Une rue inondée par les pluies torrentielles dans la ville de Mhamdia, le 18 octobre 2018. Photo : AFP

Tunis risque-t-elle d’être emportée par les eaux en 2050 ? C’est trompeur, selon AFP Factuel

Evoquant un article diffusé sur les réseaux sociaux tunisiens qui fait référence à un rapport des Nations unies, AFP Factuel apporte un démenti à l’information qui prétend que Tunis risque de disparaître sous les eaux d’ici 2050.

L’agence de presse AFP Factuel indique que l’information est trompeuse et le rapport « introuvable ». « Si Tunis est effectivement vulnérable aux changements climatiques et à l’élévation du niveau des mers, elle n’est pas considérée comme une des zones risquant d’être englouties par la montée des eaux à l’horizon 2050. »

L’article relayant cette information a été publié sur le site tunisiefocus.com en septembre 2018, mais a de nouveau été relayé par des pages Facebook tunisiennes, en particulier depuis le 1er novembre 2019. L’article indique qu’en 2050, « deux capitales dans le monde risquent d’être emportées par les eaux, il s’agit de Dacca au Bangladesh et Tunis, Tunisie. C’est un rapport de l’ONU qui avait tiré la sonnette d’alarme en 2009 lors d’un séminaire organisé à Abou Dhabi aux Emirats Arabes Unis portant sur la diplomatie et l’eau et la Tunisie y était présente ».

« Quand on voit ce que 10 minutes de pluies diluviennes ont fait ce mardi 18 septembre 2018 des quartiers de la capitale Tunis, les transformant en petite Venise […] 2050 c’est dans 32 ans. Mais si dame nature changeait d’avis et avançait les échéances ? »

Rapport introuvable

Problème : l’article cite un rapport de l’ONU qui daterait de 2009, mais ne mène à aucune source ni ne renvoie le lecteur vers un document en particulier. Il est réapparu sur les réseaux sociaux tunisiens cette année, au lendemain des fortes pluies qui ont touché la capitale tunisienne le 28 octobre. Les intempéries avaient provoqué des inondations dans plusieurs villes et paralysé la circulation de la route sur plusieurs artères, suscitant l’indignation des habitants.

« Contactés par l’AFP, les représentations des Nations unies en Tunisie et aux Emirats arabes unis n’ont retrouvé aucune trace de ce rapport datant de 2009 et affirmant que Tunis risque d’être emportée par les eaux en 2050 », explique AFP Factuel. L’agence de presse française indique avoir retrouvé un rapport sur les changements climatiques dans la région, publié par le Forum arabe pour l’environnement et le développement (AFED) et présenté à Abou Dhabi en 2009. Sauf que « celui-ci n’évoque pas le cas de la Tunisie en particulier. A contrario, il attire l’attention des différents pays arabes sur les défis climatiques auxquels ils seront confrontés, tels que la désertification, la pollution, l’élévation du niveau des mers ou la pénurie d’eau. » Le rapport de l’AFP avertit en effet que les défis auxquels sont confrontés les pays arabes, notamment la pénurie d’eau douce et la désertification, la qualité de l’air et la pollution marine « vont augmenter en raison des conséquences du changement climatique ».

Des impacts négatifs sur l’économie tunisienne

L’AFP souligne que concernant les risques pour la Tunisie, le ministère de l’Environnement et du Développement durable tunisien a affirmé de son côté que « la hausse du niveau de la mer qui atteindra 50 cm à la fin de ce siècle va augmenter l’érosion et la submersion dans les basses régions côtières, en particulier dans le golfe de Hammamet, le Cap Bon, les îles de Kerkennah et de Djerba ». Le ministère ne mentionne pas Tunis parmi les zones les plus menacées, mais s’alarme du coût des dégâts provoqués par la hausse du niveau de la mer dû aux changements climatiques. Il été évalué à 3,6 milliards de dinars jusqu’en 2050, selon le ministère.

Le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) en Tunisie estime pour sa part que « l’élévation du niveau de la mer devrait atteindre 1 mètre au cours du siècle à venir ». Un phénomène qui aura des conséquences sur des pans entiers de l’économie comme le tourisme, la pêche et l’agriculture.

« Phénomène global, l’élévation du niveau de la mer a surtout des conséquences colossales sur le nombre d’habitants sinistrés. 300 millions de personnes pourraient avoir à faire face à des inondations côtières au moins une fois par an d’ici à 2050, estime une étude publiée le 29 octobre dans la revue scientifique Nature Communications, qui revoit à la hausse les estimations précédentes. Elle désigne par ailleurs l’Asie comme la région la plus exposée avec plus des deux-tiers des populations concernées se trouvant en Chine, au Bangladesh, en Inde, au Vietnam, en Indonésie ou en Thaïlande », conclut AFP.

N.B.

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