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Témoignages : Les épouses des combattants de Daech lancent un appel pour retourner dans leurs pays d’origine

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A Ain Al Issa, en Syrie, un camp établi pour accueillir temporairement 8000 personnes ayant fui l’EI, il existe un dortoir pour les femmes et les enfants des combattants de Daech, avec des agents sécuritaires à leurs portes. Il est considéré comme un » camp cinq étoiles » avec son propre centre médical, ses étals vendant des vêtements d’occasion, des magasins vendant de la nourriture et des rafraîchissements et des rangées de tentes blanches fournies par le HCR. Il est dirigé par les forces démocratiques syriennes soutenues par les États-Unis, à Raqqa et Deir Ezzor.

Les familles des terroristes ont pour la majorité perdu leurs maris dans les combats. Elles sont plutôt bien traitées même si les autres occupants du camp ne les apprécient pas et qu’elles restent sous surveillance. Middleeasteye.net a récemment publié les témoignages de ces femmes et leur appel désespéré pour rentrer dans leurs pays d’origine et y élever leurs enfants, dont la plupart sont en bas âge.
AishaKadad, 30 ans, ancienne professeure d’anglais de la ville syrienne centrale de Homs a témoigné. Son premier mari a été tué en 2012 par un tireur d’élite. Le second, un marocain français nommé Bilal Khattab, a rejoint l’EI mais a refusé de prendre les armes, d’où leur décision de fuir.« Je suis musulman, mais je ne veux pas tuer », a-t-il déclaré. Abu Mohammed al-Adnani, le principal propagandiste d’IS, lui a personnellement déclaré qu’il «devait se battre ou mourir», a-t-elle rappelé. N’ayant pas les moyens de fuir en Turquie, son mari a été capturé, elle s’en plaint. « Beaucoup de Syriens ayant travaillé avec l’EI ont été libérés, après avoir passé un certain temps en prison. Mon mari n’est pas Abu BakrBaghdadi ! » s’est elle exclamé. « Il n’a rien fait de mal ».Elle s’est également plainte de ne pas recevoir du «riz et des haricots». Elle explique que les habitants du camp « ont jeté des pierres sur une famille d’indonésiens qui étaient avec l’EI quand ils ont essayé d’obtenir de l’eau ». En revanche, les femmes des combattants de l’EI ont plutôt beaucoup de liberté. Elles sont autorisées à quitter le dortoir sans être accompagnées pour acheter de la nourriture et des fournitures et ont parfois l’accès à Internet, qui leur permet de communiquer avec leurs familles.

Contrairement à la plupart des femmes de Daech, Kadad, qui est syrienne, ne veut pas retourner au Maroc avec son mari. Elle craint pour lui et pour sa vie car selon elle, les autorités « les détestent».« Nous leur permettrons de partir si l’autre partie (les gouvernements des pays d’origine) accepte leur retour » a déclaré un responsable sécuritaire anonyme dans le camp. Cette possibilité ne concerne cependant pas les maris criminels. « Aux Etats-Unis, on les emprisonne, mais ici [les femmes] ne sont même pas en prison », a-t-il ajouté.
Tout dépend du pays d’origine. A titre d’exemple, une famille de 17 indonésiens a été autorisée à partir au début du mois d’août, après que le gouvernement à Jakarta a accepté son retour. Saida ,française de Montpellier, est également rentrée chez-elle. La situation de ces femmes et de leurs enfants reste délicate. De nombreux gouvernements occidentaux hésitent à accepter le retour des épouses des membres de l’EI, mais ils n’ont pas légalement la possibilité de refuser leur retour, car ils restent des citoyens.

Clarisse Pasztory, la chef de la mission de l’Union européenne à Erbil, affirme qu’il est très probable qu’on poursuive en justice les femmes de l’EI une fois dans leur pays d’origine. Elle a ajouté : « Nous sommes heureux de les voir poursuivies localement », en précisant qu’elle s’oppose naturellement à la peine de mort. Le problème, c’est que souvent « il n’y a pas assez de preuves ». En Europe, « elles sont accusées d’avoir adhéré à une organisation terroriste étrangère », même si les procédures et le code pénal diffèrent d’un pays à l’autre. D’après Clarisse Pasztory, les enfants doivent avoir un traitement différent et les pays d’origine doivent chercher à les récupérer.

Certaines femmes de Daech ont témoigné de leurs regrets. Sous un faux nom, une femme de 30 ans venue d’Allemagne dont le mari blessé est resté avec l’EI, veut rentrer chez-elle. Elle a avoué : « Je ne suis pas venue pour l’EI, j’étais une femme au foyer. Je n’ai rien à voir avec les têtes coupées et la lapidation… Je deviens folle. Combien de temps dois-je rester ici? J’ai besoin de retourner en Allemagne ». Elle a également affirmé préférer retourner à Raqqa à côté de son mari blessé plutôt que rester dans le camp. Khadija al-Humri, 29 ans, originaire de Tunisie a déclaré : « Je suis prête à dénoncer Daech aux autorités tunisiennes s’ils me permettent de rentrer ». Selon elle, son mari a déclaré que le Califat n’est pas un vrai état religieux, « c’est un état de non-croyants, et c’est pourquoi il a perdu. S’ils avaient Dieu de leur côté, ils auraient gagné ». Elle a ajouté que « certains Tunisiens … ont volé des voitures à Raqqa, collecté de l’argent et l’ont donné à un contrebandier pour s’échapper ». La vie des femmes de l’EI dont les maris sont tués durant les batailles devenait insupportable. Elles étaient forcées d’épouser d’autres combattants et étaient traitées « comme des chiennes ». Elle a enfin formulé son souhait de rentrer en Tunisie et reprendre sa « vielle vie ». « Je ne suis pas avec Daech, j’ai juste obéi à mon mari »a-t-elle conclu. Une marocaine du nom de Habiba Afif a formulé le même souhait indiquant qu’elle est fatiguée, surtout qu’elle a des enfants en bas âge à élever.

Au fur et à mesure que l’EI perd des territoires, les familles de ses membres se trouvent capturées. Cela pose un problème d’envergure pour les autorités à l’échelle locale et internationale, car beaucoup d’enfants sont nés en Syrie sur les territoires que l’EI contrôlait. La détermination du degré de participation de ces femmes n’est point une tâche facile, d’où la nécessité d’un cadre juridique adéquat et de procédures nouvelles, notamment pour préserver la dignité des enfants.

N.B

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