Idleb
Manifestation à Idleb, en septembre 2018. Anas Alkharboutli / DPA / dpa Picture-Alliance / AFP

Syrie : Idleb au cœur d’un nouveau round de pourparlers au Kazakhstan

Des délégations de l’Iran, de la Russie et de la Turquie ont entamé ce mercredi à Astana une nouvelle étape de pourparlers sur la Syrie, en particulier sur la situation dans la province d’Idleb (nord-ouest), a annoncé le ministère kazakh des Affaires étrangères. Des émissaires de l’opposition et du gouvernement syriens y participent également, ainsi que les Nations unies, qui doivent y être représentées par l’envoyé spécial pour la Syrie, Staffan de Mistura, selon un communiqué du ministère.

Les discussions porteront également sur les conditions du retour des réfugiés et déplacés ainsi que la reconstruction du pays après le conflit, a ajouté le ministère.

La province d’Idleb, ultime grand bastion insurgé en Syrie, fait l’objet depuis septembre d’une trêve négociée entre Moscou, allié de Damas, et Ankara, parrain traditionnel des rebelles. L’accord, censé mettre en place une zone tampon démilitarisée pour empêcher une offensive d’envergure des forces syriennes contre Idleb, semble toutefois plus que jamais fragilisé depuis l’attaque chimique lancée contre Alep et imputée aux rebelles, mais dont les circonstances demeurent floues. Cette région était déjà depuis plusieurs semaines le théâtre de bombardements et d’affrontements sporadiques entre forces du régime et jihadistes.

Frappes aériennes russes sur Idleb dimanche

L’accord semble surtout rompu depuis dimanche, lorsque la Russie a mené dans la région d’Idleb des frappes aériennes de représailles, les premières en plus de deux mois, contre des positions « terroristes », suite à l’attaque chimique présumée. Les autorités russes affirmaient réagir à l’utilisation d’armes contenant du chlore, qu’elles imputaient à ces rebelles.

« L’attaque puis les bombardements russes révèlent clairement la faiblesse de l’accord sur Idleb », a expliqué Aaron Stein, de l’Atlantic Council, cité par l’AFP. Pour Julien Théron, de l’Institut d’études politiques de Paris, Moscou espère ainsi « forcer la Turquie à intervenir » contre HTS (Hayat Tahrir al-Cham, ex-branche syrienne d’al-Qaïda) à Idleb, pour obtenir le départ des jihadistes prévu par l’accord. « Mais cela implique qu’Ankara contrôle in fine le terrain », ce qui selon lui déplairait à Damas, qui a maintes fois qualifié de « temporaire » l’accord russo-turc de Sotchi. Pour le négociateur en chef de l’opposition en exil, Nasr al-Hariri, l’attaque chimique présumée à Alep pourrait avoir été lancée « sur ordre du gouvernement » qui cherche « un prétexte pour lancer une opération militaire dans le nord syrien ».

Julien Théron juge en outre qu’Idleb est une zone difficile à reconquérir, « et les risques sont importants », avertit-il, comme Nawar Oliver, du centre Omran basé en Turquie, pour qui « les Russes n’ont pas les moyens de lancer une attaque au sol parce qu’ils n’ont tout simplement pas les forces terrestres » nécessaires.

Le nouveau round de pourparlers, qui doit s’achever jeudi, est le onzième depuis le début en janvier 2017 du processus d’Astana parrainé par la Russie et l’Iran, alliés du régime syrien, ainsi que la Turquie. Les quatre « zones de désescalade » instaurées en Syrie par le processus d’Astana ont depuis été reconquises par les forces du régime soutenues par les Russes et les Iraniens, à l’exception de celle d’Idleb.

Ce processus a mis en avant le rôle incontournable de Moscou dont l’intervention militaire en septembre 2015 a permis au régime du président syrien Bachar al-Assad, alors en mauvaise posture, d’inverser la vapeur en sa faveur. Il a fait de l’ombre aux négociations parrainées par l’ONU, qui s’est montrée incapable de trouver une solution pacifique à la guerre qui a fait plus de 350 000 morts depuis mars 2011. Les Etats-Unis y ont parfois assisté en tant qu’observateur mais le représentant spécial de Washington pour le conflit syrien, James Jeffrey, a précisé la semaine dernière qu’ils ne participeraient pas à ce round.

N.B., avec AFP et l’Orient-Le Jour

A voir aussi

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A ne pas manquer