Pourquoi le Royaume-Uni continue à déconseiller la destination tunisienne à ses ressortissants,...

Pourquoi le Royaume-Uni continue à déconseiller la destination tunisienne à ses ressortissants, mais pas la destination française ?

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Depuis l’attaque de Sousse qui date de juin 2015, lors de laquelle Seifeddine Rezgui a ôté la vie à 38 touristes dont 30 britanniques, le Royaume-Uni a mis des restrictions de voyages vers la destination tunisienne, causant de lourdes pertes à ce secteur en Tunisie.

Toutefois, près de deux ans après les faits, ces restrictions sont maintenues alors que la sécurité en Tunisie s’est largement renforcée, et que le pays n’a plus connu d’attaques terroristes. Cette année, le nombre des pèlerins de la Ghriba a triplé, preuve que le monde entier fait confiance au système sécuritaire dans le pays. Par ailleurs, la France qui a connu les pires attaques terroristes du monde entre 2015 et 2016, dont ceux de Nice et du Bataclan (qui ont causé à eux ensemble un nombre record de victimes, plus de 210 morts), n’a pas connu les mêmes restrictions de la part du Royaume-Uni, ce qui suscite des interrogations à propos des critères d’évaluation de danger chez les britanniques. A titre d’exemple FCO déconseille les touristes de visiter la Tunisie mais pas la France.

Il est indéniable que le modèle tunisien, malgré ses imperfections et les obstacles auxquels il fait face, demeure le seul issu du printemps arable à avoir entamé un véritable processus démocratique. Les forces européennes sont sensées le soutenir de toutes leurs forces, et faire en sorte qu’il réussisse.

James Denselow, journaliste et auteur, spécialisé dans la politique et la sécurité dans la région du Moyen-Orient a récemment visité Sousse et a rédigé un article pour le site alaraby.co.uk. Il a raconté :
En visitant les collègues de formation touristique à Sousse, j’ai entendu que leurs programmes étaient parmi les plus compétitifs du pays. Dans le passé, les diplômés de ces collègues avaient des emplois garantis dans le secteur du tourisme et des postes d’avenir. Aujourd’hui, ces jeunes et brillants esprits, parlant quatre langues, ont du mal à trouver du travail après l’obtention du diplôme.Les hôtels sont fermés et les contrats sont à court terme, signe de l’incertitude des hôteliers. Aujourd’hui, les types de touristes qui visitent la Tunisie sont différents de ceux d’avant et dépensent beaucoup moins.

Malgré ces faits, la Tunisie occupe la 77ème place sur 189 pays dans le classement fait par la Banque mondiale des meilleures destinations d’affaires et d’investissement. L’attrait et le potentiel du secteur du tourisme sont évidents. Pour ce qui est de la situation difficile de la Libye et de ses frontières avec la Tunisie, la sécurité qui a multiplié les patrouilles et pris des mesures importantes a réussi à maîtriser la menace. Le déploiement stratégique à proximité des hôtels et le dispositif sécuritaire dans les zones touristiques n’ont pourtant pas convaincu le Royaume-Uni de lever les restrictions de voyage vers la Tunisie.
Les décideurs britanniques semblent ne vouloir prendre aucun risque et lever la restriction de voyage. Car si par malheur un incident se produit, ils auront à assumer la responsabilité. Cependant, ils exposent ainsi des milliers de tunisiens au chômage. Un ajustement des restrictions et l’établissement d’une liste des zones les plus sécurisées pourraient peut-être sauver la situation tout en préservant la sécurité des touristes britanniques qui souhaitent passer leurs vacances en Tunisie. Cette mesure a déjà été pratiquée avec succès suite au massacre de Louxor en Egypte en 1997 (62 victimes) avec l’établissement de « zones vertes » hautement sécurisées pour les touristes.

Les autorités tunisiennes soutiennent qu’elles ont pris les mesures techniques et opérationnelles nécessaires pour atténuer au maximum le risque et relever les défis auxquels elles sont confrontées. L’enquête menée par les britanniques sur l’attaque de Sousse a reproché « la lâcheté » et « le non-sérieux » des autorités, qui ont laissé un terroriste se balader durant 30 minutes sur la plage d’où le nombre élevé des victimes. Six agents sécuritaires ont d’ailleurs été accusés de non-assistance à personne en danger.

Cela continue à hanter les décideurs britanniques et influer sur leur évaluation du danger terroriste en Tunisie en cas d’attaque, car il y a cette confiance qui a été brisée à la lumière des résultats de l’enquête. Par ailleurs, des erreurs sont commises partout dans le monde, en France et au Royaume-Uni également, sans pour autant exposer ces pays à des jugements aussi sévères.

A titre d’exemple, en France, la policière Sandra Bertin, chargée de la vidéosurveillance le soir de l’attentat de Nice a accusé les hautes autorités sécuritaires d’avoir fait pression sur elle pour modifier le rapport sur le dispositif de sécurité ce jour-là et masquer ainsi les failles du système. Elle est soutenue dans ses déclarations par l’ancien et nouveau maire de Nice.

N.B

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