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La Tunisie doit préparer une solution alternative à l’ALECA, selon des experts tunisiens

Devant se tenir jusqu’à aujourd’hui vendredi 3 mai, le quatrième round des négociations entre la Tunisie et l’Union européenne (UE) sur l’Accord de libre-échange complet et approfondi (ALECA) ne cesse de susciter la controverse auprès de nombreux acteurs économiques, professionnels et représentants de la société civile tunisienne. En cause : la rentabilité et les apports de cet accord qui, selon certains analystes tunisiens, risque de provoquer une crise économique.

A l’initiative du Centre d’études et de recherche économique et sociale (CERES), un établissement public tunisien de recherche à caractère administratif, une journée d’étude a été organisée à Tunis, avec la participation d’experts concernés par ce dossier, indique l’agence de presse Xinhua.

Solution alternative

« Le gouvernement tunisien doit arrêter les négociations portant sur l’ALECA et préparer une solution alternative à cet accord proposé par l’Union européenne », a déclaré aux journalistes Abdallah El Malek, chercheur tunisien en sciences économiques. Pour lui, « l’ALECA ne constitue pas un problème de barrières tarifaires, mais un nouveau projet de société imposé par l’UE ».

Des études contrastées

Des appels à mettre fin aux négociations avec l’UE ont été formulés à l’issue de la présentation des résultats de trois études conçues par l’Institut tunisien de la compétitivité et des études quantitatives (ITCEQ), le cabinet de conseil irlandais Ecorys, dirigé par l’UE, ainsi qu’un bureau d’analyses autrichien. L’une des études révèle une régression du PIB réel de 0,5 % en Tunisie si une liberté totale du commerce était mise en place et met en garde contre un accroissement du chômage et une aggravation du déficit commercial.

Toutefois, indique Xinhua, les deux autres études prévoient une amélioration de la croissance du PIB à long terme, à l’horizon de 2030. L’analyse prévisionnelle de l’ITCEQ montre par exemple que « le gain prévu en matière de croissance économique sera différencié selon le secteur » mais que certains secteurs risquent de pâtir de cet accord et que certaines activités pourraient disparaître.

De son côté, l’étude Ecorys projette, pour le long terme, une hausse de 20 % des exportations et une augmentation de 19 % des importations tout en soulevant le risque d’un solde commercial négatif.

La chercheuse en relations internationales Jannet Ben Abdallah a déclaré à Xinhua, en marge de cet événement, que les dispositions de l’ALECA sont « très graves », car selon les règlements de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), la signature de cet accord « signifie l’engagement de l’Etat tunisien à en respecter les lois » et qu’en cas de révision ou d’amendement, « il sera obligatoire d’en revenir au Parlement européen », ce qui risque d’affecter « la souveraineté nationale tunisienne ».

Publiée par Jannette Ben Abdallah sur Mardi 30 avril 2019

Jameleddine Aouididi, économiste tunisien, a pour sa part rappelé que l’étude d’évaluation de l’accord d’association entre la Tunisie et l’UE de 1995, réalisée par la Banque mondiale pour la période de 1996 à 2010, a révélé que la Tunisie a « perdu 55 % de son tissu industriel national et 400 000 emplois ». La signature de l’ALECA risque ainsi de constituer « une catastrophe pour la Tunisie », a-t-il averti.

« Les échanges commerciaux entre l’UE et la Tunisie doivent se développer davantage »

Autre son de cloche de la part du professeur tunisien à l’Université de Tunis-El Manar Sami Aouadi, qui a souligné que la majorité des organisations professionnelles et de la société civile de la Tunisie considèrent que « l’UE est un partenaire commercial historique et privilégié de la Tunisie » et que les échanges commerciaux entre les deux parties doivent se développer davantage. Cependant, « le gouvernement doit veiller à la souveraineté nationale, à agir uniquement en fonction des priorités nationales, à garantir la transparence absolue du processus de négociations et à envisager des accords économiques globaux et non pas uniquement commerciaux », a-t-il plaidé.

N.B., avec Xinhua

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