Rétrospective : Le périple moyen-oriental de M.Trump, ou comment ressusciter le...

Rétrospective : Le périple moyen-oriental de M.Trump, ou comment ressusciter le schisme confessionnel parmi les musulmans et « escamoter » le conflit israélo-palestinien.

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Dans un éditorial paru en date du 20 mai 2017, soit une journée avant la tenue à Ryadh des « sommets » entre M.Donald Trump, Président des Etats Unis d’Amérique d’une part et d’autre part les hauts responsables saoudiens, ceux du Golfe et des Chefs d’Etat, de Gouvernement et autres hauts responsables d’une cinquantaine de pays arabes et musulmans, ce journal a fait état des objectifs prêtés par les observateurs à ces sommets. Maintenant que ces rencontres ont eu lieu, dans un environnement ostentatoire que seuls nos frères du Golfe sont capables d’étaler, et qu’elles ont été suivies de visites en Israël et dans les territoires de l’Autorité palestinienne, l’on peut vérifier que les supputations antérieures sont devenues des réalités et que le Moyen Orient et peut être le reste des pays arabes et musulmans sont entrés dans une nouvelle étape de leur histoire dont l’issue reste incertaine.
En effet :
–La lutte contre le « terrorisme islamiste » est présentée, à la faveur de ces visites, comme devant prendre une nouvelle dimension avec un engagement apparemment ferme des puissances régionales au Moyen Orient accusées naguère, à tort ou à raison, d’avoir été l’initiateur et la principale source de financement des mouvements extrémistes islamiques, à lutter sérieusement contre ce fléau tant sur le plan militaire que sur les plans financier et idéologique. Il reste à savoir si cet engagement sera suivi d’un effet significatif sachant que l’appui aux mouvements en question est solidement ancré dans le tissu social et idéologique de certaines de ces puissances, voire dans leurs calculs stratégiques. De surcroit, le Président Trump qui a clairement mis l’accent sur la responsabilité particulière de ses hôtes arabes et musulmans dans la lutte contre le « terrorisme islamique », n’a pas soufflé mot sur la responsabilité de son propre pays et des autres puissances occidentales dans l’aggravation de ce phénomène du fait des interventions militaires dans des pays arabes et leur incapacité à amener leur « protégé » Israël à négocier de bonne foi une paix durable avec les palestiniens, autant de fautes politiques graves qui ont alimenté les rancœurs parmi les populations arabes et musulmanes et dont la poursuite ne fait qu’offrir aux extrémistes des alibis pour poursuivre leurs activités. Le fait pour le responsable américain d’avoir épousé sans aucune nuances les positions de ses hôtes sur les conflits régionaux tels ceux en Irak, en Syrie et au Yémen l’a sans doute privé de la possibilité de peser positivement sur ces conflits pour faciliter leur solution dans un sens qui réduise les tensions dans la région et contribue à l’élimination du terrorisme international. A cet égard, on ne peut que s’interroger sur le sens et la portée de la décision du Sommet américano-arabo-islamique de créer une « force de réserve » de plus de 30000 soldats destinée à intervenir « en cas de besoin » en Irak et en Syrie. Pourquoi maintenant alors que les forces extrémistes sont en voie d’élimination de ces deux pays et que le processus de solution politique semble être engagé ? Veut-on freiner ce processus et pense-t-on vraiment que les pays arabes et musulmans vont accourir en grand nombre pour se joindre à une telle force ? C’est dire que l’objectif du Sommet de Ryadh de renforcer la lutte anti-terroriste reste bien illusoire.
–Le deuxième objectif prêté à M.Trump de sa visite Moyen Orientale est de réfuter les accusations selon lesquelles il serait anti-Islam. Sur ce plan, il semble avoir largement réussi à corriger l’impression qu’il a laissée depuis le début de sa campagne électorale de vouloir accuser l’Islam de tous les maux du monde. Son discours devant le Sommet est imprégné d’affirmations de respect pour cette religion, et c’est certainement positif. Toutefois, ce respect s’étend-il à l’ensemble des adeptes de cette religion et peut-on affirmer que le dirigeant américain a traité les hauts responsables présents à Ryadh de la même façon ? A cet égard, la mention élogieuse dans son discours des pays membres d’un ensemble donné aux dépens d’autres et ses rencontres directes, visiblement sélectives, avec certains Chefs d’Etat, laissent dubitatif, tout comme la possibilité donnée à une poignée de Chefs d’Etat présents et pas à l’écrasante majorité parmi eux de prendre la parole devant le Sommet « parce qu’il fallait aller d’urgence inaugurer un Centre». Un journal comme le notre qui s’est dédié à promouvoir les fondements de la diplomatie et des règles saines du protocole, ne pouvait rester silencieux sur cet aspect…..
