Tin Hinan : l’éthique au cœur de la maroquinerie

De plus en plus connue pour l’originalité de ses sacs en cuir épais d’excellente qualité, Tin Hinan est surtout un projet portant des valeurs assez rarement mises en valeur en Tunisie : respect de l’environnement, fort intérêt pour le recyclage et l’éthique et conviction profonde qu’il n’est plus possible aujourd’hui de fuir la responsabilité écologique qui devrait être la nôtre. Cette nouvelle marque de design dédiée aux sacs en cuir et bientôt en tissu a été créée par un couple de quarantenaires, tous deux designers férus d’artisanat. Par le nom qu’ils ont choisi – prénom touareg féminin assez répandu en Algérie -, Olfa Trabelsi et son mari Salim Zerrouki, dessinateur de BD qui s’est fait connaître grâce à ses caricatures mettant en scène le personnage Yahia Boulahia en 2011, entendent également valoriser nos origines berbères. Interview.

Le Diplomate Tunisien : Pourquoi avoir choisi ce prénom berbère comme nom de marque ?

Salim Zerrouki : Je suis d’origine kabyle par ma mère et je tiens beaucoup à cette identité profondément nord-africaine, ce qu’on a tendance à oublier ! J’ai donc cherché un beau prénom berbère, qui est d’ailleurs écrit et en lettres latines et en alphabet Tifinagh dans le logo de la marque. C’est aussi une manière pour nous de véhiculer l’idée qu’il y a en Tunisie et, plus largement, en Afrique du Nord, tout un pan berbère de la population qui porte une culture, une histoire, une langue, etc.

D.T. : Comment a été lancée cette marque ?

Olfa Trabelsi : C’est en 2016 que l’idée a émergé, et on l’a lancée officiellement en novembre 2017. Au départ, j’ai simplement voulu créer un sac de travail pour Salim, lorsqu’il était encore dans la pub – il travaillait chez l’agence de communication Havas. Et comme je suis très manuelle et, ayant longtemps travaillé dans la création de meubles en tant que designer d’espace, déjà familiarisée à l’usage et à la manipulation de différents types de tissu, cela a été facile pour moi de le faire. J’ai donc acheté du cuir végétal couleur camel et lui ai fabriqué, avec l’aide du tapissier avec qui je travaillaus déjà, une besace simple.

Mais sans que je ne m’y attende, celle-ci a eu un grand succès, non seulement auprès des collègues de Salim mais encore de nos amis ! Après le démarrage de la marque, on a commencé à participer à des expos puis à mettre en vente nos produits dans différents concept-stores, avec notamment des revendeurs sur Tunis comme Supersouk à la Soukra, XYZ à la Marsa, ou encore Alyssa à el-Menzah 1. Nous vendons aujourd’hui cinq modèles : le grand sac très inspiré du tout premier que j’ai fait, une pochette pour ordinateur portable, une pochette pour iPad-pro, un porte-cartes et un portefeuille.

D.T. : Et aujourd’hui, qui fait quoi à Tin Hinan ?

O.T. : C’est Salim qui, voyant le succès de mon premier essai spontané, m’a poussée vers ce métier. Il m’a même créé une carte visite pour lancer officiellement la marque alors rien n’avait encore été fait. D’autant que j’avais aussi fabriqué une pochette pour son iPad pro. On a alors tous les deux conçu des modèles plus élaborés et cherché du bon cuir et des accessoires.

Passé par plusieurs agences de communication, en dix ans de carrière, en tant que directeur artistique, Salim est aussi dessinateur de BD (deux BD signées de lui devraient sortir en 2020) et, en tant que tel, aime assurer la conception artistique des modèles de sac, même si en la matière, il s’agit toujours d’un travail commun effectué par nous deux. La partie logistique, finance, commercialisation, etc., est en revanche assurée par moi essentiellement. Globalement, on conçoit tous les deux Tin Hinan comme un métier de design et d’artisanat et non comme une marque de mode. De ce fait, on ne lance pas de « collections » périodiques, mais des modèles qui perdurent dans le temps.

D.T. : L’atelier dans lequel vous travaillez héberge d’autres créateurs et artistes…

On compte faire de notre atelier un lieu d’exposition pour certaines occasions, comme on l’a d’ailleurs déjà fait dernièrement pour la première fois, les 8 et le 9 février, pour vendre des illustrations originales dédiées à la Saint-Valentin. Avec la créatrice Wijden Zammit, l’atelier Glibett et Anis Ben Mmar, également installés ici, on pense aussi à en faire un lieu de vente et d’expos. Nos ateliers étant à portée de vue, les clients pourraient les visiter, voir de près notre manière de travailler et ainsi s’assurer de la qualité de nos produits.

D.T. : Comptez-vous étendre votre gamme de vos produits ?

O.T. : Oui ! Un nouveau sac, féminin (car tous nos produits actuels sont unisexes), est en cours de production, ainsi qu’un sac à dos. Par ailleurs, bien que l’idée derrière cette marque soit d’en faire un véritable métier de l’artisanat spécialisé en maroquinerie en cuir, on aimerait aussi toucher d’autres métiers relatifs au tissage naturel et au recyclage. On compte ainsi lancer des sacs qui seront faits à partir de produits vestimentaires recyclés.

Aussi, la grande besace, qui est notre produit phare, peut être perçue comme assez chère puisque nous y consacrons un travail de finition méticuleux et qu’elle est fabriquée en cuir épais traité en Tunisie et fourni par la seule tannerie tunisienne qui respecte les normes européennes de respect de l’environnement. C’est pourquoi on a pensé à fabriquer le même sac, mais en toile de bâche en coton imperméable, également obtenu auprès d’un fournisseur tunisien.

Propos recueillis par N.B.

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