Rétrospective : une image brouillée, une confiance à reconquérir

Rétrospective : une image brouillée, une confiance à reconquérir

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Par Raouf Ben Rejeb

(A compter de cette semaine nous comptons vous livrer une analyse hebdomadaire qui se veut un regard sur l’actualité de la semaine précédente pas forcément diplomatique dont on tentera de tirer des conclusions dans l’intérêt de notre belle et chère Tunisie)

Au cours de la semaine passée qui a été celle de la célébration du 6ème anniversaire de la révolution, deux événements majeurs ont eu lieu. D’abord le déplacement du président de la république à Gafsa. Deux ans après son investiture, Béji Caïd Essesbi a choisi de célébrer la révolution à Gafsa berceau de la révolte du Bassin minier en 2008 qui a préfiguré la révolution deux ans  plus tard. En optant pour cette visite sans discours grandiloquent ni réunion solennelle où on voit les mêmes visages  aux mêmes places, comme figées par le temps qui passe, le Chef de l’Etat voulait,  en plus de rendre  l’hommage mérité à une région certes rebelle mais d’un nationalisme porté en bandoulière, montrer que les pouvoirs publics se soucient au plus haut point du sort des régions dites marginalisées dont Gafsa fait partie.

Mais qu’est-ce que l’opinion publique a retenu de tout ça ? Malheureusement pas grand-chose. A la rigueur, a-t-on remarqué cette infime minorité qui a scandé des vivats à l’adresse de l’ancien président provisoire pour marquer son mécontentement ou cette déclaration d’un député du Front populaire Ammar Amroussia affirmant contre toute évidence que BCE n’a fait que survoler la région.

De son côté,  le Chef du gouvernement Youssef Chahed a célébré l’événement par une réunion interactive avec les étudiants de l’IPEST (Institut préparatoire des études scientifique et  techniques) de Sidi Bou Saïd. Dans cette grande Ecole de l’enseignement supérieur rassemblant de  brillants  étudiants  venant de toutes les régions du pays (ce qui donne un sens à l’ascenseur social qui est la fonction de l’Ecole de la république) Youssef Chahed a fait selon des analystes de renom (à l’instar de Zyed Krichen rédacteur en chef du journal Al-Maghreb) «  le meilleur discours qu’un haut responsable tunisien ait jamais fait depuis la révolution ». Il y fait un constat de l’échec des gouvernements successifs depuis 2011 sur les plans social et économique et y développe le programme de travail de son gouvernement jusqu’en 2019 avec réalisme et lucidité.

Mais comme d’habitude, ce discours est passé par pertes et profits et a été quasiment ignoré par les médias dans la mesure où il  y a très peu de choses qui font l’objet de controverses. Seul le passage qu’il a consacré sans le nommer à Slim Riahi dont l’origine de la fortune reste inconnue et qui ne paie pas un centime au fisc tunisien  a retenu quelque peu l’intérêt d’une classe politico-médiatique à la recherche du sensationnel. Sur les activités de Youssef Chahed visitant le  Nord Ouest pour se rendre compte de la situation des gens démunies avant l’arrivée de la vague de grand froid, seule a trouvé une bonne place dans les médias la déclaration de cette vieille  femme qui vivait dans des conditions lamentables sous une hutte et qui a demandé  de disposer elle-même de l’argent qu’on compte consacrer à la construction de sa maison. Car,  d’une part,  elle en a marre des promesses qu’on lui fait et qui  ne sont pas suivies d’effet et,  d’autre part,  elle n’a plus confiance dans la parole de L’État. Et c’est bien là, le mal endémique qui  ronge le pays et  crée un fossé de plus en plus profond entre gouvernants et gouvernés.

Si on fait état de cette situation,  c’est parce qu’elle a aussi des répercussions sur nos relations extérieures puisque nombreux sont ceux de nos partenaires qui se posent deux questions majeures. La première a trait à la relation entre la classe politique et la population. On retient le sentiment diffus qu’il y a les prémices d’un divorce entre les deux alors que la démocratie suppose une réconciliation  puis une interaction étroite entre elles. Il faut, sans délai,  que la politique reconquière ses lettres de noblesse et que la confiance soit restaurée entre le pouvoir et les citoyens. La deuxième question que l’on ne cesse d’entendre de nos amis de l’extérieur  est : où se trouve donc le centre du pouvoir chez vous ?

Deux ans après la mise en place des institutions permanentes, l’on continue à vivre dans la confusion. Le régime ni-parlementaire, ni-présidentiel dont la Constitution de 2014 nous a gratifié  fait qu’il est à la fois à Carthage, à la Kasbah et au Bardo, ce  fait que l’on ne sait plus qui des trois est comptable des succès remportés ou des échecs et des errements enregistrés. Une clarification est nécessaire et une modification de la constitution est désormais indispensable. Le plus tôt serait le mieux.

On aura tout loisir de critiquer les médias pour ne s’intéresser qu’aux aspects  négatifs, aux insuffisances ou aux petits détails qui font le buzz, mais il ne faut pas s’attendre à autre chose. L’on sait bien que les trains qui arrivent à l’heure ne font pas l’actualité.

Ainsi va la Tunisie à l’orée de cette nouvelle année, l’année de tous les périls, nous prévient-on.

Le diplomate tunisien

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