Rétrospective : le Congrès de l’UGTT, bonne ou mauvaise perception à l’étranger...

Rétrospective : le Congrès de l’UGTT, bonne ou mauvaise perception à l’étranger ?

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L’événement qui a focalisé l’attention ces jours-ci est le 23ème Congrès de l’Union Générale Tunisienne du Travail. C’était un événement majeur car l’organisation est un acteur-clé sur la scène nationale. L’UGTT est plus qu’une centrale syndicale, beaucoup plus qu’une organisation sociale. On peut dire sans risque de se tromper qu’elle est un phénomène national.
L’organisation fondée par Farhat Hached le 20 janvier 1946, il y a donc de cela quelque 71 ans s’est donnée dès le départ un rôle national non comme un adjuvant au mouvement de libération mais comme partie prenante au combat pour l’indépendance du pays au même titre que le parti qui menait aussi ce combat, le Néo Destour de Bourguiba. D’ailleurs Hached mettait tout son savoir-faire et tout son carnet d’adresses à l’international et il était mis à la disposition de la cause commune. Il prenait aussi le relais dans la conduite du combat en cas de besoin. C’est à ce titre qu’il était devenu la cible privilégiée des forces coloniales. Il était tombé au champ d’honneur en tant que leader du combat national.
Ses successeurs ont marché ensuite sur ses pas donnant à l’organisation une place particulière dans le paysage national. Même si elle a dû composer avec le régime du parti unique en devenant un de ses bras au service du développement du pays, il était dans l’ordre des choses que l’UGTT restât le seul contre-pouvoir et l’organisation unique qui put tenir tête à la toute-puissance de Bourguiba et de son régime. C’est dans l’affrontement qu’elle a fini par acquérir son indépendance et se réapproprier une place incontournable sur l’échiquier national. Elle le dut à un homme de la trempe d’Habib Achour qui a laissé une trace indélébile dans l’action de l’UGTT.
Après la révolution, le legs laissé par Farhat Hached et par Habib Achour n’était pas de trop pour permettre à l’Organisation, qui a servi de cadre et de soutien à la révolte des jeunes, de creuser son sillon et d’affirmer sa place comme un acteur prépondérant sur la scène nationale. C’est vers elle que l’on s’est tourné lorsque le pays a dû faire face à la crise la plus grave de son histoire récente après les deux assassinats politiques de 2013. Véritable héritier de ses deux illustres prédécesseurs Houcine Abbassi s’est révélé être l’homme de la situation. Alors que rien ne prédestinait cet homme ayant gravi tous les échelons de la responsabilité syndicale à force de travail et de persévérance à jouer le rôle de facilitateur d’un « Dialogue national » ardu et complexe, il a réussi dans cette tâche par sa bonhomie, une détermination à toute épreuve et une redoutable capacité d’endurance, de sérénité voire de stoïcisme. Son intelligence c’est d’avoir partagé cette tâche avec son alter-égo la présidente de l’organisation patronale UTICA et les chefs de deux organisations de la société civile, l’Ordre national des Avocats et la Ligue de défense des droits de l’Homme. Le Prix Nobel de la Paix 2015 attribué à ce Quartet est une juste récompense de ses efforts pour éviter à la Tunisie une catastrophe annoncée et remettre le pays dans le droit chemin.
Auréolée de ce succès, transfigurée par cette responsabilité nationale de premier plan, l’UGTT ne pouvait au sortir de ces assises que se sentir renforcée dans un rôle qui dépasse celui imparti à une centrale syndicale. Certes elle est dans l’obligation à défendre les revendications légitimes de ses adhérents mais pas seulement que cela. Elle doit prendre en considération les intérêts de la Nation dans leur plénitude.
C’est cela qui fait la spécificité de cette Organisation et que les étrangers ont du mal à comprendre, eux qui sont habitués à voir les syndicats jouer leur rôle et rien que cela.
Bonne ou mauvaise perception de ce rôle à l’étranger ? La question mérite d’être posée, car une mainmise des syndicats sur ce qui ne les concerne pas directement n’est jamais une bonne chose. Car il y a risque de mélange des genres qui est toujours dangereux. Que l’UGTT se proclame comme la seule force qui compte dans le pays est mauvais en soi.
Cependant, dans la conjoncture économique et sociale que vit le pays une organisation syndicale et sociale qui voit sa fonction aller au-delà de ses responsabilités traditionnelles, pour s’étendre à un rôle de catalyseur, avec d’autres organisations, du dialogue national est une bénédiction. Pour peu que la nouvelle direction s’en tienne à ce rôle. Le triomphe de la ligne médiane défendue par Houcine Abbassi laisse à penser que l’organisation continuera dans le chemin tracé par ce dernier. Ce qui est en soi un gage de paix sociale pour les prochaines cinq années. Le temps de consolider les assises de la démocratie naissante en Tunisie.
En tout état de cause, le passage en douceur et dans le respect de la démocratie du flambeau entre les deux directions ainsi que l’élection pour la première fois au Bureau Exécutif d’une femme, premier pas sur la voie de la concrétisation de la parité au sein des instances dirigeantes de l’Organisation, et qui plus est chargée des relations internationales, ne peut que contribuer davantage à la renommée de l’UGTT dans le monde et partant à une meilleure visibilité de la Tunisie au plan international.
Le diplomate tunisien

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