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Technologie et relations internationales : vecteur de domination ou de coopération ?

  1. La Tunisie:révolution et innovation.

La technologie est la combinaison entre sciences et techniques, dans le cadre d’un processus de production de biens et services à finalité économique. L’avion supersonique Concorde représente une prouesse technologique et scientifique inégalée, fruit d’un partenariat franco-britannique, mais dont la production cessa en raison d’un échec commercial et économique cuisant.

Le concept d’innovation est plus large et plus diffus, ne nécessitant souvent pas de diplômes ou de formations particulières. Il porte sur des modifications et améliorations de marketing ou d’organisation du travail, à l’image des « cercles de qualité » dans les entreprises nippones. Avant d’être équipement ou formation, l’innovation est culture et un état d’esprit.

En matière de développement politique, la Tunisie a fait montre de capacités d’innovation en matière de processus de transition démocratique, malgré un parcours assez souvent chaotique. Alors que la révolution constitue une opportunité de changement, de basculement voire de rupture, la continuité a prévalu en matière économique et sociétale, accompagnée de détérioration et d’aggravation de la situation du pays (incivisme, relâchement du travail, surenchères sociales, atteintes aux biens publics…).

Les handicaps et les freins à l’inventivité et à l’innovation sont multiples. Dans nos contrées, des imams « modérés » proclament doctement que la nouveauté conduit ….à l’enfer (كل محدثة بدعة وكل بدعة ضلالة و كل ضلالة في النار) alors que le Saint Coran appelle au changement, à la rationalité et au savoir. Ainsi point « d’ijtihad » ni de renouvellement, y compris pour les choses de la vie et la chose publique, alors que le Calife Omar El Khattab en fit usage pour l’instauration des prières d’  « Ettaraouih » aux mois de Ramadan.

Plus grave encore, notre système éducationnel, axé sur la mémorisation, n’encourage pas à la réflexion, la remise en cause ou l’esprit critique. A cet égard l’enseignement de la philosophie constitue un catalyseur pour contextualiser et relativiser nos analyses et jugements, accepter la contradiction dans un esprit de tolérance et d’ouverture. C’est grâce aux musulmans que les européens ont pu renouer avec la philosophie grecque et initier la Renaissance.

Au niveau des relations de travail, alors que la société du savoir signifie accumulation, partage et capitalisation des connaissances nous en sommes encore aux balbutiements de la société d’information. Les primes de rendement sont généralisées dans l’Administration et les salaires revalorisés, à l’avance et à crédit, et ce, sans compter, le trop plein en effectifs et le relâchement de la discipline, du fait que l’avancement est à l’ancienneté et non au mérite ou à l’initiative. Dans une économie mondialisée qui requiert adaptation, souplesse et ingéniosité, nous refusons la « flexi-sécurité » au travail, admise aussi bien par les pays scandinaves que par la Chine communiste, reconvertie au « socialisme du marché ».

Informatiser l’administration, numériser les entreprises, doter les écoliers de tablettes numériques ne serviraient pas beaucoup sans changement parallèle des mentalités et sans l’enracinement d’une véritable culture numérique. Ce qui nécessite une vision et une volonté politiques et une réelle révolution culturelle et sociétale. Comme l’écrivait Chateaubriand : «  toute révolution qui n’est pas accomplie dans les mœurs et les idées échoue ». Nous ne pouvons nous résoudre à pareille issue. Au-delà de la vision et de la volonté, la Tunisie a besoin d’audace en mettant fin aux ravages des égos surdimensionnés, en engageant les réformes douloureuses mais nécessaires, et en se remettant au travail.

C’est à ce prix que notre pays répondra aux exigences de la Révolution et recouvrera la place qui est la sienne parmi les grandes nations, à un moment où le foisonnement des connaissances et le mouvement de destruction-création schumpétérien aiguisent les aspirations du partage du savoir et de l’avoir.

M.L

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