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Des blindés américains circulent sur une route de la province de Hassaké, dans le nord de la Syrie, le 21 décembre 2018 ( AFP / Delil SOULEIMAN )

Syrie : quels scénarios possibles en Syrie après le retrait américain ?

La décision de Donald Trump de retirer 2000 soldats américains stationnés en Syrie va rebattre les cartes dans cette région et avoir des conséquences complexes pour les autres puissances engagées dans cette guerre. Quelles conséquences possibles pour les principaux acteurs engagés dans ce conflit qui perdure depuis 2011 ?

La Turquie en première ligne contre l’EI et les Kurdes

Le président Erdogan a « lourdement pesé » dans la décision de Trump de retirer les quelque 2000 soldats américains déployés en Syrie et a « convaincu » le président américain, qu’il a invité à visiter son pays l’an prochain, que la Turquie serait en mesure, seule, d’éliminer les poches jihadistes restantes après les défaites militaires que l’Etat islamique (EI) a essuyées, explique Le Parisien. Un grand défi pour la Turquie, puisqu’elle « n’a pas actuellement à sa disposition une force rebelle syrienne suffisamment grande ou expérimentée pour tenir l’Est de la Syrie. Et il lui faudra plusieurs mois, même avec l’aide des Etats-Unis, pour bâtir une telle force », selon Nicolas Heras, chercheur du Center for New American Security cité par le journal français.

La décision américaine laisse plus de place aux ambitions d’Erdogan, qui menace depuis la mi-décembre de lancer une nouvelle offensive contre la principale milice kurde de Syrie, les Unités de protection du peuple (YPG). L’organisation est classée parmi les groupes « terroristes » par Ankara, même si ses combattants ont été de précieux alliés de Washington dans la lutte anti-jihadiste.

Déjà, l’armée turque a acheminé d’importants renforts à la frontière. Elle a dépêché des dizaines de chars et blindés dans le nord syrien, près de Minbej. Cette ville pourrait être la cible d’une prochaine offensive, tout comme la localité de Tal Abyad, située à la frontière, indique l’AFP. La Turquie a par ailleurs mis en garde mardi la France pour son appui à la milice des YPG.

Pour les Kurdes, les chances d’arriver à une autonomie se sont réduites

Pour parer à une opération turque, les Kurdes pourraient négocier un retour du régime de Bachar al-Assad dans leurs territoires, estiment des experts. Cette minorité syrienne avait tiré profit du conflit pour établir une autonomie de facto dans ses régions du nord et du nord-est. Mais « les chances de maintenir un sérieux degré d’autonomie se sont considérablement réduites », analyse le Center for Strategic and International Studies (CSIS).

Damas, la Russie et l’Iran renforcés

Bachar al-Assad et ses principaux alliés, la Russie et l’Iran, pourront profiter d’un possible éclatement des régions kurdes. « Il y aura un partage du territoire des FDS (Forces démocratiques syriennes) entre les Turcs et l’armée syrienne », avance Fabrice Balanche, spécialiste de la géographie politique du Moyen-Orient. Pour lui, le pouvoir d’Assad pourrait récupérer la ville de Raqqa, l’ex « capitale » de l’EI, mais aussi l’intégralité de la province de Deir Ezzor (est), reprenant ainsi des champs pétroliers stratégiques.

« Avec le retrait des forces américaines, l’Iran n’a plus d’obstacle pour établir un corridor terrestre lui permettant d’atteindre la Méditerranée à travers l’Irak, la Syrie et le Liban. Moscou profite aussi du désengagement américain. Il vient consacrer le rôle incontournable de la Russie dans le conflit syrien, sur le plan militaire et diplomatique, qui a largement éclipsé celui de Washington », poursuit Le Parisien.

Un second souffle pour l’Etat islamique ?

Les Kurdes des YPG ont un poids important au sein des FDS, alliance engagée dans la lutte contre l’EI aux côtés de la coalition internationale conduite par les Etats-Unis. Par le passé, les FDS ont averti qu’un assaut turc affecterait les opérations contre les jihadistes, puisque les combattants seraient redéployés pour défendre leur région du nord. Responsables et experts craignent que l’EI ne profite de ces circonstances pour retrouver un nouveau souffle, explique encore Le Parisien.

Les rebelles et jihadistes d’Idleb menacés

Les groupes rebelles et jihadistes d’Idleb, ultime grand bastion insurgé du nord-ouest syrien, où la Turquie est influente, pourraient voir leur fief menacé par les jeux d’alliance entre grandes puissances. Selon Fabrice Balanche, la Russie laisserait la Turquie « écraser les YPG et en échange, l’armée syrienne pourra avancer à Idleb ». Les habitants du secteur seront obligés de se réinstaller dans les zones kurdes conquises par Ankara. Dans ces conditions, les rebelles restent tributaires de la Turquie pour leur survie. Certaines factions ont déjà annoncé leur participation à une éventuelle offensive contre les Kurdes.

Israël, le grand perdant ?

L’Etat hébreu est considéré comme l’un des grands perdants du recul américain, celui-ci laissant le champ libre à Téhéran et ses partenaires pour développer leurs opérations militaires en Syrie. Israël, qui avait jusque-là salué la politique de l’administration Trump au Moyen-Orient, assure qu’il ne laissera pas la Syrie voisine devenir la tête de pont de Téhéran, bête noire d’Israël. Responsables israéliens et analystes rappellent qu’Israël gère seul le front syrien de longue date, et qu’il continuera sur cette lancée. Mardi soir, un raid israélien a ainsi visé des entrepôts d’armes au sud-ouest et au sud de Damas, appartenant au Hezbollah ou aux forces iraniennes, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

N.B., avec AFP et Le Parisien

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