— La version décrite comme étant la plus répandue sur les intentions derrière l’organisation du sommet américano-arabo- musulman semble quant à elle bien confirmée : En effet, le communiqué final de la rencontre comprend l’annonce, passée pratiquement inaperçue, de lancer le processus de créer une «alliance stratégique du Moyen Orient » qui sera préparée aux niveaux ministériel et d’experts en vue de sa finalisation en 2018.Cette annonce vient sur un fond de critiques acerbes exprimées durant le Sommet tant par le dirigeant américain que par les responsables saoudiens à l’adresse de l’Iran pour le rôle supposément néfaste qu’il jouerait dans la région et dans le monde et la main forte qu’il apporterait aux « mouvements terroristes » avec une référence spéciale pour Hezbollah et Hamas tous les deux honnis(est-ce un hasard ?) par Israël. Le fait qu’une telle annonce soit incluse dans le texte du Communiqué final ne laisse aucun doute sur l’intention de mener à son terme une opération de diabolisation du régime chiite d’Iran par une rencontre de hauts responsables sunnites avec la bénédiction sinon les encouragements de Washington. La question que ce journal se posait avant le Sommet de Ryah pour savoir si l’on « s’oriente vers une alliance confessionnelle dans le monde arabo-musulman » trouve ainsi toute sa justification. Il faut maintenant s’attendre à des pressions (sous forme d’incitations et de mesures de rétorsion) de divers cotés pour que cet objectif soit réalisé. Combien de pays pourront résister à ces pressions ?
–La suite du périple moyen –oriental de M.Trump ne manque pas de laisser perplexe : L’expression de l’amitié avec Israël et le peuple juif, concrétisée par des gestes symboliques forts, n’avait d’égal que le caractère furtif et dénué de symboles particuliers du passage dans les territoires de l’Autorité palestinienne. Certes, l’on peut comprendre que la visite ne pouvait pas apporter des solutions immédiates à un problème vieux de plusieurs décennies. L’on peut également apprécier que le Président des Etats Unis d’Amérique se soit abstenu (pour combien de temps encore ?) de déménager son Ambassade de Tel-Aviv à Jérusalem comme il l’avait laissé entendre. Mais pourquoi ne pas avoir annoncé un appui clair à la solution des deux Etats, pourtant bénéficiant du soutien du Conseil de Sécurité des Nations Unies dont Washington est un membre permanent ? Pourquoi ne pas avoir au moins exprimé de la sympathie pour le sort des prisonniers palestiniens observant une grève de la faim depuis des semaines afin d’obtenir leurs droits humains les plus élémentaires ? Par quelle magie espère-t-on amener les deux parties à trouver une solution pacifique à leurs problèmes ? A moins que l’on pense-espoir clairement caressé par les hommes politique israéliens-arriver à cette fin suite à l’arrangement régional anti-iranien envisagé auquel ils pensent être partie prenante. Ainsi, on peut affirmer sans risque de se tromper que le dossier palestinien n’était pas à la tête des priorités du périple. Bien plus, il semble bien qu’il a été « escamoté ».
Ainsi, tout donne à penser que les parties qui étaient derrière le Sommet de Ryadh ont réussi leur pari de se replacer au centre de l’intérêt du nouveau locataire de la Maison Blanche et d’avoir, au moins théoriquement, son soutien pour leurs aspirations régionales-quitte à voir les susceptibilités de certains de leurs pairs froissées. Mais n’est-ce-pas chèrement payer ce « rêve » si en contrepartie l’on provoque la division irrémédiable de la Oumma islamique par la création d’un front clairement confessionnel et l’on participe au recul de la cause palestinienne, avec des gains probablement négligeables en matière de lutte anti-terroriste, sans compter les dépenses faramineuses promises sous forme d’investissements dans l’économie et les emplois américains, dépenses dont une partie infime ferait le bonheur des musulmans ?

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