Témoignage d’Ahmed Ghezal : Une petite administration, de grands desseins

Témoignage d’Ahmed Ghezal : Une petite administration, de grands desseins

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Ahmed Ghezal est l’un des pionniers de la diplomatie tunisienne, ayant fait partie de la génération de ses fondateurs aussi. C’est en 1958, deux ans après la création du ministère des affaires étrangères, qu’il  se joint à la famille diplomatique. Il se rappelle que cette année là il était le seul diplômé de l’enseignement supérieur à être recruté par le ministère. C’est que le métier de diplomate n’attirait pas grand’monde, se remémore-t-il.

Le ministère faisait encore ses tout premiers pas. C’est le 14 avril 1956 qu’en présentant son gouvernement devant l’assemblée constituante que Bourguiba,  président du Conseil annonce qu’il s’attribue aussi les ministères des affaires étrangères et de la défense nationale. C’est l’acte de naissance du département confirmé le 3 mai 1956 par le décret paru dans le Journal officiel et portant « réorganisation du ministère des affaires étrangères ». Le soin d’organiser le département a été confié à Khemaies Hajri, expert international, nommé secrétaire général. M.Hajri perdit la vie en se rendant le 31 mai 1957 en visite d’inspection à Ain Draham près de la frontière algérienne. Il était accompagné par Béji Caïd Essesbi, du cabinet du ministre de l’Intérieur. Leur convoi  a été criblé de balles par l’armée française. 4 soldats et 3 gardes nationaux y perdirent la vie. Grièvement blessé, M.Hajri resta dans le coma jusqu’à ce qu’il rendit l’âme le 14 aout. Le poste demeura vacant  jusqu’à la fin 1958 lorsqu’il a été confié à Taieb Sahbani  rentré en Tunisie, suite à la tension avec l’Egypte et la fermeture des ambassades des deux pays ; le chef de cabinet,  Néjib Bouziri était alors nommé ambassadeur à Rome ; il cumulait en fait les charges du secrétariat général avec celles de son propre poste.

Les symboles

Ministère sensible, celui des affaires étrangères est aussi celui des symboles. Dés le départ Bourguiba annonce la couleur. Le 5 juin 1956, il nomme la première « fournée » d’ambassadeurs : Taïeb Sahbani à Rabat, Ameur Mokni à Tripoli, Dr Sadok Mokaddem au Caire, et Taïeb Annabi ministre plénipotentiaire à Djeddah (la Légation sera peu après élevée au rang d’Ambassade). Ensuite c’est au tour de Mongi Slim d’être nommé à Washington. Il cumule cette fonction avec celle de représentant permanent auprès de l’ONU à New York dès l’entrée de la Tunisie à l’organisation internationale. Toujours dans le symbole, le premier ambassadeur à présenter ses lettres de créance en Tunisie fut l’ambassadeur du Royaume de Libye.

Lorsqu’il fait son entrée au ministère des affaires étrangères (devenu secrétariat d’Etat dirigé par Dr Sadok Mokaddem), M.Ghezal trouve des militants destouriens auxquels se sont joints de jeunes recrues choisies en raison de leurs compétences et non plus en raison de leur appartenance ou non au parti au pouvoir.  A l’époque on n’organisait  pas de concours pour le recrutement et les candidatures n’étaient pas nombreuses non plus.

Une petite administration

C’est un tout petit ministère que trouve M.Ahmed Ghezal qui entre au bas de l’échelle, c’est-à-dire un simple agent, avec le rang d’attaché d’ambassade.  Outre le Secrétaire d’Etat (le ministre), le département comptait un chef de cabinet (Néjib Bouziri, nommé d’abord sous le ministère de Bourguiba et reconduit ensuite avec le Dr Mokaddem), et quelques divisions (services) : division Amérique, NU et organisations internationales : Houcine Ghouayel faisant l’intérim de Zouhaier Chelly nommé chef de cabinet de Mustapha Filali, secrétaire d’Etat à l’information), division Europe :Ridha Klibi, division Machrek-Afrique : Slim Benghazi, Conseiller juridique :Mustapha Abdessalam, service commercial : Ali Bennour, service culturel : Brahim Turki et Abderrazak Chatta, service consulaire, service central pour l’administration et les finances :Mohamed Boudali assisté  par Abdelhay Ben Tahar pour les finances, service du protocole, service des télécommunications(télex et chiffre) : Mohamed Témimi,  bureau d’ordre et valise : Ali Belkadhi, et enfin bibliothèque supervisée par Mahmoud Bouali. Il n’y avait point encore  de directeur ni de sous directeur et chaque division ou service comptait deux ou trois fonctionnaires au maximum en plus du chef de division. Il en était de même en ce qui concerne les ambassades qui ne comptaient qu’un seul ou deux  diplomates en plus du chef de poste, à l’exception de Paris, Washington et New York. Chaque division comptait une ou deux secrétaires ainsi qu’un hajeb (huissier).

A ce sujet M.Ghezal raconte une anecdote savoureuse qui dénotait de la relation presque familiale qui existe entre la Tunisie et la Libye. Un accord tuniso-libyen conclu en 1958 portait la signature de Slim Benghazi côté tunisien et de l’ambassadeur Djerbi côté libyen !!!

En 1958, la représentation tunisienne à l’Etranger s’est élargie, puisqu’à l’époque des ambassades étaient accréditées à Rabat, Tripoli, le Caire, Beyrouth, Damas, Bagdad, Djeddah mais aussi à Paris, Washington, New York, Madrid, Rome, Bonn(Allemagne) et Londres. Trois consulats généraux  tunisiens étaient ouverts  à Paris, Marseille et New York. Des pays arabes, occidentaux et notamment  européens  ont ouvert des ambassades résidentes à Tunis. D’autres, en particulier asiatiques ont accrédité des ambassades non résidentes.

L’on peut rapporter aussi que la première conférence des ambassadeurs de Tunisie s’est tenue, sous la présidence du ministre Bourguiba, le 24 juillet 1957, vraisemblablement pour examiner la manière de gérer, à l’extérieur, l’impact de l’événement qui allait survenir le lendemain, à savoir la proclamation de la République.

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