Transfert d’argent
Devant un bureau de transfert d’argent à Nairobi, au Kenya, en juillet 2015. Thomas Mukoya / REUTERS

Transfert d’argent : des « tarifs exorbitants » pour les Africains

La dernière enquête menée par l’UFC-Que Choisir (Union fédérale des consommateurs) intitulée « Transferts d’argent internationaux : une zone de non-droit aux tarifs d’une cherté immorale », « un titre qui résume combien ce commerce s’épanouit sur l’argent des moins fortunés », commente Le Monde, pointe les coûts exorbitants pratiqués par des sociétés comme Western Union et MoneyGram.

Consultée par Le Monde, l’étude montre que 6,7 % des 10,2 milliards d’euros envoyés en 2017 de la France vers un pays extérieur à l’Union européenne (UE) se sont « volatilisés » sous forme de coûts dont la justification est pour le moins nébuleuse. Ce sont ainsi 680 millions d’euros qui ont quitté le portefeuille des immigrés sans jamais arriver dans celui de leurs familles restées dans leur pays d’origine. « Pas de vol dans tout ça, rien d’illégal. Il s’agit juste des coûts retenus par les sociétés de transfert d’argent pour assurer ces envois », explique le quotidien français.

Parce qu’ils sont les premiers à pratiquer l’envoi d’argent à leur pays d’origine, les Africains de France ou les Français d’ascendance africaine sont les plus ponctionnés. Parmi les dix premiers pays destinataires de l’argent qui sort de la France, six sont en Afrique. Le Maroc arrive en tête, avec deux milliards d’euros en 2017, l’Algérie suit, avec 1,46 milliard, puis la Tunisie (950 millions), le Sénégal (550 millions), le Mali (200 millions) et Madagascar (190 millions). Sachant qu’un Malien envoie en moyenne 1373 euros par an dans son pays d’origine par enveloppes de 150 euros, il aura en moyenne donné 71 euros à l’organisme de transfert en fin d’année. « Pour l’Algérien, c’est plus cher encore : sa commission annuelle moyenne s’élève à 102 euros pour un transfert moyen de 1124 euros », indique encore le journal français.

« Frais de change cachés »

L’enquête de l’UFC-Que Choisir montre de plus qu’« en sus des tarifs exorbitants » pour ces envois, il faut compter avec « les frais de change cachés des sociétés de transfert d’argent, dont le montant atteint plus de 110 millions d’euros en 2017 ». Ainsi, sur un transfert de 170 euros vers le Maroc, les frais de change représentent 28 % du total des frais payés. Vers l’Algérie, ces frais montent même à 32 %, et 42 % vers la Tunisie. En revanche, les pays utilisant le franc CFA sont exonérés de ces frais de change.

L’UFC-Que Choisir pointe ainsi l’opacité des taux appliqués, dont le client ne sait en général que peu de choses. L’association appelle « les pouvoirs publics à créer les conditions d’une concurrence salutaire favorable aux consommateurs. Cette dernière nécessite en particulier de faire la transparence sur les conditions tarifaires des transferts d’argent, notamment sur les frais de change ».

« Si les envois d’argent au sein de la zone euro sont très largement encadrés, ce n’est pas le cas pour l’argent envoyé hors de l’UE. Or les sommes qui passent d’un continent à l’autre concernent la moitié (10,2 milliards d’euros) des 19 milliards d’euros qui sortent chaque année de France. Dans le détail, 52 % de ces envois transcontinentaux partent vers le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord et 15 % vers l’Afrique subsaharienne », poursuit Le Monde. Interrogés par l’UFC-Que Choisir, Western Union et MoneyGram, deux des principales structures d’envoi d’argent, ont justifié leurs tarifs par le large développement de leur réseau de distribution et leur capacité à assurer des transferts d’argent dans des délais très courts.

N.B., avec Le Monde

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