En trois ans, 1800 académiciens ont quitté la Tunisie: leurs témoignages éclaircissent...

En trois ans, 1800 académiciens ont quitté la Tunisie: leurs témoignages éclaircissent leurs motivations

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Selon le Ministère tunisien de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, plus de 1800 professeurs universitaires ont quitté le pays au cours des trois dernières années, dont 800 cette année, suscitant ainsi l’inquiétude du Ministère.

« Certains professeurs ont commencé à partir depuis 2011, mais récemment, les chiffres ont considérablement augmenté… Ils exercent leur droit de choisir leur avenir, mais nous perdons des cadres nationaux importants », a déclaré dans une interview Slim Khalbous, ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique.

Ce départ massif a un impact négatif immédiat sur la qualité de l’enseignement supérieur et l’avenir des étudiants. A titre d’exemple, plus de 200 étudiants de troisième cycle dans les beaux-arts, les médias et la littérature anglaise à l’université de Tunis 9 Avril souffrent du manque de professeurs encadrants qui ne sont qu’au nombre de dix.

Aussi, « beaucoup de conférences dans les facultés scientifiques, médicales et d’ingénierie se sont arrêtées dans certaines universités en raison du manque de professeurs», selon Ahmed Dhawadi, membre du Bureau exécutif de l’Union générale des étudiants tunisiens.
« La question n’est pas nouvelle », a déclaré Khalil Amiri, professeur d’histoire à la faculté des sciences humaines et sociales de Tunis 9 Avril .«En tant que professeurs, nous exigeons l’amélioration de nos conditions de vie depuis plus de cinq ans. Les professeurs qui partent sont une perte irremplaçable ».
En moyenne, un professeur d’université gagne 2 000 dinars tunisiens (830 dollars). Avec la chute du dinar et la hausse des prix, ce salaire n’est plus en mesure de garantir la qualité de vie souhaitable.

Dans ce contexte, Amiri a ajouté : « Beaucoup d’entre eux paient leur transport vers les universités des régions du sud… Et beaucoup n’ont pas de possibilités de développement professionnel au sein des universités ni des budgets pour soutenir leurs recherches. Donc, ils sont forcés de rechercher des institutions de soutien à l’étranger ».

Essam el-Metousi, professeur d’université à l’Université de Manouba et membre du Comité de l’enseignement supérieur au parlement semble être du même avis à propos des faibles allocations financières pour les professeurs d’université et du manque de soutien. Il explique : « Le problème est que ceux qui partent souvent ne pensent pas à revenir… car il n’y a pas de changement dans les politiques. Au contraire, la situation s’aggrave ».

Al-fanarmedia.org rapporte que le ministère tunisien de l’enseignement supérieur rejette ces critiques. Le ministre de l’Éducation supérieure a annoncé au début de ce mois-ci que son ministère travaille sur une étude visant à améliorer les conditions des professeurs d’université dans le pays. Le ministre a également déclaré que le ministère envisageait de faire bénéficier le pays des recherches réalisées à l’étranger par les professeurs tunisiens qui partent par le biais de partenariats et collaborent avec des centres de recherches étrangers.

De leur côté, les professeurs en partant demandent des congés libres et conservent leurs postes au sein des universités tunisiennes, de manière à rendre impossible la procédure de remplacement. Cela a poussé 200 professeurs enseignant dans les universités du golfe à signer une pétition dans laquelle ils rejettent les accusations de nuire aux normes d’éducation dans les universités tunisiennes et la proposition de fixer une période pour les périodes de congé.

Dans ce cadre, Wassim Kribi, professeur de multimédia qui a quitté la Tunisie pour travailler à la faculté des beaux-arts de l’Université de Muscat à Oman, s’est exprimé : « Sortir du pays n’est pas facile, mais notre niveau de vie en Tunisie est inacceptable… Ici, nous obtenons plus de quatre fois notre salaire dans notre pays, en plus des indemnités de logement, de mobilité et des conditions confortables. Les universités ici accordent une grande attention à la recherche et à l’appui des chercheurs, ce dont nous manquons beaucoup en Tunisie ».

Thuraya al-Senoussi, professeur à l’Université privée d’Al Ghurair aux Émirats arabes unis, est d’accord avec Kribi en ajoutant : « Alors que nous recevons un soutien moral et matériel à l’étranger en tant que professeurs de recherche, nous souffrons de sévères restrictions en Tunisie, en plus du manque de laboratoires de recherche qualifiés… La plupart des recherches finissent dans les tiroirs des bureaux et personne ne semble vouloir en profiter ».

Hamza Dhay, professeur de psychologie dans une université privée en Tunisie envisage lui aussi de partir, son rêve d’ouvrir sa propre clinique ne pourrait se réaliser que s’il trouve un poste bien rémunéré à l’étranger.
Certes, l’argent constitue l’une des raisons principales du départ des professeurs tunisiens, mais pas la seule. Derrière ce phénomène, il y a aussi la volonté de donner vie à des projets ambitieux, de faire de la recherche,de booster sa carrière et surtout, d’avoir la reconnaissance de ses pairs.

N.B

Commentaire

  1. Je suis professeur en électronique je suis en coopération à l’étranger depuis 8 ans mis à part les salaires et autres possibilités pour faire la recherche comme il se doit, c’est le respect qu’on nous accorde et surtout l’absence de ceux qui te mettent les bâtons dans les roues quand tu veux travailler avec l’interminable paperasserie quand demande pour un stage ou une mission mais s’il faut acheter du matériel alors là la planète Saturne est plus proche. Sans parler des accusations superflues vous y allez au mois de janvier c pour les soldes bien sûr, demandez aux collègues responsables de labo ils ont potentiellement un budget mais ils ne peuvent pas le dépenser, sans oublier la mascarade des heures sup. et projets de fin d’études. Bref notre pays ne veut plus de nous ni de la science ni de la recherche nos gouvernements depuis toujours gèrent le pays à la française et c’est système qui est en faillite depuis très longtemps.

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