Kaïs Saied en compagnie de directeur de campagne, Ridha el-Mekki alias Ridha Lénine. Photo : Kapitalis

Ridha el-Mekki : « Kaïs Saied sera le président de tous les Tunisiens »

Interviewé par Adnane Belhaj Amor, l’un des leaders de la gauche radicale, Ridha Chiheb al-Mekki, plus connu sous le nom de Ridha « Lénine », s’explique sur le programme de celui qui est arrivé premier lors du premier tour de l’élection présidentielle. M. « Lénine », bras droit du juriste Kaïs Saied, s’occupe en effet d’une partie de sa campagne. Il est l’un des fondateurs du WATAJ (les étudiants nationalistes, les baasistes et les patriotes démocrates à l’université, pilier du syndicat étudiant, l’Union générale des étudiants de Tunisie) avec feu Chokri Belaid.

Revenant d’abord sur son parcours, il indique appartenir au mouvement progressiste et humaniste, proche des idées de Karl Marx. Il dit n’avoir « jamais appelé à armer le peuple tunisien » pendant certains des épisodes houleux de la révolution en 2011. « Cela est destiné à me salir et à salir en particulier le projet de Kaïs Saied au cœur duquel je me trouve », a-t-il argué. Selon lui, l’appareil médiatique veut faire de Kais Saied, un homme épousant l’idéologie islamiste et de Ridha al-Mekki « un révolutionnaire prêt à prendre les armes ».

Il pointe en revanche les « nombreux consensus » conclus au sein du système politique en place entre les « centristes » et les tenants de l’islam politique. « Ils cohabitent, vivent ensemble ce qu’on pourrait qualifier de lune de miel depuis des années », dit-il. « Saied est un progressiste n’ayant noué aucun lien avec la tendance islamiste », assure-t-il. « En réalité, Kaïs Saied est le fils du peuple qui a commencé à concevoir son actuel projet politique dès les premiers jours de la révolution. »

« L’islam est la croyance du peuple et relève de la sphère privée »

Ridha « Lénine » affirme que « l’islam représente la croyance du peuple ». Le dogme islamique est régi par un texte, le Coran, poursuit-il. Par ailleurs, l’interprétation et la mise en pratique de ce texte prend plusieurs formes. L’éthos islamique relève donc de la sphère privée et n’a donc pas vocation à faire partie des préoccupations de l’Etat, celui-ci nécessitant une gestion qui s’attache surtout à satisfaire l’intérêt général, qui exige l’accord de tous, et définir les contours d’un avenir commun », analyse-t-il. L’utilisation du religieux dans le politique provient de l’ambiguïté de l’article 1 de la Constitution, estime-t-il.

Pour lui, la démocratie est en partie définie par « le régime politique » qui régit le système du pouvoir. « Quand le régime politique est représentatif des préférences des citoyens, l’Etat jouit alors d’une assise profonde, véritable, légitime », indique-t-il.

Contrairement aux opinions largement répandues ces dernières années, mais également depuis l’ascension de M. Saied dans les sondages et surtout son arrivée en tête du premier tour du scrutin présidentiel, celui-ci sera « le président de tous les Tunisiens, qu’ils soient religieux ou non », rassure-t-il. Pour lui, le conservatisme culturel n’est pas synonyme d’islamisme.

Saied prendra ses responsabilités en cas d’échec

Pour le bras droit de Kaïs Saied, le système choisi par le juriste sera fondé sur une certaine légitimité populaire. « Tous savent que ce système de gouvernance ne permettra pas de blocage », affirme-t-il. Si les promesses ne sont pas tenues, le peuple pourra toujours se donner d’autres représentants : « Le politicien doit rendre des comptes de ses résultats, il a une obligation de résultat. non une obligation de moyens. […] Je pense que si Kaïs Saied échoue, il présentera sa démission », dit-il.

La question de l’égalité dans l’héritage

Sur l’égalité dans l’héritage, Ridha al-Mekki rappelle que « Kaïs Saied estime que les questions touchant à la vie familiale sont régies par le texte du Coran, qui est parfaitement clair », une position que le juriste a déjà défendue dans un entretien au Nouvel Observateur.

Il y avait déclaré qu’il y avait en Tunisie « tout un système dans le régime juridique de l’héritage fondé sur la justice et non pas sur l’égalité formelle. Ce n’est pas un problème d’égalité. Le problème fondamental, réel, c’est la justice. Prendre du puzzle un seul élément, l’héritage, revient tout simplement à faire tomber tout un système ».

Le référendum : une arme démocratique

« Le référendum n’est pas un procédé, un jeu dont l’Etat peut quotidiennement faire usage, il représente un moyen de lutte démocratique au service d’un pouvoir » plus juste et représentatif, indique Ridha Lénine. C’est un instrument permettant au peuple d’exprimer sa volonté sur des sujets cruciaux, poursuit-il.

Le nouveau système politique proposé par Kaïs Saied se veut une forme de démocratie directe : « Il partirait des délégations [où siégerait un conseil d’élus locaux révocables], pour ensuite fournir 264 députés à l’Assemblée nationale législative. Cela, en passant par les périphéries, les conseils régionaux », explique-t-il.

Revenant sur la notion de société de droit souvent revendiquée par M. Saied, il ajoute qu’il s’agit de dépasser le stade de l’Etat de droit pour parvenir à l’établissement de ce type de société. Dans une société de droit, les individus intériorisent des valeurs et des règles parce qu’elles expriment la volonté du peuple et la volonté de préserver le bien commun.

 

N.B.

A voir aussi

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A ne pas manquer