Rym Kefi lors de l'Annual meeting of the new champions 2017. Photo : page Facebook et Rym Kefi

Rym Kefi, la Tunisienne qui « conjugue la génétique à tous les temps » (Le Monde)

La chercheuse tunisienne en anthropologie moléculaire, Rym Kefi, est l’auteure d’une thèse sur l’ADN des populations préhistoriques et actuelles d’Afrique du Nord. Un thème qui représente pour elle une véritable passion. Le journal français Le Monde l’a rencontrée.

Lorsqu’elle était petite fille déjà, Rym Kefi « disséquait cloportes et scarabées dans son jardin, en banlieue de Tunis ». Le Monde, qui lui a consacré un article, explique qu’elle s’impose aujourd’hui « comme la première chercheuse en anthropologie moléculaire de Tunisie ». Il s’agit d’une discipline scientifique qui étudie la génétique des populations humaines et se décline sous de multiples formes, permettant notamment un typage génétique de cadavres sans identité.

Tout ce que cette science rend possible à découvrir passionne Rym Kefi. Pour elle, cela montre que « les scientifiques ont un impact social ». C’est « l’un des credo » de cette passionnée de sciences, souligne Le Monde.

Fille de fonctionnaires passionnés d’éducation et de culture, elle a passé son enfance à lire des encyclopédies et partir à la découverte de sites archéologiques et le musée du Bardo, lieux de travail de son père. La jeune chercheuse est pleinement consciente qu’elle doit beaucoup à son cercle familial, au sein duquel elle a « appris à travailler, à aller jusqu’au bout ».

Ayant commencé ses études supérieures par une classique maîtrise en sciences naturelles à la faculté de Tunis, elle glisse rapidement vers tout autre chose : l’anthropologie moléculaire. Si la spécialité lui rappelle la passion pour l’archéologie transmise par son père, photographe pour l’Institut national du patrimoine (INP), elle la plonge aussi très vite dans l’inconnu.

Terrain de recherche inexploité

Rym Kéfy n’a pas 23 ans lorsqu’elle décide de rejoindre la France, où, grâce à une bourse d’élite combinant l’anthropologie moléculaire et la paléontologie humaine, elle va découvrir un monde nouveau. Quand elle arrive à la faculté de médecine de La Timone, à Marseille, pour étudier cette spécialité qui n’existe pas en Tunisie, rien n’est gagné, car elle doit d’abord se mettre au niveau en « récupérant les cours de trois spécialités ».

Elle devient petit à petit experte d’une discipline dont elle ignorait tout quelque temps auparavant et fait même rapidement le pari d’y consacrer sa thèse, qui aura pour sujet « la diversité de l’ADN mitochondrial de quelques populations humaines préhistoriques et actuelles d’Afrique du Nord », un terrain jusqu’alors inexploité. Rym Kefi devient, à 27 ans, la plus jeune étudiante de la faculté de médecine de Marseille à soutenir une thèse de troisième cycle.

« Le retour au pays n’est pas simple, car elle doit se faire une place. Elle passe deux ans à travailler bénévolement ou à enchaîner les vacations pour se faire connaître. Après des débuts à l’INP en tant qu’anthropologue, elle décide finalement de se consacrer entièrement à la recherche et intègre l’unité de recherche des maladies génétiques orphelines de l’Institut Pasteur », précise Le Monde. Même si elle ne connaît pas cette spécialité, Rym Kefi est une habituée du lieu depuis ses stages étudiants au sein de l’unité de recherche génétique et au laboratoire de virologie clinique.

Grâce à ses nouvelles connaissances, elle enrichit le lieu de son savoir-faire en ADN dégradé et en ADN ancien, pour permettre à tous de travailler plus efficacement sur les traces d’ADN. Ce qui lui vaudra en 2017 d’être lauréate du Next Einstein Forum (NEF), qui met en valeur les meilleurs jeunes scientifiques d’Afrique. Le NEF estime que les contributions de l’Afrique à la communauté scientifique mondiale sont essentielles pour accomplir des progrès à l’échelle internationale. « Au cœur des efforts du NEF se retrouvent les jeunes africains, la force motrice de la renaissance scientifique du continent », indique ainsi l’Institut Pasteur de Tunis.

« La Tunisie peut devenir un pôle de référence en matière scientifique »

Elle tente maintenant d’offrir un peu d’aide à la jeune génération. Régulièrement, via la Global Young Academy, une société internationale de jeunes scientifiques destinée à donner la parole aux jeunes scientifiques du monde entier, elle enseigne aux jeunes chercheurs comment postuler à des bourses et les incite à l’excellence. « Nous sommes dans un monde où les jeunes s’inquiètent de la répartition entre leur temps de travail et leur vie de famille. J’essaie surtout de leur dire qu’on peut tout faire, certes, mais qu’il faut exceller partout », résume la chercheuse.

Pour elle, son pays est bien placé pour être le « pôle de référence en matière scientifique », pouvant ainsi devenir un hub en Afrique dans le domaine de la recherche scientifique. Mais pour cela, il faudrait « un meilleur accès à l’information pour les bourses et les échanges ouverts aux étudiants, ce que nous essayons d’améliorer », insiste-t-elle. Pour « renforcer les capacités » de son pays », Rym Kefi dit souhaiter aussi que la recherche puisse se tourner vers l’industrie pour se vendre un peu plus. Car pour elle, « l’identification médico-légale comme le profilage génétique pour les tests de paternité peuvent tout à fait se monnayer ». « Cela pourrait même être une vraie ressource pour la Tunisie de demain », commente pour sa part le quotidien français.

Avec Le Monde

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