Béchir
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Soudan: au cinquième jour, la foule toujours déterminée à faire « chuter » Béchir

Une foule déterminée de Soudanais continue mercredi, pour la cinquième journée consécutive, de rélamer la démission du régime d’Omar al-Béchir devant le quartier général de l’armée, dont les intentions, tout comme celles de la police, restent floues dans le rapport de force qui oppose le pouvoir aux manifestants.

Mais M. Béchir n’est pas prêt à céder à la pression de la rue : le parti du Congrès national (NCP), au pouvoir, a appelé l’ensemble de ses membres à un rassemblement de soutien au chef de l’Etat jeudi à Khartoum. Rassemblés dans la capitale devant le QG de l’armée depuis samedi, des milliers de Soudanais demandent pourtant avec insistance la démission du président au pouvoir.

« Le peuple veut la chute du régime », ont ainsi scandé toute la nuit ces manifestants.Brandissant des drapeaux nationaux et entonnant des chansons révolutionnaires, ils ont continué à appeler l’armée à rejoindre leur mouvement de contestation, né en décembre mais qui, souligne l’AFP, s’est nettement renforcé depuis samedi dernier.

Atmosphère festive

« La nuit s’est passée dans le calme, sans incident », a assuré un manifestant qui a passé la nuit devant le QG de l’armée. « Nous estimons que le soutien des soldats et celui de la police s’accroît désormais avec certitude », a-t-il ajouté à l’AFP.

Mais depuis samedi, les contestataires ont subi plusieurs fois les assauts du service de renseignement NISS et de la police anti-émeutes, qui ont tenté sans succès de les disperser à coups de gaz lacrymogènes.La nuit s’est toutefois déroulée dans une atmosphère plutôt festive, rapporte l’AFP. Surtout, la nuit a été la première passée sans « menace » de la part des forces de sécurité, a assuré un manifestant.« Les soldats sont aussi en colère après les attaques aux gaz lacrymogènes et sont déterminés à les empêcher », a-t-il encore dit. Un autre manifestant a estimé qu’il semblait « que la police soit avec nous aussi ». « Lorsque nous sommes venus la nuit dernière près du bâtiment de l’armée, nous avons vu de nombreux policiers mais ils ne nous ont pas arrêtés », a-t-il expliqué.

Mardi, la police a annoncé avoir ordonné à ses forces de ne pas intervenir contre les contestataires, assurant qu’elle voulait « l’union du peuple soudanais […] pour un accord qui soutiendrait un transfert pacifique du pouvoir ». Les intentions des militaires restent pour l’instant inconnues. Dans un communiqué publié lundi, le général Kamal Abdelmarouf, chef d’état-major de l’armée, a précisé que celle-ci continuait « d’obéir à sa responsabilité de protéger les citoyens ».

Mais selon Sadek al-Mahdi, à la tête du principal parti d’opposition, des hommes armés portant des masques ont tué 20 personnes depuis le début des manifestations samedi. Ces attaques ont eu lieu « tous les matins », a-t-il déclaré tard mardi. Le ministre de l’Intérieur, Bushara Juma, avait déclaré lundi que « sept citoyens sont morts, six dans l’Etat de Khartoum et un dans le centre du Darfour » le samedi 6 avril. Ces morts portent, selon un bilan officiel, à 38 le nombre de manifestants morts depuis le commencement du mouvement en décembre. Les ONG l’avaient, elles, établi à 51 contestataires tués avant l’annonce du ministère de l’Intérieur.

Crise économique

La présence continue depuis samedi de manifestants devant le QG de l’armée a relancé le mouvement de contestation, dont l’étincelle de départ a été provoquée par la décision du gouvernement de tripler du prix du pain le 19 décembre. A travers le pays, des milliers de Soudanais ont appelé au départ de M. Béchir, au pouvoir depuis près de 30 ans. Refusant de démissionner, le président a tenté de contenir la contestation, puis a instauré le 22 février l’état d’urgence à l’échelle nationale.

Le Soudan, amputé des trois quarts de ses réserves de pétrole depuis l’indépendance du Soudan du Sud en 2011, doit faire face à une inflation de près de 70 % par an et un lourd déficit en devises étrangères. Mardi, des capitales occidentales ont appelé les autorités à répondre aux revendications « d’une façon sérieuse ». Pour elles, le pouvoir doit proposer « un plan de transition politique crédible », comme l’ont écrit les ambassades des Etats-Unis, du Royaume-Uni et de la Norvège dans un communiqué conjoint à Khartoum.

N.B., avec AFP

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