Une activité diplomatique tout azimut : Occuper sa place dans le...

Une activité diplomatique tout azimut : Occuper sa place dans le concert des nations

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Béji Caïd Essebsi en Italie (les 8 et 9 février), Youssef Chahed en Allemagne (15 et 16 mars) Angela Merkel en Tunisie (le 3 mars), Abdelmalek Sellal à Tunis le 9 mars, le vice-premier ministre et ministre belge des Affaires étrangères, Didier Reynders, les 1er et 2 mars en Tunisie et enfin Khemaies Jhinaoui en Irak (8 et 9 mars) puis aux Etats Unis (du 12 au 15 mars). Dans l’intervalle il y a eu la réunion à Tunis des ministres des affaires étrangères de Tunisie, de l’Algérie et d’Egypte sur l’initiative tunisienne à propos de la Libye. Jamais il n’y a eu une telle concentration d’activités diplomatiques de grande portée en si court laps de temps.
La visite du président de la République en Italie est importante du fait tant de la proximité géographique que des affinités multiples et variées qui lient deux pays partageant les rivages de la Méditerranée. Les plus hautes autorités italiennes ont tenu d’ailleurs à lui conférer un caractère exceptionnel pour marquer leur amitié envers un pays et un peuple qui leur sont si proches malgré les vicissitudes de l’histoire. Il faut qu’un autre Caton proclame : « Edifions Carthage » comme pour faire écho au Caton l’Ancien qui lui avait appelé à détruite Carthage. Espérons que le message de Caïd Essebsi ne tombe pas dans l’oreille d’un sourd.
Le déplacement du Chef du gouvernement en Allemagne n’est pas moins important. Depuis la révolution, Berlin est devenu un partenaire de premier ordre pour notre pays. Cela ne peut que nous réjouir. N’ayant en commun aucun contentieux ni ancien ni nouveau, les deux pays ne peuvent que tirer profit d’une relation sans nuage. D’ailleurs il est indispensable d’extirper toute forme et toute cause de malentendu entre les deux capitales. C’est ce à quoi Youssef Chahed s’est attelé après l’épisode dramatique de l’attentat au camion bélier perpétré sur un marché de Noël à Berlin par un ressortissant d’origine tunisienne radicalisé dans les prisons italiennes. En opposant avec fermeté une fin de non recevoir à l’installation sur le sol tunisien de camps pour l’accueil des migrants sauvés lors de leur traversée de la Méditerranée depuis la Libye, il a expliqué clairement que cela aurait les pires retombées sur la jeune démocratie tunisienne. Cette franchise, qu’on ne peut que saluer n’est nullement incompatible avec des relations au beau fixe entre les deux pays.
D’ailleurs la visite à Tunis de la Chancelière Merkel, la première d’un chef du gouvernement fédéral dans notre pays depuis l’indépendance, deux semaines plus tard est un signe qui ne trompe sur la qualité des liens forts entre les deux pays. En s’adressant à la représentation nationale au cours d’une séance solennelle à l’ARP, Angela Merkel n’a pas manqué d’ailleurs de célébrer la Tunisie « le phare de l’espoir » et exprimé son « émerveillement » vis-à-vis des « avancées réalisées par notre pays depuis la révolution 2011 en soulignant que « l’Allemagne en tant que pays frère veut vous accompagner sur cette voie ». Il est heureux que cette question de rapatriement d’émigrés tunisiens entrés illégalement en Allemagne et déboutés de leur demande de réfugiés- et dont le nombre atteindrait tout juste le millier-ait trouvé la voie à un règlement qui ne lèse aucune des deux parties. Il est à espérer que cela ouvrira la voie à des rapports encore plus fructueux entre les deux pays amis.
Quant à la visite du Premier ministre algérien à Tunis où il a co-présidé avec son homologue la 21ème session de la Grande commission mixte, elle est certainement une date importante dans la relation forte qui unit désormais les deux pays. Jamais les rapports entre les deux pays n’ont été aussi solides que depuis ces quelques dernières années. Confrontées à un ennemi commun, le terrorisme, la Tunisie et l’Algérie ont hissé leur coopération dans ce domaine à un niveau jamais égalé. Cette coopération qui a atteint le stade de la coordination a été confortée à la faveur de l’accord dans le domaine sécuritaire signé au cours de cette session de la Grande commission, lequel vise à renforcer les capacités des deux pays en matière, notamment, de lutte contre le terrorisme, le crime organisé et l’émigration clandestine ainsi que dans le domaine de l’échange de renseignements et de formation. Il faut attendre de cette relation de confiance qu’elle débouche sur une plus grande intégration entre les deux pays qui vienne pallier les ratés de l’intégration maghrébine malheureusement en panne.
La visite du premier ministre et ministre belge des Affaires étrangères, Didier Reynders, en Tunisie les 1er et 2 mars n’est pas moins importante, car le Royaume de Belgique se trouve au cœur de l’Europe-sa capitale Bruxelles est d’ailleurs celle de l’Union Européenne-, de plus une relation particulièrement intense a uni les deux pays depuis longtemps et surtout au cours des six dernières années. La Belgique a été l’avocat infatigable de la Tunisie auprès de l’Union Européenne. Montrant la voie, Bruxelles a décidé de lever les restrictions de voyages vers la Tunisie émises après l’attentat de Sousse. L’hôte belge a d’autre part souligné les perspectives prometteuses pour le développement de la coopération et du partenariat entre les deux pays. Il est à rappeler que 160 entreprises belges opèrent en Tunisie et que les réformes entreprises par la Tunisie permettront de multiplier les opportunités pour un plus grand partenariat économique, selon M.Reynders.
Si les visites du ministre des affaires étrangères en Irak et aux Etats Unis prennent un relief particulier dans son agenda c’est qu’il s’agit pour celle de Bagdad du premier déplacement du chef de la diplomatie tunisienne en Irak depuis plus de 26 ans, depuis janvier 1991, à la veille de la Guerre du Golfe. Elle marque ainsi la volonté des deux pays de consolider la coopération bilatérale dans tous les domaines face aux perspectives prometteuses et aux opportunités importantes disponibles dans ce domaine. Du reste, les deux ministres des affaires étrangères ont souligné, l’importance de l’accélération de la tenue de la prochaine commission mixte et la réouverture de la ligne aérienne directe entre Tunis et Bagdad ainsi que l’examen de la création d’une ligne maritime entre les deux pays. S’agissant de la visite à Washington, son importance provient du fait qu’elle est la première depuis l’investiture du nouveau président américain Donald Trump. Qu’elle ait lieu moins de deux mois après la prise de fonctions de la nouvelle administration est un indice qui ne trompe pas sur la détermination mutuelle à conserver à la relation tuniso-américaine le lustre qu’elle a toujours connue.
Dans le monde tumultueux où nous vivons, cette activité diplomatique intense est le signe que la Tunisie compte occuper sa place, toute sa place dans le concert des nations. Il ne fait pas de doute que la clé de voûte reste l’initiative tunisienne pour un dialogue inter-libyen inclusif pour lequel notre pays cherche à réunir toutes les conditions de réussite.
Raouf Ben Rejeb

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Rédacteur en chef de l’Agence Tunis Afrique Presse(R), Chargé de la presse et de l’information au cabinet du Premier Ministre, Conseiller de presse à l’Ambassade de Tunisie à Paris, Directeur de l’Information au Ministère des Affaires Étrangères, Ministre Conseiller à l’Ambassade de Tunisie à Rabat, Directeur du département de l’Information à l’Organisation de la Conférence islamique (OCI) à Djeddah

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