Des réfugiés kurdes de Syrie arrivant au Kurdistan irakien, le 16 octobre 2019 ( photo : AFP / Safin HAMED )

Syrie : Amnesty dénonce des « crimes de guerre »

Des civils kurdes sont arrivés de Syrie, hier dans la nuit, à Bardarash, une ville du Kurdistan irakien. Ils ont fui l’offensive militaire turque, pour le moment stoppée à la faveur d’un cessez-le-feu.

Le président américain Donald Trump s’est félicité de ce cessez-le-feu conclu ce jeudi à Ankara sous la pression de Washington. « C’est un grand jour » pour les Etats-Unis, la Turquie et les Kurdes, a-t-il souligné.

« C’est un résultat incroyable. Et quoi qu’en disent les médias, c’est un résultat auquel personne n’était arrivé en 10 ans. Cela permet de sauver la vie de millions de personnes », a dit le président américain. Sur son compte Twitter, il a indiqué que ce « deal n’aurait jamais pu avoir lieu il y a encore trois ans », saluant les « superbes nouvelles qui viennent de Turquie ».

Ce jeudi soir, le vice-président américain Mike Pence a annoncé la suspension de l’offensive turque, pour une durée de 5 jours. C’est le temps prévu pour que les forces kurdes se retirent de la zone concernée, soit une bande de 32 kilomètres de large, censée se transformer à terme en « zone de sécurité », indique Euronews.

Avec la mise en place de ce cessez-le-feu, les Etats-Unis n’imposeront pas de nouvelles sanctions à la Turquie. Et si un cessez-le-feu permanent est instauré, le président Donald Trump indique être en mesure de lever les sanctions économiques décidées lundi dernier.

« Une simple pause »

« C’est une simple pause, pas un cessez-le-feu. Un cessez-le-feu, ça ne peut être conclu qu’entre deux parties légitimes. Nous suspendons l’opération, afin de permettre aux groupes terroristes, ceux qui sont nos cibles, de se retirer de la zone », a pour sa part affirmé Mevlut Cavusoglu, ministre turc des Affaires étrangères, cité par Euronews.

L’offensive turque a été lancée le 9 octobre. Si le bilan humain est difficile à établir de manière indépendante, l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) avance une centaine de civils tués.

De son côté, l’ONG Amnesty international affirme que les forces turques et leurs alliés syriens se sont rendus coupables de « crimes de guerre », dont des « exécutions sommaires » et des attaques meurtrières contre des civils. « Les informations recueillies fournissent des preuves accablantes d’attaques sans discriminations contre des zones résidentielles », déplore l’organisation de défense des droits de l’homme.

« L’offensive militaire turque dans le nord-est de la Syrie a bouleversé la vie de civils syriens qui ont de nouveau été forcés de fuir leurs maisons ». Ils « vivent dans la peur constante des bombardements aveugles, des enlèvements et des exécutions sommaires. Les forces militaires turques et leurs alliés ont fait preuve d’un mépris total pour les vies des civils et ont lancé des attaques meurtrières illégales dans des zones résidentielles qui ont tué et blessé des civils », a précisé Kumi Naidoo, secrétaire général d’Amnesty International.

La Russie, grande gagnante du conflit syrien ?

La Russie est la principale bénéficiaire des derniers événements qui se sont déroulés au Kurdistan syrien. C’est en tout cas l’analyse que livre le journal gouvernemental Rossiiskaïa Gazeta.

Dans un article publié dans les colonnes de ce journal, Fiodor Loukianov, rédacteur en chef du magazine de géopolitique Russia in Global Affaires, analyse en effet les avantages que risquerait de tirer la Russie de l’évolution du conflit qui sévit en Syrie. Trois grands points sont ainsi évoqués dans cet article traduit par Courrier International.

D’abord, il y a l’élargissement de la zone de juridiction de Damas, dont les troupes se sont redéployées dans le Kurdistan syrien. En effet, « après le retrait des troupes américaines, les Kurdes ne pouvaient plus se tourner vers qui que ce soit d’autre [que la Syrie] ». Ensuite, la question du renforcement de la coordination avec la Turquie : il ne s’agit pas de « confiance mutuelle », indique l’analyste russe, mais de « prise de conscience que chacun ne pourra atteindre ses objectifs qu’en concertation avec l’autre ». Puis, en ligne de mire, l’affirmation de la Russie comme « unique Etat étranger influent dans cette partie du monde ».  Une situation qui induit que les acteurs régionaux seront désormais « beaucoup plus enclins à négocier avec Moscou ».

N.B., Euronews et Courrier International

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