Stress hydrique , pire que le coronavirus

Stress hydrique , pire que le coronavirus

Les facteurs de stress dans la Tunisie post-révolution sont multiples et inhérents à l’instabilité politique au sommet de l’Etat, la détérioration de la situation économique qui a sévèrement impacté le pouvoir d’achat et provoqué la montée en flèche du taux de chômage (18%, selon les récentes statistiques publiées par l’Institut national des statistiques). Ceci sans compter les effets dévastateurs du coronavirus sur tous les plans. Les Tunisiens vivent aujourd’hui la peur au ventre en raison de la rapide et grave évolution de la situation épidémique . Aussi pardoxal que ceci puisse paraitre, le stress hydrique n’est plus, parait-il à l’ordre du jour en dépit des alertes répétées des instances onusiennes.

Désarroi et inquiétude

Après avoir dépassé avec brio le cap de la première vague d’épidémie sur fond de mesures draconiennes prises dans le cadre du confinement général sanitaire obligatoire et du déconfinement progressif en trois étapes (du 4 mai au 14 juin 2020), la Tunisie  retient aujourd’hui son souffle, comme par ailleurs partout dans le monde, avec l’arrivée de la deuxième vague. Avec l’ouverture des frontières à la fin du mois de juin, le maudit virus a profité de l’aubaine et plusieurs clusters ont été repérés dans le pays  un mois après l’arrivée de voyageurs en provenance notamment de l’Europe.

« La Tunisie vient d’atteindre la phase de danger », a confirmé au début du mois d’octobre La porte-parole du ministère de la Santé, Nissaf Ben Alaya. Et d’ajouter que  » la propagation du coronavirus dans le pays se poursuit à un rythme accéléré ». Le pays est entré dans une phase de transmission communautaire. On est bien loin des déclarations euphoriques mettant en exergue, tambour battant, la réussite de notre pays dans sa lutte contre le coronavirus.  Du coup, c’est la peur, le désarroi et l’inquiétude qui se sont installés chez les citoyens . La crise sanitaire a pris une ampleur dantesque en raison du manque flagrant de moyens susceptibles de faire face à la grave évolution de la pandémie qui n’a pas épargné les soldats en blouses blanches se trouvant en première ligne.

A la date du 6 octobre 2020, le pays compte 321 décès et 22.230 contaminations. Au premier juillet dernier, le pays n’avait pourtant enregistré que 1181 contaminations. Le nombre des cas de décès a commencé à évoluer à partir du 17 Aout. L’ouverture des frontières fut lourde de conséquences, commentent les uns, une décision inéluctable en raison de la difficile situation économique du pays, arguent les autres. Une chose est certaine, le non-respect des gestes barrières (port du masque et distanciation physique)  n’a fait qu’empirer la situation.

 

Le stress hydrique, entrainera plus de décès

Il va sans dire que l’aggravation de la situation  de la pandémie a concentré quasiment tous les efforts des décideurs  sur les moyens de lutter contre la propagation exponentielle du  coronavirus. La pénurie en eau, le stress hydrique et le réchauffement climatique n’intéressent plus personne. Et pourtant, notre pays est l’un des pays les plus touchés par les changements climatiques. Selon les climatologues, la Tunisie souffrira   d’une augmentation moyenne à hauteur de 5 degrés dans les prochaines années, ce qui n’est pas sans incidences notamment sur  l’accès à l’eau l’accélération de la désertification et  les activités agricoles et touristiques. En termes plus simples, avec 467 m3 d’eau par personne et par an, la Tunisie est sous le seuil de pauvreté hydrique.

Si la Tunisie ne figure pas parmi les « pollueurs du monde », elle subit directement les conséquences de la guerre déclarée entre les pays industrialisés et metteurs de gaz à effet de serre qui ont contribué au réchauffement climatique qui influe sur les déterminants sociaux et environnementaux de la santé . Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le changement climatique, ou plutôt le stress hydrique, entraînera environ 250 mille décès supplémentaires en une seule année.

Ceci sans compter le coût  des dommages directs pour la santé d’ici 2030. Pour les régions manquant d’infrastructures de santé, la facture sera encore plus lourde, met en garde la même source.

Demain est un autre jour, semble se dire aujourd’hui nos décideurs. Priorité à la lutte contre un ennemi dont tout le monde parle. Mais, dans un pays comme le nôtre, où l’irrégularité pluviométrique s’accentue sous l’effet des changements climatiques, point n’est besoin de rappeler que le pays vit sous une menace plus grave que le coronavirus, celle du stress hydrique dont on ne parle que lorsque nos barrages  pâtissent du manque d’eau. L’OMS évoque justement le cycle « panique et oubli » qui fait que les gouvernements s’intéressent à d’autres problèmes plus pressants quand une pandémie est maîtrisée. La deuxième vague du coronavirus est venue confirmer cet état de fait en Tunisie après l’ouverture des frontières et le relâchement observé en matière de respect des consignes de sécurité sanitaire .

Ce qui est plus grave aussi, c’est l’oubli de la menace du stress hydrique au temps du coronavirus. Selon une récente étude publiée par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), les ressources disponibles deviendraient plus incertaines d’ici 2025, faute de profondes réformes et d’améliorations notables de la gestion de l’eau » . A l’horizon 2050, 3.9 milliards de personnes, soit plus de 40 % de la population mondiale, vivront sans doute dans des bassins hydrographiques soumis à un stress hydrique élevé, souligne la même source. D’ici là, le coronavirus ne sera qu’un lointain et mauvais souvenir .

Samir DRIDI

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