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Des gaz lacrymogènes tirés pendant une manifestation, le 9 janvier 2019 à Omdurman, au Soudan ((c) Afp)

Soudan : appels à de nouvelles manifestations antigouvernementales

Les organisateurs des manifestations qui rythment la vie des Soudanais depuis le 19 décembre ont appelé à de nouveaux rassemblements antigouvernementaux vendredi et la semaine prochaine, maintenant la pression sur le régime du président Omar el-Béchir, accusé d’avoir par sa mauvaise gestion provoqué une crise économique de grande ampleur.

« Nous allons lancer une semaine de soulèvement avec des manifestations dans toutes les villes et villages », a annoncé vendredi, citée par l’AFP, l’Association des professionnels soudanais qui regroupe entre autres des médecins, des professeurs et des ingénieurs.

Dans son message diffusé sur les réseaux sociaux, l’association a notamment appelé à un grand rassemblement dimanche dans le nord de Khartoum et à plusieurs manifestations à travers la capitale jeudi prochain. Elle avait déjà appelé à un rassemblement après les prières de ce vendredi dans la localité d’Atbara (250 kilomètres au nord de Khartoum), où avait eu lieu la première manifestation.

Déjà 22 morts dans ces manifestations

En pleine crise économique, le Soudan est en proie depuis le 19 décembre à des manifestations provoquées par la décision du gouvernement de tripler le prix du pain, mais qui se sont rapidement transformées en un mouvement de contestation contre le président Omar el-Béchir, à la tête du pays depuis un coup d’Etat en 1989. Un total de 22 personnes sont mortes dans ces manifestations antigouvernementales, selon un bilan officiel. Les ONG de défense des droits humains Human Rights Watch et Amnesty International ont elles donné un bilan d’au moins 40 morts.

Les manifestations actuelles représentent le plus grand mouvement social auquel M. Béchir a été confronté en près de trente ans de pouvoir, selon les experts. Mais ces derniers se montrent sceptiques quant à la capacité des organisateurs à mobiliser le peuple de manière structurée. « Certains groupes de l’opposition et des syndicats cherchent à mobiliser pour de nouvelles manifestations, et pensent probablement aux moyens de faire monter la contestation en puissance », estime Matt Ward, spécialiste de l’Afrique au centre d’analyse Oxford Analytica. Mais « les protestations sont persistantes mais n’ont pas monté en intensité de manière significative » ces derniers jours, a-t-il ainsi signalé.

Marasme économique et inflation galopante

Le mouvement de contestation a été déclenché par la hausse du prix du pain à la mi-décembre mais le Soudan est en proie à une crise économique qui s’est aggravée au cours de l’année écoulée, avec notamment une forte pénurie de devises étrangères. Des pénuries d’aliments et de carburant ont été régulièrement enregistrées dans plusieurs villes y compris Khartoum, tandis que le prix de la nourriture et des médicaments a plus que doublé.

Depuis l’indépendance du Soudan du Sud en 2011, le Soudan a été amputé des trois quarts de ses réserves de pétrole et est aujourd’hui confronté à une inflation de près de 70 % par an et à une grave crise monétaire. De leur côté, les responsables soudanais attribuent à Washington la responsabilité des maux économiques du Soudan.

Mais pour ses détracteurs, c’est le régime autoritaire du président Béchir qui est le principal responsable de la crise économique, pour sa mauvaise gestion du budget dont il a consacré la plus grande partie aux forces de sécurité pour gérer les nombreux conflits qui ont éclaté au cours des dernières années dans plusieurs provinces du pays.

Près d’un millier de personnes arrêtées

Ces guerres, ainsi que l’incapacité à doper une agriculture dans un pays un temps nommé comme le grenier à blé de l’Afrique, ont conduit à une situation économique désastreuse, alors que la levée par les Etats-Unis de leur embargo commercial en 2017 n’a pas eu les bénéfices espérés, estiment des analystes. Mercredi, le président Béchir a toutefois affiché sa fermeté lors d’un rassemblement de soutien organisé autour de sa personne à Khartoum. « Ce rassemblement envoie un message à ceux qui pensent que le Soudan va finir comme d’autres pays qui ont été détruits », a-t-il lancé. « Ceux qui ont essayé de détruire le Soudan ont mis des conditions pour résoudre nos problèmes, mais notre dignité vaut plus que des dollars », a-t-il dit dans une allusion apparente à l’embargo commercial imposé par Washington en 1997, qui n’a été levé que vingt ans plus tard.

Un millier de personnes ont été arrêtées en trois semaines de manifestations au Soudan, selon des groupes de défense des droits de l’Homme, notamment des militants, des leaders de l’opposition et des journalistes.

Les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la Norvège et le Canada ont exprimé leur préoccupation face à la mort de manifestants et aux arrestations et prévenu que la politique répressive de Khartoum « auront un impact » sur leurs relations. Selon Khartoum, leurs inquiétudes sont « biaisées » et « éloignées de la réalité ». « Le Soudan est attaché à la liberté d’expression et aux manifestations pacifiques », a ainsi déclaré le ministère des Affaires étrangères mercredi.

N.B., avec AFP

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