Le tourisme culturel : une opportunité pour la Tunisie gâchée par le...

Le tourisme culturel : une opportunité pour la Tunisie gâchée par le manque de moyens et l’absence d’une stratégie d’investissement

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En Tunisie, il existe des milliers de sites archéologiques dont la majeure partie est abandonnée, sans aucune protection ni entretien. Alors que le tourisme culturel est valorisé partout dans le monde, surtout dans des pays européens où il représente une grande partie des recettes touristiques, il demeure secondaire en Tunisie.

« The National » a consacré un article fleuve aux sites archéologiques tunisiens, leur nombre, leur état et les différents points de vue à propos du tourisme patrimonial.

Le mois dernier, le ministre de la Culture, Mohamed Zine El Abidine ,a déclaré devant le Parlement que des 30 000 sites archéologiques du pays, 60 uniquement, soit près de 0.2% ,sont ouverts aux visiteurs. Quatre sites sont inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO : Carthage, Dougga, El Jem et Kerkouane.

Toutefois, même parmi les sites ouverts au public, très peu sont bien entretenus. A titre d’exemple, nous avons le site de Bulla Regia au nord-ouest du pays. Ce site est l’un des plus importants de la Tunisie avec ses célèbres maisons romaines partiellement souterraines, conçues pour protéger leurs habitants de la chaleur, ainsi que ses mosaïques romaines remarquablement bien préservées. Même en juillet, en période des fêtes, Mahmoud, le gardien, affirme qu’il n’y a presque pas de visiteurs.

Salah Massai, 29 ans, et sa femme américaine Jessica, 22 ans, habitent à Jendouba et font partie des rares personnes qui visitent le site. « Si ce site était en Grèce, vous verriez des millions et des millions de touristes », a déclaré Salah.

Les attaques terroristes de 2015 ont pu orienter le tourisme tunisien vers l’exploitation des sites archéologiques. La Tunisie continue pourtant dans le modèle de tourisme de plages, qu’on suit depuis des décennies. Pour Jessica, le gouvernement ne fait pas assez pour promouvoir les sites ouverts, sans parler des milliers de sites abandonnés. Elle explique :  » Il n’y a pas de publicité appropriée ». Pour elle Bulla Regia est un site tout à fait « fascinant ».

Salma Elloumi, ministre du Tourisme, a déclaré lors du forum de Tunis le mois dernier que le marché chinois, le plus grand au monde, est très attiré par le tourisme culturel en Tunisie. « Les touristes chinois ne sont pas vraiment attirés par les plages. Ils s’intéressent à la culture, aux sites archéologiques. Nous devons répondre à leur demande », a-t-elle déclaré.

Le marché touristique chinois est classé premier au monde en termes de nombre de personnes voyageant et de combien ils dépensent. Selon l’Organisation mondiale du tourisme des Nations Unies, les dépenses des touristes chinois ont augmenté de 26% en 2015 pour s’établir à 292 milliards de dollars américains, tandis que le nombre de voyageurs chinois sortants a augmenté de 10% pour s’établir à 128 millions. Pourtant, seuls 7 400 touristes chinois se sont rendus en Tunisie en 2016.

« Il y a beaucoup plus à voir en Tunisie que 1 300 kilomètres de plages. Nous avons des milliers d’années d’histoire, des sites archéologiques datant des temps phéniciens, carthaginois, romains et byzantins. Cela nous permet d’accueillir les touristes tout au long de l’année, pas seulement en été»a indiqué la ministre à The National.

Bien que la demande existe, de véritables obstacles empêchent l’épanouissement du tourisme culturel. Ces obstacles, nous pouvons les synthétiser en trois points : La limite des moyens financiers, la politique de conservation sélective et l’absence de stratégie à long terme pour attirer l’investissement dans ce type de tourisme.

Pour Mohamed Ali Toumi, président de la Fédération tunisienne des Agences de voyages, «le patrimoine a un grand potentiel, mais le problème est l’infrastructure. Par exemple, il n’y a pas assez de transport entre les lieux côtiers, touristiques et les sites archéologiques de l’intérieur du pays ».

A Makthar, le gardien du vaste site archéologique, dont une partie est toujours enterrée ,a expliqué l’absence du tourisme dans la région par l’inexistence d’hôtels et de cafés. Il a indiqué qu’il serait prêt et content d’accueillir chez-lui les touristes pour une somme symbolique. Le Festival de Musique qui se déroule sur le site est la seule période de l’année qui attire des touristes, majoritairement tunisiens.

Les ruines d’Acholla, près de la ville côtière de Sfax, à environ 250 km au sud de la capitale, sont dans une situation d’abandon quasi total. Le site était l’un des exemples les plus spectaculaires de mosaïques romaines en Afrique. Maintenant, des bergers emmènent leur bétail paitre dans les vestiges de l’amphithéâtre du site, tandis que ses célèbres mosaïques sont couvertes d’ordures et de mauvaises herbes.

«Le site n’a jamais été ouvert au public», explique Wided Ben Abdallah, conservatrice de l’Inspection régionale de l’Institut du patrimoine de Sfax. Elle a ajouté qu’il n’est pas possible de restaurer le site pour le moment.

Dans son bureau de Tunis, Faouzi Mahfoudh, Directeur Général de l’Institut national du patrimoine tunisien, reconnaît que bon nombre des sites archéologiques du pays ne sont pas correctement entretenus. « Il est vrai qu’il y a un potentiel gaspillé, mais nous n’avons pas, en Tunisie, les moyens financiers de préserver tous les sites que nous avons, c’est pourquoi nous devons élaborer des priorités et choisir quelques sites pour les maintenir. C’est notre politique ». a-t-il affirmé.

Ali Khiri, un fonctionnaire à la retraite qui consacre maintenant son temps à la promotion et à la défense du patrimoine de la Tunisie en tant que président de l’Association des Amis du patrimoine, estime que le gouvernement pourrait faire davantage. Pour lui : «Le tourisme culturel est profitable, tandis que le tourisme de masse est dépassé. Mais il y a un manque de volonté politique ».

L’intervention de la société civile est primordiale devant l’absence de vision politique, afin de valoriser et rendre profitable le patrimoine. Les maisons d’hôtes et les petits commerces qui s’établissent petit à petit dans certaines régions pas loin des sites archéologiques pourraient progressivement créer l’alternative et fonder les bases d’un véritable tourisme culturel en Tunisie.   

N.B

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