Une foule manifeste pour dénoncer les mesures de confinement devant la délégation de l'Ariana, le 30 mars 2020. Image : AFP

Tunisie : 254 manifestations collectives et 30 cas et tentatives de suicide en avril (FTDES)

Le dernier rapport du Forum tunisien des droits économiques et sociaux (FTDES) sur les mouvements sociaux, les suicides et les violences a révélé que malgré le confinement total décrété en Tunisie depuis le 22 mars, quelque 254 protestations collectives et 30 cas de suicide et de tentatives de suicide ont été constatés tout au long du mois d’avril en Tunisie.

Le FTDES révèle dans son rapport de suivi des « mouvements sociaux, des suicides et des violences » que la pandémie du Covid-19 et les mesures prises pour l’endiguer ont « levé le voile tout au long du mois d’avril 2020 sur une crise sociale structurelle traduite par des indicateurs de pauvreté divulgués pour la première fois par les autorités ». Cette situation a mis en lumière la légitimité des revendications soulevées par une « crise sociale caractérisée par la stigmatisation, la violence, l’exclusion et la discrimination sociale ».

Ces manifestations ont émergé dans les espaces de protestation traditionnels, à savoir les rues et devant les sièges des institutions aux niveaux local et régional. Elles ont également pris pour lieu d’expression des espaces de protestation alternatifs comme Facebook. La plupart des demandes des manifestants concernaient le droit d’accès à l’eau potable et à la nourriture puisque la soif et la faim ont régné dans un certain nombre de régions, en particulier dans les zones rurales de Kairouan, où des denrées alimentaires essentielles telles que la semoule, la farine et l’huile ont brillé par leur absence.

Sidi Bouzid en tête

Le rapport souligne que la carte des protestations « a changé pour la première fois depuis le début de l’activité du projet de l’Observatoire social tunisien du FTDES », puisque le gouvernorat de Sidi Bouzid a été le plus touché par les vagues contestataires en avril avec 75 actions de protestation (soit un taux quotidien d’environ 2,5 mouvements), devant le gouvernorat de Kairouan, qui a été pendant des mois et des années sur le devant de la scène en matière de mouvements sociaux.

Le gouvernorat de Kairouan est ainsi arrivé en deuxième position avec 41 mouvements de protestation, suivi de Sousse (24 mouvements de protestation), puis de Médenine (20 mouvements de protestation), de Kasserine (17 mouvements), de Tataouine (14) et enfin de Gafsa, qui en a enregistré 13.

Le secteur de la santé en première ligne

Les manifestations visant le secteur de la santé ont été les plus notables, suivies des protestations dénonçant les problèmes de sécurité et de détérioration du niveau de vie. Une situation qui préfigure la prochaine explosion sociale qui caractérisera la période post-corona, avertit le rapport. Parmi les manifestations liées au secteur sanitaire, « on peut citer l’appel de détresse envoyé par le cadre médical de l’hôpital Sadok Mkadem à Djerba ou la contestation des habitants de la région de Ras El Kef à Gafsa pour demander une campagne de dépistage dans la région et pour exiger la stérilisation des espaces publics », précise le rapport.

Suicide et tentatives de suicide

Le mois d’avril a enregistré 30 actes de suicide et tentatives de suicide, dont 87 % chez les hommes. Les 26-35 et 36-45 ans étaient les plus explosés au suicide et aux tentatives de suicide avec un pourcentage d’environ 66 %.

A l’hôpital de la Rabta, le Dr Maher Barsaoui a révélé dans un communiqué de presse que son département avait reçu en avril un certain nombre de cas urgents nécessitant des chirurgies et qui se sont révélés par la suite être des tentatives de suicide. Le médecin a précisé que le nombre de victimes de tentatives de suicide internées avait augmenté de 30 % en avril, une donnée que le FTDES juge toutefois incertaine compte tenu de l’absence du nombre de base sur lequel cette augmentation a été calculée.

Crise structurelle des droits de l’homme

La crise suscitée par la propagation du nouveau coronavirus a également révélé une crise structurelle des droits de l’homme qui a en particulier touché les migrants résidant en Tunisie dans des abris tels que le centre d’accueil d’El Ouardia. « Ces crises structurelles seront le moteur d’une trajectoire complexe de protestations » et de mouvements sociaux dans les mois à venir, « à moins que le gouvernement ne parvienne à anticiper la dégradation de la situation et à mettre en œuvre un plan de sauvetage économique et stratégique urgent, conclut le rapport.

N.B.

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