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Témoignages : Un nouvel éclairage sur la question de l’égalité de l’héritage en Tunisie

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Le célèbre site Bloomberg.com s’est récemment intéressé à la question de l’égalité de l’héritage en Tunisie, suite à la proposition du président Béji Caied Essebsi. Afin d’apporter un nouvel éclairage sur la question, le tour de la question de l’héritage du point de vue religieux et juridique a été fait en plus des témoignages et opinions de tunisiens.

Le mois dernier, Essebsi a ordonné un examen des codes civils qui régissent les héritages, affirmant que l’égalité «est le fondement de la justice et la base de la vie en toute communauté». Si cela nécessite la réinterprétation des enseignements religieux, le président a affirmé que « cette nouvelle orientation devrait être accueillie et encouragée ».

Le discours du président a créé la controverse. Toutefois, depuis la révolution de 2011, la démocratie a permis à tout le monde de s’exprimer sur toutes les questions qui touchent à la vie commune. Etant le seul pays du printemps arabe à avoir réussi sa transition démocratique, la cohabitation entre islamistes et laïques est ,selon le site d’information,devenu un fait. Malgré les divergences de points de vue, la conscience de l’intérêt commun et de la nécessité de préserver le modèle tunisien a évité à la Tunisie des scénarios sanglants et la persécution des opposants politiques.

Contrairement aux autres pays du Printemps arabe, la succession au pouvoir s’est déroulée de manière pacifique. Et le site de rappeler que le parti islamiste Ennahdha, qui avait remporté les premières élections, a cédé le pouvoir sans user de violence, pour réintégrer par la suite le gouvernement dans une coalition avec des partenaires laïques.

Concernant les droits des femmes, la Tunisie a toujours été un pays pionnier dans la région du MENA depuis son Indépendance. La Tunisie fait partie des rares pays musulmans qui ont interdit très tôt la polygamie et permis aux femmes d’avoir leur mot à dire lors des divorces. C’est aussi un pays où les femmes sont particulièrement actives, « plus diplômées que les homme » et présentes dans tous les domaines y compris la politique.

Sous Habib Bourguiba comme sous Ben Ali, le statut de la femme a été renforcé. Néanmoins, l’Islam a été souvent « mis à l’écart » dans les décisions politiques et la modernisation des lois n’a jamais été discutée de manière ouverte. Aujourd’hui, le consensus politique actuel et la volonté d’appuyer l’expérience démocratique place tous les débats sur les tables de discussion. Il n’est plus question de prendre des décisions isolées et autoritaires, tout doit être proposé sous forme de projet et discuté notamment sur les plateaux de télévision.
En Tunisie, beaucoup d’activistes pour les droits de la femme, des universitaires, des personnalités politiques des partis libéraux et des figures de la société civile ont exprimé leur appui à l’initiative. D’autres, de tendances islamistes ou radicales s’y opposent. Certains tunisiens, dont des femmes, sont contre. « Nous allons nous y opposer et sortir dans la rue pour protester si nécessaire », a déclaré Imen Tarfawi, 36 ans. « Ma famille et moi continuerons à appliquer la loi de Dieu sur l’héritage et le mariage. Nous ne défierons pas le Coran ».

Dans les pays voisins, le débat est très suivi. En Algérie, les journaux et les émissions télévisées discutent de l’idée; au Maroc, un mouvement similaire a été initié. Les propositions d’Essebsi ont fait l’objet d’une attaque féroce de la part de l’université égyptienne Al-Azhar, la « principale » institution religieuse de l’islam sunnite. Celle-ci a déclaré qu’elle ne se mêle pas des affaires intérieures d’autres pays mais ne pouvait garder la neutralité face à « la falsification » des lois islamiques.

Par ailleurs, le président Béji Caied Essebsi a appelé à se pencher sur la question de l’héritage à partir des valeurs de justice et de paix sociale prônées par l’Islam. Des savants et théologiens dans le monde islamique partagent son avis. SoheibBencheikh, un savant algérien et ancien Mufti de Marseille, distingue une approche «littéraliste» des prescriptions coraniques, et qui s’intéresse à «l’objectif ou le but recherché par le commandement». Il a qualifié l’initiative d’Essebsi de «complètement louable, légitime et faisant partie de son rôle de politicien qui guide son peuple ».

Le théologien marocain AbdelwahabRafiki soutient que les rôles sociaux ont évolué et que les versets coraniques consacrés à l’héritage doivent être réinterprétés. Rafiki avait été emprisonné après les bombardements de Casablanca en 2003.L’année dernière, il était parmi les 100 écrivains, journalistes et artistes qui ont mis leur nom dans un livre intitulé « Hommes défendant l’égalité dans l’héritage ».
Sur le plan concret,affirme le site, l’égalité d’accès à l’héritage pourrait davantage promouvoir l’équité et améliorer le sort de milliers de gens. Dans beaucoup de familles qui comptent plusieurs héritiers mâles, la part des héritières est tellement dérisoire que sous la pression familiale, elles y cèdent.

Halima Ben Diafi, 46 ans, a témoigné. Elle affirme que ses frères ont passé leur été à profiter de leurs vacances sur la côte méditerranéenne de la Tunisie alors qu’elle était coincée dans la chaleur de la capitale, ayant à peine suffisamment d’argent pour nourrir ses enfants.

C’est parce que les hommes ont tout l’argent de la famille. Leur père était assez riche selon les normes locales, il a laissé à son décès des terres et une maison d’une valeur d’environ 200 000 $. Mais, en vertu des lois sur l’héritage, une fille n’a droit qu’à la moitié de ce qu’un fils reçoit. Et beaucoup de femmes, pressées par leurs familles et leurs communautés, finissent par céder entièrement leur part.
« Je me sens impuissante et amère », a-t-elle déclaré. Habitant dans la banlieue de Tunis, elle s’occupe de son mari et de ses trois enfants. «Après avoir reçu tout l’héritage de notre père, mes frères ne se soucient plus que de leurs propres familles. Ils voyagent et mènent la belle vie oubliant qu’ils ont des sœurs dans le besoin ».
Pour Halima 46 ans, il est probablement trop tard. Elle dit que son souhait est que la vie sera plus facile pour sa fille. Mais avec un revenu d’environ 150 $ par mois de son travail de femme de ménage, et un mari malade incapable de travailler depuis 2015, Halima lutte pour joindre les deux bouts.

N.B

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