Rétrospective: Sept députés prennent le chemin de Damas Une visite qui fait...

Rétrospective: Sept députés prennent le chemin de Damas Une visite qui fait polémique

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La visite que vient d’effecteur en Syrie une délégation composée de sept députés représentant plusieurs groupes parlementaires fait, à juste titre, polémique. Alors que les relations diplomatiques sont rompues entre Tunis et Damas-depuis la décision prise en 2012 par l’ancien président provisoire d’expulser l’ambassadeur syrien à Tunis, contraire du reste aux us et coutumes diplomatiques- des membres éminents du parlement tunisien font le déplacement à Damas. C’est une initiative personnelle diront-ils et elle n’engage qu’eux. D’ailleurs avec une plus belle unanimité, les députés eux-mêmes, repris en cela par leurs partis, la présidence du parlement et le ministère des affaires étrangères diront qu’ils n’ont mis personne dans la confidence. Le ministre Khemaies Jhinaoui affirmera lui aussi, la main sur le cœur, qu’il a appris ce déplacement comme tout le monde sur Facebook !!.
Cela est d’autant plus invraisemblable qu’il suscite d’indéniables interrogations . Comment imaginer qu’une délégation de sept députés se rende dans un pays en guerre sans qu’un minimum de règles liées à la sécurité du groupe n’aient été prises. Il aurait été coupable que cela ne fut pas le cas. De plus des députés représentent la nation toute entière et ils font partie, plus que quiconque, de l’Etat puisqu’ils détiennent l’un de ses pouvoirs. La coordination avec la représentation tunisienne à Damas quel que soit son rang est l’évidence même. Ne pas s’y plier est un manquement grave à l’autorité de l’Etat, un et indivisible.
Se rendre en Syrie, rencontrer les plus hautes autorités de l’Etat Syrien, œuvrer à rétablir les relations diplomatiques comme c’est l’objet proclamé de la visite, sans que les maîtres d’œuvre de la politique étrangère ne soient dans le coup, cela s’appelle faire n’importe quoi. C’est du laisser-aller et du laxisme, lesquels donnent une piètre image de l’Etat. Dans un pays où la diplomatie parallèle non contrôlée est menée par tout le monde et n’importe qui, cela fait une fois de plus désordre. La diplomatie parlementaire a ses droits mais ces droits ne peuvent s’étendre au domaine réservé du Gouvernement, à savoir la négociation avec les officiels étrangers.
La Tunisie officielle a certainement pris des engagements au sein de la Ligue arabe auxquels elle est tenue à se conformer, mais rien n’oblige le Parlement ni les partis politiques de s’en émanciper lorsque l’intérêt du pays le commande. Alors pourquoi ne pas laisser dire que ce déplacement est une initiative prise par des groupes parlementaires à laquelle le ministère des affaires étrangères par le biais de sa représentation à Damas a dû, contraint et forcé, offrir son assistance. Rien de plus, rien de moins. Cela aurait ôté le sentiment que n’importe qui peut faire impunément n’importe quoi et que l’Etat se trouve réduit à la position de spectateur dans un sujet qui le concerne au plus haut point.
Prétendre comme on l’a fait que les députés sont libres d’aller où bon leur semble et rencontrer qui ils veulent est un mauvais service qu’on rend à l’Etat déjà passablement affaibli par de telles sornettes. Les représentants de la nation ne peuvent s’offrir un tel risque car ils peuvent avoir langue avec l’ennemi et être accusés d’intelligence avec lui.
Le sujet des relations avec la Syrie est suffisamment grave pour qu’on le laisse pas entre les mains des amateurs et qu’il devienne objet de polémiques et donc de tiraillements partisans, ce qui donne une image déformée et minorée de l’Etat tunisien dont la politique étrangère fut l’une des fiertés et l’un des éléments majeurs de son unité et de sa cohésion.
En 2012, par une erreur sinon une faute diplomatique inqualifiable-prise sans que les avis pertinents des professionnels ne fussent pris en compte- les relations avec la Syrie avaient été gelées et les Tunisiens installés dans ce pays-qui se comptent par milliers- furent abandonnés à leur triste sort. Voilà maintenant qu’on recommence en recourant au même coupable amateurisme. En Syrie se trouvent en effet les terroristes les plus aguerris-parmi ces quelques milliers de « djihadistes » enrôlés par les groupes les plus radicaux- qui risquent s’ils reviennent de mettre le pays à feu et à sang. Les autorités de Damas connaissent mieux que quiconque leurs indéniables méfaits puisque certains d’entre eux se trouvent dans les prisons syriennes. Elles regrettent d’ailleurs le peu d’empressement des autorités tunisiennes à partager avec eux les renseignements qu’ils ont recueillis sur eux ainsi que leur « peu de coopération » dans un domaine sensible de la plus haute importance.
Grâce à cette visite, on a appris que le gouvernement syrien fait du rétablissement des relations diplomatiques pleines et entières une condition sine qua non pour mettre en place une coopération franche et totale avec la Tunisie sur le plan sécuritaire. C’est son droit et ce n’est que justice. Quant à la présidente de l’Assemblée du Peuple syrien elle a affirmé que le parlement de Damas étudiera favorablement la constitution d’une commission en son sein qui serait le vis-à-vis de la commission d’enquête parlementaire constituée le 31 janvier dernier par l’ARP et qui aura à connaître des réseaux d’enrôlement des Tunisiens dans les groupes terroristes agissant dans les zones de conflit.
Ce sont de sérieux développements qui mettent déjà mal à l’aise les forces politiques qui ont couvert ces réseaux quand elles ne les ont pas encouragé d’une manière ou d’une autre à jeter des Tunisiens dans le bourbier d’une guerre qui leur est complètement étrangère.
Au moins cette visite aurait servi à quelque chose. Même si elle n’aurait pas dû avoir lieu tant que la politique officielle n’ait pas décidé d’agir au grand jour, sur ce dossier.
Raouf Ben Rejeb

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