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Tunisie : Deux ans après l’attentat de Sousse, New York Times fait l’état des lieux de la double guerre contre le terrorisme et la corruption

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Le 26 juin 2015, un terroriste affilé à l’EI a tiré sur des touristes à Sousse, causant la mort de 38 d’entre eux, majoritairement de nationalité britannique. Le triste événement a marqué à jamais la Tunisie, qui se battait tant bien que mal pour redresser son économie après la révolution de 2011.

En Août 2016, le Chef du gouvernement Youssef Chahed a déclaré la guerre à la corruption comme au terrorisme, indiquant que les deux fléaux étaient liés. New York Times, a récemment consacré un article au sujet, faisant l’état de lieux de cette lutte vitale pour redresser l’économie de la jeune démocratie tunisienne.

Les dernières semaines, une douzaine d’hommes d’affaires accusés de corruption, dont Chafik Jarraya, ont été arrêtés. Le but est d’éradiquer ce qui est devenu une menace presque existentielle pour la jeune démocratie. Cette campagne gouvernementale a eu beaucoup d’échos positifs parmi la population, frustrée par la corruption de plus en plus aiguë, causant la stagnation de l’économie et un fossé toujours plus large entre les riches et les pauvres. Ce n’est pourtant pas sans risques, car les chefs de la mafia sont devenus si puissants que les analystes financiers et politiques s’accordent à dire qu’ils présentent une menace aussi dangereuse que le terrorisme.
« C’est une guerre, pas une bataille ponctuelle », a déclaré M. Chahed, 41 ans, dans une interview de juin. « Nous allons continuer jusqu’à la fin. C’est très important pour l’économie tunisienne, pour la sécurité du territoire. « 

Avant 2011, la corruption était restreinte aux proches du président déchu Ben Ali et de sa femme Leila, avec le clan des Trabelsi. Après, l’instabilité économique et politique a ouvert la voie à un cercle plus large de corrompus, qui compte des milliers.
Elle a ainsi infecté davantage le secteur public dans ce qui a été considéré comme la «démocratisation de la corruption», car les mafieux, barons de la contrebande et responsables des crimes ont payé l’influence dans les médias, les partis politiques, la police et le pouvoir judiciaire.

M. Chahed a posé le problème de manière plus approfondie, comme une menace réelle à la sécurité de l’Etat : « Nous sommes persuadés qu’il existe un lien entre la contrebande, le financement du terrorisme, les activités transfrontalières et la fuite des capitaux », a-t-il annoncé, promettant plus d’arrestations à venir.

Avec l’arrestation de Moncef el Materi, en France, à la demande des autorités tunisiennes, lui qui est recherché depuis 2011, Chahed prouve, selon le New York Times, le sérieux de sa guerre déclarée contre la corruption. Le 23 mai 2017, l’un des plus grands barons de contrebande, Chafik Jarraya, a été arrêté à son tour, accusé de trahison et de liens suspects en Libye. Il est en garde à vue militaire et comparaîtra devant un tribunal militaire.

Au moins neuf autres personnes ont été détenues en vertu de la loi d’état d’urgence du pays. Les faits préliminaires qui leur sont reprochés comprennent la contrebande, l’enregistrement illégal de l’immobilier et l’absence de déclaration de revenus, selon les rapports de diverses agences de presse.

Pour sa part, Human Rights Watch, entre autres, a mis en garde contre l’utilisation par le gouvernement d’un tribunal militaire et des lois de l’état d’urgence pour juger des civils, une critique réfutée par le Chef du gouvernement, qui a assuré que tout se fait selon les lois en vigueur.

« Nous ne ciblons pas les gens, mais l’ensemble du système », a-t-il ajouté. « Notre objectif est de disséquer les systèmes de trafic, de briser les réseaux de contrebande et de révéler le financement et les piliers de ce phénomène ».
Pour comprendre le danger représenté par ce fléau, il faudrait connaître son étendue indique le New York Times. Rien que dans les marchés publics, il coûte près de 1 milliard de dollars par an, selon Chawki Tabib, président de l’Instance nationale de lutte contre la corruption.

