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AFP

Au Soudan, des manifestants hantés par la répression du sit-in

« Tout le monde a commencé à courir pour sauver sa vie », raconte Akram, l’un des témoins, cités par l’AFP, d’une opération de dispersion. Des hommes armés à bord de camionnettes ont dispersé le sit-in de Khartoum, ouvrant le feu et matraquant les manifestants soudanais, indique l’agence de presse française.

Le 3 juin, des dizaines de personnes ont été tuées et des centaines blessées dans la dispersion du sit-in organisé depuis des semaines devant le QG de l’armée, selon des médecins proches de la contestation et des témoins cités par l’AFP. Les manifestants voulaient maintenir la pression sur les militaires afin qu’ils cèdent le pouvoir aux civils, après la destitution par l’armée du président Omar al-Béchir le 11 avril.

Certains assaillants portaient des uniformes de police, d’autres les tenues de paramilitaires des Forces de soutien rapide (RSF), raconte Akram, cité par l’AFP. « C’était très brutal. Ils nous ont d’abord attaqués avec des matraques et des bâtons », a expliqué le jeune homme. « Les manifestants ont pu repousser ces forces, avant qu’elles n’envahissent les lieux en grand nombre. Vêtues de l’uniforme des RSF, elles ont commencé à tirer sur les manifestants postés sur les barricades », poursuit ce témoin.

128 personnes tuées

Il a montré à une journaliste de l’AFP des vidéos filmées avec son téléphone portable, dans lesquelles il est possible de voir des hommes et des femmes courant dans tous les sens, couverts de sang. Pour Akram, sa survie relève du miracle : « A quatre reprises, quelqu’un se trouvant juste derrière moi a été touché par balle », a-t-il encore indiqué.

Au moins 128 personnes ont été tuées dans la dispersion et la répression qui s’est poursuivie les jours suivants, selon les médecins. Les autorités ont elles évoqué un bilan bien moins élevé, de 61 morts. Le Conseil militaire de transition, qui dirige le pays, a reconnu des « erreurs qui se sont produites » lors de cette dispersion, assurant toutefois ne pas l’avoir ordonnée et que l’objectif de l’opération était de « chasser des éléments criminels » dans un secteur appelé Colombia, où se pratiqueraient des trafics de drogue, non loin du sit-in.

Le numéro deux du Conseil militaire, le général Mohammed Hamdan Daglo, dit « Hemeidti », est à la tête des RSF, accusées par les meneurs de la contestation et des ONG d’être à l’origine de la dispersion. D’après le porte-parole de la commission d’enquête mise en place par les militaires, les résultats préliminaires indiquent que « des officiers et des soldats sont entrés sur les lieux du sit-in, sans l’ordre de leurs supérieurs » et qu’ils ne faisaient pas partie des forces qui devaient mener l’opération.

Comme Akram, Moustafa a lui aussi pu fuir le sit-in sain et sauf, échappant aux hommes armés de bâtons qui le pourchassaient. Lui aussi est hanté par ce qu’il a vu, indique l’AFP. « On ne peut pas faire confiance au conseil militaire », souligne Mossaab, un autre manifestant de 27 ans. Un de ses amis a été tué lors de la dispersion.

L’ALC appelle à de nouvelles manifestations

L’Alliance pour la liberté et le changement (ALC), figure importante de la contestation, a appelé lundi à de nouvelles manifestations nocturnes.

Après la destitution d’Omar al-Béchir, « on pensait que l’heure des sacrifices était passée », a indiqué ce jeune manifestant. « Mais il y a encore à faire. Et on est prêt. »

N.B.

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