crise de l’eau

Des startups, dont une tunisienne, s’investissent de plus en plus dans la résolution de la crise de l’eau dans la région MENA

Beaucoup de jeunes entrepreneurs proposent de nouveaux projets et systèmes pour répondre aux besoins en eau des populations du Moyen-Orient, où la rareté de l’eau pourrait constituer une crise majeure dans les décennies à venir. Hatem Marrakchi, un entrepreneur tunisien cofondateur de Water Dynamic, a eu une idée originale pour résoudre les problèmes d’eau dans certaines régions de son pays et dans d’autres pays du monde, y compris la Palestine et la Jordanie. Il s’agit d’une plateforme avec laquelle collaborent plusieurs parties prenantes et qui vise la valorisation et la préservation de l’eau, ainsi que la bonne gouvernance. Grâce à une carte interactive qui a été créée par l’entrepreneur, les utilisateurs peuvent localiser la zone présentant un problème d’eau. L’équipe de Water Dynamic inspecte alors l’emplacement, vérifie le problème et le signale aux municipalités locales et aux organisations internationales de gestion de l’eau, ainsi qu’aux plateformes de financement participatif qui seraient prêtes à intervenir.

Un problème qui touche des milliers d’écoles en Tunisie

Basée à Tunis, Water Dynamic entretient des partenariats en Palestine et en Jordanie, où des équipes gèrent l’organisation. « Nous avons entamé nos activités en 2015 et avons réussi à mener à bien plusieurs projets dans des zones où de graves problèmes d’eau se posent », a déclaré Marrakchi au média Al-Monitor. L’entrepreneur tunisien a expliqué que, grâce à sa plateforme SOS EAU, qui fait partie de Water Dynamic, son équipe avait réussi à créer un modèle viable pour résoudre les graves problèmes d’eau rencontrés dans les écoles en Tunisie. « Nous avons au moins 2100 écoles en Tunisie qui souffrent de pénuries d’eau. Nous avons mis en œuvre un projet qui a permis de résoudre ce problème dans l’une de ces écoles et ce projet sera appliqué aux 2100 autres écoles du pays », a-t-il assuré. Selon Marrakchi, sa plateforme est également utilisée en Palestine et devrait être lancée en Jordanie et en Egypte dans les prochains mois pour signaler les problèmes liés à l’eau dans ces deux pays.

Marrakchi mène également d’autres projets incluant le traitement de l’eau, notamment un système de collecte de données qui permet aux citoyens d’accéder aux données relatives à l’eau et à l’environnement, ainsi qu’une chaîne de télévision en ligne unique en son genre qui se concentrerait sur la question de l’eau. « Dans notre pays, on ne parle pratiquement pas de la question de l’eau. C’est pourquoi nous avons lancé une plateforme de télévision en ligne qui donne aux journalistes locaux et à la communauté une voix pour partager des informations sur l’eau. Cela peut renforcer leur capacité à trouver plus d’outils pour résoudre les problèmes d’eau et améliorer la gouvernance de l’eau », a-t-il noté.

Une initiative également prise par des entrepreneurs libanais

Au cours des dernières années, de nombreux entrepreneurs du Moyen-Orient ont commencé à rechercher des solutions innovantes pour faire face aux crises de l’eau dans la région, qui menacent leurs communautés et mettent des vies en danger. Selon une étude réalisée en 2015 par le think-tank américain World Resources Institute (WRI), l’approvisionnement en eau au Moyen-Orient se détériorera au cours des 25 prochaines années, mettant ainsi en péril la croissance économique et la sécurité. « La demande mondiale en eau devrait augmenter considérablement au cours des prochaines décennies. La croissance rapide de la population entraînera un accroissement de la consommation en eau des particuliers, des exploitations agricoles et des entreprises », indique l’étude.

Ramzi Bou Khalil, un entrepreneur libanais cofondateur de la startup Clean2O, a déclaré à Al-Monitor que les startups axées sur l’eau au Moyen-Orient offrent des solutions immédiates et rapides à divers problèmes majeurs liés à l’eau dans plusieurs pays de la région. Bou Khalil a ainsi créé un filtre à eau portable pouvant être utilisé par les citoyens vivant dans les zones défavorisées ou par les réfugiés syriens installés dans des camps au Liban. Le jeune entrepreneur envisage de commencer à vendre ces filtres au début de l’année 2019. « Le filtre est abordable car il sera vendu à 10 dollars et il est très facile d’utilisation », a-t-il déclaré à Al-Monitor, soulignant le besoin urgent de ce type de filtres en raison de la cotamination de l’eau des zones pauvres et des camps de réfugiés. Bou Khalil a également annoncé son intention de vendre ces filtres dans d’autres pays de la région, notamment ceux accueillant des réfugiés syriens et d’autres pays arabes.

Un autre entrepreneur libanais, Marc Aoun, a créé une station de traitement des déchets à travers sa startup Compost Baladi, qui utilise les eaux usées des ménages et des institutions pour fournir du biogaz, des engrais et de l’eau à usage agricole. Les services fournis par la société constituent une réponse directe à la crise actuelle de la gestion des déchets au Liban et à la crise de l’eau.

« La station peut s’installer chez n’importe quel ménage ou institution à la place de la station d’épuration traditionnelle. Cela permet d’extraire des ressources comme le biogaz. Les boues sont transformées en engrais et en eau à usage agricole », a déclaré Aoun à Al-Monitor. « Nous avons installé deux stations de ce type dans des camps de réfugiés syriens [au Liban] afin de fournir des solutions durables à leurs problèmes actuels. Ce système leur fournit de l’énergie, de l’eau ainsi que de la nourriture et peut également être utilisé par tous les habitants des zones rurales », a-t-il ajouté.

Aoun a précisé que ce système peut être transféré dans d’autres pays, notamment en Syrie où il bénéficierait aux Syriens de retour dans leur pays d’origine. « Ce système est un pont entre l’aide humanitaire et l’aide au développement », a-t-il affirmé.

Besoin d’un soutien gouvernemental et international

Selon le rapport du WRI, 14 des 33 pays qui seront les plus concernés par la crise de l’eau d’ici à 2040 sont situés au Moyen-Orient (en particulier le Bahreïn, le Koweït, le Qatar, les Emirats arabes unis, la Palestine et Israël, l’Arabie saoudite, Oman, l’Iran et le Liban). Les experts en eau affirment que les startups qui ont décidé de s’attaquer à ce fléau peuvent, dans une certaine mesure, contribuer à résoudre les problèmes de l’eau. Mais elles ne pourront le faire sur le long terme que si elles bénéficient d’un soutien substantiel de la part des gouvernements et de la communauté internationale.

« Nous avons un besoin urgent d’entrepreneurs pour faire avancer l’innovation en réponse aux problèmes d’eau auxquels nos sociétés du Moyen-Orient sont confrontées car il faut s’attaquer aux causes profondes de manière holistique et essayer de les résoudre en faisant intervenir les principaux acteurs, y compris les autorités locales et les universités, pour promouvoir le développement durable », a déclaré à Al-Monitor Hassan Aboelnga, professionnel de l’eau et président du Parlement arabe de la jeunesse pour l’eau (relevant de la responsabilité de la Ligue arabe). « L’innovation ne se produit pas en vase clos, les activités de la majorité de ces startups ne peuvent être poursuivies sans des partenariats solides, un accès au financement et un environnement réglementaire propice à leur prospérité », a-t-il conclu.

N.B.

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