Les abus les plus graves se font dans les institutions publiques et impliquent des centaines de fonctionnaires et de membres de l’administration, ainsi que des fonctionnaires opérant dans les ports maritimes et la douane tunisienne. 21 agents des douanes ont été virés de leurs postes et 35 autres ont été renvoyés devant une instance disciplinaire.
M. Chahed, qui va visiter les États-Unis le mois prochain pour faire pression et obtenir plus d’aide et d’investissement en Tunisie, est à son tour soumis à une pression croissante de la part des institutions financières internationales.

Le 19 mai, Imed Trabelsi, a témoigné devant l’Instance Vérité et de Dignité de la Tunisie, lui qui est condamné à 108 ans pour diverses accusations de détournement de fonds et de fraude. Son témoignage vidéo de la prison a choqué le pays.
Pour la première fois, un membre du cercle privilégié de Ben Ali a clairement décrit comment il avait construit son empire commercial en soudoyant des douaniers, utilisant ses liens en tant que neveu de Ben Ali pour monopoliser les concessions d’importation et violer les règlements légaux et financiers.

« Si vous avez quelqu’un à la douane, vous n’avez aucun problème », a déclaré M. Trabelsi. «J’étais généreux avec les douaniers. Ils savaient que j’ai payé quatre ou cinq fois plus que les autres ». Ensuite, il a assuré que ses crimes impliquent des bureaucrates de haut niveau qui se sont proposés pour l’aider, ajoutant que la corruption administrative est toujours d’actualité : « Il y a eu une révolution, mais rien n’a changé… Selon ce que j’ai entendu, le même système est toujours opérationnel ».

A peine trois jours plus tard, les autorités ont agi, arrêtant, entre autres, plusieurs anciens associés d’affaires d’Imed Trabelsi. Sihem Ben Sedrine, présidente de l’IVD, n’a pas manqué l’occasion pour commenter : « Je pense qu’ils ont profité (des révélations) pour faire ce qu’ils n’ont pas osé avant… C’est une première étape, il est bon qu’ils aient commencé ».

Immédiatement après la révolution, le gouvernement a confisqué des biens et des entreprises appartenant à Ben Ali et à sa famille. Une commission chargée d’enquêter sur la corruption et le détournement de fonds par l’ancien gouvernement (la Commission nationale d’investigation sur les faits de corruption et de malversation), dirigée par l’éminent professeur de droit, Abdelfattah Amar, a produit un rapport de 300 pages, appuyé par des documents trouvés dans le palais présidentiel, et a renvoyé 459 affaires devant les tribunaux. Il est décédé d’un infarctus le 2 janvier 2012, peu avant le premier anniversaire de la Révolution tunisienne.

Selon Chawki Tabib, 40 des cas évoqués dans le rapport ont été traités avec succès. Les gouvernements successifs n’ont pas fourni un budget pour la commission, mettant le travail à l’arrêt. Le pouvoir judiciaire, censé être indépendant, a été accusé de retards et de corruption.

Le gouvernement de Chahed a promis plus d’actions, mais il a envoyé des signaux mitigés selon le journal. Il a adopté une loi pour l’accès à l’information et une autre pour protéger les dénonciateurs, mais soutient également une loi de réconciliation économique destinée aux hommes d’affaires sous enquête et qui est considérée par les opposants et une partie de la population comme une procédure visant à blanchir les crimes de ces derniers.

De manière générale, les actions entreprises contre la corruption par le gouvernement Chahed sont appréciées estime le New York Times. Un récent sondage réalisé par l’Institut Républicain International, révèle que 89% des Tunisiens ont décrit l’économie comme mauvaise et 85% estiment l’action contre la corruption comme étant la solution.

Actuellement, l’Etat finance la formation de 500 magistrats pour permettre l’accélération du processus de la justice transitionnelle, en plus des 30 enquêteurs permanents de l’Instance Anti-corruption. Achraf Aouadi, président d’I-Watch, a commenté les efforts du chef du gouvernement en indiquant que les gens considéreront Chahed comme « un héros national » s’il parvient à mener à bien sa guerre contre la corruption. Il résume ainsi la situation de la Tunisie, en traduisant l’espoir, la crainte et l’attente du peuple tunisien conclut le New York Times.

N.B

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