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Startup Act : la loi tunisienne pourrait stimuler l’ensemble de l’écosystème africain

La success story des écosystèmes technologiques locaux en Afrique a fourni des avancées positives au cours de la dernière décennie. Mais une grande partie de ce succès a eu lieu malgré l’absence d’un environnement favorable ou d’un cadre réglementaire réformé. « Cependant, de plus en plus, les gouvernements à travers le continent commencent à se concentrer davantage sur la manière de stimuler les écosystèmes naissants. Avec la nouvelle loi tunisienne qui définit les politiques du gouvernement en matière de croissance des startups, la Tunisie semble prendre les devants à cet égard », estime le magazine en ligne Quartz Africa.

Cette loi consiste à placer la science et la technologie au cœur de la transformation économique de la Tunisie plutôt que de miser sur les seuls secteurs traditionnels tels que le tourisme et l’agriculture. « Dans le cadre de [ce dispositif juridique], la loi soutient les startups en matière de financement, leur accorde des exemptions d’impôt, permet aux employés des secteurs privé et public […] de gérer leurs équipements, et aide les entreprises à déposer des brevets internationaux », rappelle ainsi le média.

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Houssem Eddine Touil, acteur actif oeuvrant à la mise en place des partenariats internationaux pour les startups tunisiennes, explique au média qu’il espère que la nouvelle réglementation réduira l’exode des talents vers de plus grandes plateformes, contribuera à combler les énormes déficits de financement et incitera davantage de personnes à « croire en leurs rêves », à « lancer leurs projets », à les exploiter et à les développer à l’échelle mondiale.

Faire les bons choix

Des acteurs de l’industrie, comme Houssem, savent toutefois que l’adoption de la loi ne sera pas une panacée pour régler tous les problèmes auxquels sont confrontées les startups tunisiennes. Pour s’inspirer des meilleures pratiques, un indice a été lancé pour mesurer l’impact des nouvelles entreprises sur l’économie locale.

Wafa Ben Hassine, conseillère stratégique en politique en Afrique du Nord au sein du groupe de plaidoyer numérique Access Now, affirme que le gouvernement devra également consolider les acquis en matière de protection de la vie privée et assouplir les larges dispositifs de surveillance. Freedom House, l’ONG de défense des libertés basée aux Etats-Unis, qualifie en effet la Tunisie de « partiellement libre » en ce qui concerne les libertés sur Internet. « Pour que les entreprises fonctionnent correctement, un environnement libre, en ligne et hors ligne, est essentiel », a ainsi déclaré Mme Ben Hassine au magazine africain.

Par ailleurs, compte tenu des incitations économiques, il fait limiter le risque de voir les fondateurs de startups se lancer dans la recherche d’une rente plutôt que dans la véritable innovation et manipuler cette politique pour augmenter leurs propres profits.

Défis à relever à l’échelle africaine

Au sein du continent africain, plusieurs défis sont à relever. L’absence d’un cadre juridique et réglementaire est une réalité qui prévaut dans une grande partie du continent. « Pour la plupart des startups africaines, les goulots d’étranglement bureaucratiques, le manque d’accès au capital ainsi que les impôts élevés et multiples » posent ainsi de sérieux problèmes, estime Quartz Africa.

Les startups tunisiennes ont ainsi été confrontées à des défis juridiques, administratifs et d’investissement qui les ont empêchées de réaliser une croissance complète. Et au Nigeria, les startups ne sont pas autorisées à collecter des fonds grâce au financement participatif en raison d’une loi « obsolète ». Des pays tels que le Ghana et le Nigeria ont également adopté des réglementations strictes qui rendent difficile l’utilisation de drones par les nouvelles entreprises, malgré leurs avantages potentiels, notamment la lutte contre le changement climatique.

Pour inverser la tendance, les gouvernements africains ne doivent pas seulement se concentrer sur les nouvelles entreprises technologiques, mais aussi sur l’écosystème en général. Faciliter la réglementation serait un « fruit à portée de main », déclare ainsi Ameya Updhadyay du réseau Omidyar qui milite pour l’augmentation de la portée des investissements. En plus d’offrir des incitations telles que des subventions fiscales pour « faciliter la vie » aux fondateurs, M. Updhadyay estime que les Etats devaient également s’attacher à améliorer le climat des affaires locales et à suivre de près leurs progrès dans le classement Doing Business de la Banque mondiale.

Des progrès réalisés malgré tout

Au Rwanda, l’accent mis par Paul Kagame sur l’amélioration du climat des affaires locales a été une aubaine pour les startups, le succès du programme « Drone delivery » de la startup américaine Zipline constituant « un testament », relève le magazine. Et au Kenya, le gouvernement a noué des partenariats avec des pôles d’innovation (tels que la société spécialisée dans le support des nouvelles technologies, Nailab) pour soutenir les entrepreneurs, en plus de fournir des fonds et d’adopter de nombreuses lois « progressistes » pour améliorer les connaissances numériques et la pénétration de l’internet, poursuit le magazine.

Walid Sultan, fondateur de DigitalMania, la première société tunisienne de développement de jeux vidéo, affirme clairement à Quartz Africa que la nouvelle loi sur les startups donnera à de nombreux jeunes le courage de créer leur propre entreprise, ce qui a également été réalisé dans l’Egypte post-révolution.

N.B.

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