains observateurs que le temps est peut être venu de donner à notre diplomatie, en cette ère de démocratie, plus de transparence et d’ouvrir à cette fin, de la manière la plus adéquate, les voies du dialogue et de la concertation avec certaines compétences et autres forces vives de la nation afin d’atteindre le niveau nécessaire de consensus dans un domaine si crucial pour le pays.

Ainsi, tout donne à penser que 2017 qui se termine aura été une année charnière pour la diplomatie mondiale et tunisienne. On s’en rappellera, peut être, comme d’une année du début d’un nouveau cycle de bouleversements dans les relations internationales annonçant probablement des événements plus significatifs dans l’année que nous inaugurons et les années qui suivent. Nous devons nous y préparer !

A.H

 

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