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Trump arrive à Londres pour un sommet de l’Otan sous tension

Le président américain Donald Trump est arrivé lundi soir à Londres pour le 70e anniversaire de l’Otan, un sommet qui s’annonce tendu après les propos de son homologue français Emmanuel Macron sur une organisation en état de « mort cérébrale ».

L’avion présidentiel Air Force One s’est posé en milieu de soirée à l’aéroport de Stansted, non loin de Londres. Face aux alliés des Etats-Unis, le président américain Donald Trump devrait une nouvelle fois plaider pour un meilleur du partage du « fardeau » financier au sein de l’Alliance atlantique. Dans un tweet publié hier, Trump s’est félicité de la hausse des dépenses de défense de nombre de pays européens depuis son arrivée au pouvoir. « Au cours des trois décennies précédant mon élection, les dépenses de l’Otan ont diminué des deux tiers et seuls trois autres membres de l’OTAN respectaient leurs obligations financières, a-t-il estimé. Depuis que j’ai pris mes fonctions, le nombre d’alliés remplissant leurs obligations au sein de l’Otan a plus que doublé et les dépenses de l’Otan ont augmenté de 130 milliards de dollars ! »

Sa rencontre bilatérale avec Emmanuel Macron, prévue mardi, sera scrutée avec une attention particulière, commente l’agence de presse belge Belga. Le président français a en effet jeté un pavé dans la mare début novembre en affirmant que l’Alliance était en état de « mort cérébrale », déplorant le manque de coordination entre les Etats-Unis et l’Europe face à l’offensive de la Turquie dans le nord-est de la Syrie. « Mes déclarations ont suscité pas mal de réactions », a admis le président français. Ces commémorations s’annoncent ainsi « peu festives », estime Le Figaro, vu les différends sur la Syrie ou le financement de l’organisation. « Avant même les rencontres officielles au complet, mardi soir à Buckingham Palace et mercredi dans un golf de luxe en périphérie de Londres, le président américain s’en est pris au jugement [d’Emmanuel Macron], le qualifiant de « très insultant » », indique le journal français.

« Le sentiment général est que la durée de ce rendez-vous a été volontairement raccourcie pour essayer de limiter des désaccords qui ont marqué les précédents sommets », souligne pour sa part Amanda Sloat, chercheuse à la Brookings Institution, citée par Belga.

Hostilité

Le journal britannique The Guardian indique lui aussi que l’ambivalence, « voire l’hostilité du président américain envers l’alliance, planera au-dessus de la réunion du 70e anniversaire au Royaume-Uni ». Donald Trump s’est plaint à plusieurs reprises du fait que les autres pays ne paient pas assez, selon lui, pour la défense collective des pays de l’Alliance. Le président américain a toujours déploré que les dépenses de défense des alliés européens soient inférieures aux 2 % de leur PIB convenus dans la défense. Pour rappel, lors du sommet de 2014 au pays de Galles, les 28 Etats membres de l’OTAN se sont engagés à consacrer au moins 2 % de leur PIB aux dépenses militaires à l’horizon 2024. En 2017, seuls la Grèce, l’Estonie, le Royaume-Uni, la Pologne et les Etats-Unis respectaient déjà cette règle. Les dépenses de défense des Etats-Unis représentent de manière constante depuis 2010 plus de 70 % des dépenses de défense des pays de l’OTAN. Un déséquilibre qui leur octroie un poids prépondérant dans les décisions et met à mal le processus de construction d’une défense européenne moins dépendante des États-Unis.

Le Guardian raconte que Trump a par ailleurs mis en doute l’engagement des Etats-Unis vis-à-vis de l’article 5 du document fondateur de l’OTAN, le Traité de Washington, selon les termes duquel une attaque contre un allié est considérée comme une attaque contre tous les alliés. « Avant de quitter Washington lundi, Trump a réitéré sa plainte selon laquelle ‘d’autres pays que nous protégeons ne paient pas' », explique le quotidien britannique.

Pourtant, le nombre d’alliés respectant l’engagement de 2 % a triplé, passant à neuf depuis 2016, « même si une partie de cette augmentation était déjà planifiée » et que l’agression russe en Ukraine ait « également représenté un facteur important », commente encore le journal britannique.

Ambivalence de Trump

Le New York Times a lui rapporté que Trump avait déclaré plusieurs fois en privé qu’il souhaitait se retirer de l’OTAN. Le journal américain indiquait ainsi en janvier 2019 que « des hauts responsables de l’administration ont déclaré au New York Times qu’à plusieurs reprises en 2018, M. Trump avait déclaré en privé qu’il souhaitait se retirer de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord. Les responsables actuels et anciens qui soutiennent l’alliance ont déclaré craindre que M. Trump ne reprenne sa menace, les dépenses militaires des alliés continuant de prendre du retard par rapport aux objectifs fixés ».

Toutefois, Susan Rice, conseillère pour la sécurité nationale dans l’administration Obama, a déclaré que les républicains du Congrès interviendraient pour empêcher M. Trump de retirer les Etats-Unis de l’Organisation, mais s’est dite préoccupée par l’effet dévastateur à long terme de l’ambivalence du président américain sur la cohésion de l’Otan.

Pour tenter de calmer Donald Trump, l’Europe, la Turquie et le Canada s’engageront pour 400 milliards de dollars de dépenses de défense d’ici 2024, et s’engagent également à réduire la contribution américaine au financement de l’alliance elle-même, indique l’agence Reuters. Angela Merkel a ainsi jugé que l’Otan devait être plus que jamais « préservée » et promis que l’Allemagne remplirait son objectif de dépenses militaires vers 2030. Selon Reuters, les dirigeants comptent publier une déclaration condamnant l’annexion de la Crimée par Moscou et réitérant l’engagement de défense collective pris par l’alliance.

Un sommet bref

Enfin, un dernier grand différend minera l’ambiance au sein des membres de l’alliance. « Il oppose le président français Emmanuel Macron et son homologue turc Recep Tayyip Erdogan. Il porte sur l’intervention lancée par Ankara dans le nord-est de la Syrie sans en informer les autres membres de l’Alliance », souligne pour sa part le média français France 24.

« Toutes ces tensions risquent de gâcher la fête, car elles vont ruiner l’unité de l’Alliance, ce qui fait le jeu de la Russie », a ainsi déploré un ministre européen cité par l’AFP. Si le sommet sera bref, les décisions seront, elles, significatives. L’agence indique qu’à Londres, « l’espace va devenir un domaine d’opérations de défense pour l’Otan et l’Alliance va se positionner face à la montée en puissance de la Chine, second budget militaire du monde et très présente dans le cyberespace ».

N.B.

 

 

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