Rétrospective: L’Afrique sub-saharienne, mon doux souci

Rétrospective: L’Afrique sub-saharienne, mon doux souci

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Tournée du chef du gouvernement dans trois pays de l’Afrique de l’Ouest après une visite au Soudan et une journée de l’amitié et du partenariat avec l’Afrique au Ministère des Affaires Etrangères : ce ne sont là que quelques événements auxquels il faut ajouter l’ouverture de deux nouvelles ambassades en Afrique, de cinq représentations commerciales ainsi que la desserte de la capitale guinéenne Conakry par la compagnie nationale Tunis Air. L’Afrique semble être désormais au centre des préoccupations de la diplomatie tunisienne et on ne peut que s’en féliciter.

On a toujours dit et répété que l’Afrique au Sud du Sahara est la profondeur non seulement géographique mais aussi stratégique de notre pays. C’est aussi une réelle chance pour la Tunisie de se tourner vers ces pays frères qui enregistrent des taux de croissance élevés, qui nous ont toujours fait confiance quand ils ne considèrent pas notre pays comme un exemple et un modèle.

L’intérêt pour l’Afrique n’est pas nouveau. Pour ceux qui ne le savent pas le président Habib Bourguiba alors qu’il n’était que Chef de gouvernement a fait à Accra, capitale du Ghana, l’ancienne Côte d’Or, le premier pays africain sub-saharien indépendant l’un de ses premiers déplacements à l’étranger après l’indépendance du pays. C’est lui et son compère africain Kwame Nkrumah, le premier président ghanéen qui furent d’ailleurs les premiers leaders du Continent à avoir jeté les bases de l’unité africaine bien qu’ils furent aux antipodes l’un de l’autre dans la méthode à suivre. Le Tunisien fut partisan de la politique des étapes qui lui était chère, alors que le Ghanéen panafricaniste voulait l’union totale et tout de suite. En 1965, le premier président de la république tunisienne fit en Afrique de l’Ouest l’une des plus importantes et plus vastes tournées jamais faites par un chef d’Etat dans le continent noir. Dans toutes les étapes, de Dakar, à Niamey et d’Abidjan à Monrovia, il fut l’objet d’un accueil enthousiaste. En 1973 il allait récidiver en visitant cette fois-ci l’Afrique centrale et la réception dont il avait fait l’objet à Kinshasa était restée dans toutes les mémoires.

Si on rappelle ces visites historiques, c’est pour dire que la Tunisie jouit en Afrique d’une excellente image née de cette attention très ancienne mais aussi du soutien que tous les mouvements de libération en Afrique ont reçu de notre pays avant et après son indépendance. Le grand leader Sud-africain Nelson Mandela n’a jamais oublié le soutien financier et les conseils avisés qu’il avait reçus à Tunis alors qu’il entamait son combat libérateur contre le régime d’apartheid. Il faut néanmoins regretter que cet intérêt se soit effiloché au fil du temps, bien que la place du Continent n’ait jamais perdu de son importance dans les préoccupations de la diplomatie tunisienne. Ainsi avec la plupart des pays du sud du Sahara des commissions mixtes ont été mises en place et l’on s’est soucié du fait qu’elles tiennent leurs sessions aussi régulièrement que possible. Des missions itinérantes avaient aussi été dépêchées dans les pays où nous n’avions pas de représentations diplomatiques résidentes. Mais ce n’étaient que des palliatifs.

Il était en effet indispensable pour afficher l’intérêt envers l’Afrique du Sud du Sahara d’ouvrir plus de représentations diplomatiques résidentes et dedessertes aériennes ainsi que des lignes de transport maritimes. Les pays voisins l’ont compris puisqu’ils disposent chacun d’au moins une vingtaine d’ambassades résidentes en Afrique alors que nous n’en avions que huit avec une quasi-absence en Afrique orientale. De même les compagnies aériennes d’Algérie, du Maroc ou d’Egypte se rendent pour certaines dans la quasi-totalité des pays du continent quand Tunis Air ne dessert pas plus de cinq capitales, toutes, ouest-africaines.

L’ouverture de deux nouvelles ambassades à Ouagadougou, au Burkina Faso déjà opérationnelle, et à Nairobi en République du Kenya qui est en cours de mise en place ainsi que de cinq représentations commerciales sont de ce fait un pas dans la bonne direction. Il en est de même de l’inauguration de la ligne aérienne Tunis-Conakry ainsi que des projets de nouvelles dessertes vers le Cameroun et le Gabon.

Il faut espérer que cette dynamique soit poursuivie et que d’autres pas tout aussi déterminants soient franchis. C’est d’ailleurs là la revendication légitime de nos hommes et femmes d’affaires, des entrepreneurs tunisiens, des bureaux d’études qui travaillent déjà sur l’Afrique et qui s’y sont installés au prix d’efforts personnels persévérants et qui ont besoin de leur Etat pour les épauler dans leurs actions.

Il est de notre devoir de reconnaitre que les acteurs économiques ont devancé l’Etat dans la conquête de l’Afrique sub-saharienne au cours de ces dernières années. Mais, ils n’auraient pas réussi dans leurs prétentions n’ait été l’image rayonnante de leur pays forgée par les aînés qui ont été parmi les pionniers à avoir cru en l’Afrique et à s’y être intéressés.

C’est la conjonction du passé avec le présent qui peut préparer un avenir plus prometteur. Les bases sont jetées, il importe d’aller de l’avant sur cette voie.

Raouf Ben Rejeb

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