libertés individuelles
YASSINE GAIDI / ANADOLU AGENCY

Tunisie : des associations dénoncent la violation des libertés individuelles pendant le ramadan

La société civile se mobilise pour dénoncer le harcèlement des non-jeûneurs par les forces de l’ordre pendant ce mois de ramadan. Harcèlement qui s’est manifesté par des actions musclées qui ont eu lieu dans plusieurs villes tunisiennes. Plusieurs associations rappellent que la Constitution garantit la liberté de culte et les libertés individuelles.

Ce sont ainsi plusieurs associations qui ont publié le 23 mai 2019 un communiqué conjoint, pour dénoncer la violation des libertés individuelles dans le pays pendant le mois de ramadan, rapporte le site Tuniswebdo cité par France Info. Dans leur déclaration, ces organisations de la société civile affirment que « violer les droits individuels, imposer le jeûne aux citoyens et fermer les cafés et les restaurants au nom de la religion sont des pratiques qui contrastent avec les fondements et les principes de l’Etat civil que nous œuvrons à mettre en place ». Ces organismes demandent ainsi à l’Etat, et en particulier au ministère de l’intérieur, de « respecter les traités internationaux garantissant les libertés individuelles (pensée, croyance et conscience) et les principes de la Constitution de 2014 qui garantit, dans son article 6, la liberté de croyance, de conscience et de l’exercice des cultes ».

Signé entre autres par le Syndicat national des journalistes tunisiens, l’Association tunisienne des femmes démocrates, l’Union générale des étudiants de Tunisie ou la Ligue tunisienne pour les droits de l’Homme (LTDH), le texte se veut surtout un moyen de soutien aux victimes. Dès le 21 mai, la LTDH avait publié un communiqué condamnant les graves violations des droits de l’homme par les forces de l’ordre dans plusieurs villes du pays : descentes dans des cafés ouverts la journée, arrestation de propriétaires de lieux de restauration et de quelques clients.

Dans un café à Sfax

L’intervention d’un policier dans un café à Sfax, raconté sur Facebook par Abdelmajid Djemel, a particulièrement suscité la polémique. Alors que ce directeur du département histoire à la faculté des Lettres et des sciences sociales de Tunis se trouvait dans ce lieu avec des collègues, un policier en civil fait irruption demandant aux clients leurs pièces d’identité.

الحريات الفردية زمن ما بعد الثورة كنت اليوم مع بعض الزملاء من التعليم الثانوي باحدى المقاهي . ودخل احد الاعوان بزيه…

Publiée par Abdelmajid Djemel sur Dimanche 19 mai 2019

« Je lui ai demandé sa carte professionnelle, ce que la loi m’autorise à faire. Il a réagi en me montrant son pistolet personnel en disant devant tout le monde : ‘La voilà mon identité’ », raconte l’universitaire. Emmenés au poste de police, Abdelmajid Djemel affirme qu’ils ont été bien reçus par le commissaire qui, après avoir vérifié leurs identités, les a raccompagnés au lieu où ils avaient été arrêtés.

Le ministère de l’Intérieur dément

La LTDH rapporte que d’autres interventions de ce type ont été constatées dans certains gouvernorats comme Nabeul, Ben Arous, Sousse ou Kairouan. « Les forces de l’ordre ont terrorisé les personnes fréquentant ces lieux pour des raisons sans fondement », a estimé, dans un communiqué, cette ONG qui voit dans ces pratiques une violation grave de la liberté de croyance garantie par la loi.

Publiée par ‎الرابطة التونسية للدفاع عن حقوق الانسان الصفحة الرسمية Ltdh‎ sur Lundi 20 mai 2019

La LTHD appelle d’ailleurs les victimes à poursuivre les auteurs de ces violations et demande au ministère de l’Intérieur de mettre fin à ce genre d’agissements.

De son côté, le ministère de l’Intérieur a démenti dans un communiqué publié le 23 mai, comme le rapporte Shems FM, l’existence d’une campagne visant les non-jeûneurs présents dans les cafés et restaurants ouverts la journée au public durant le ramadan ou de poursuites contre ceux qui les fréquentent. Le ministère affirme en outre qu’il « mène bien sa mission, dans le respect de la loi et des droits humains sans toucher aux libertés individuelles garanties par la Constitution, dont la liberté de croyance et de conscience ».

N.B., avec France Info

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