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Tunisie : ce que les données d’un sondage réalisé par l’IRI nous disent sur les prochaines élections

Les élections présidentielle et législatives de 2019 en Tunisie auront autant de chances de contribuer à ce que la transition démocratique se poursuive dans le pays qu’à consolider un « retour en arrière démocratique », estime l’organisation américaine International Republican Institute.

Alors que les Tunisiens se préparent à se rendre aux urnes en octobre pour élire leurs députés et en novembre pour élire leur prochain président, l’état de la démocratie tunisienne suscite de nombreux questionnements. Democracy speaks, blog de l’International Republican Institute, rappelle dans une note que « bien que les élections de 2019 marqueront huit ans de démocratie tunisienne, les analystes tunisiens craignent fort qu’un recul ne se produise » en raison de l’« insatisfaction populaire, croissante parmi les citoyens ».

Considérées comme l’unique marqueur de succès du printemps arabe, les élections en Tunisie sont un signe révélateur de l’état d’avancement de la démocratie dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA) et toute régression démocratique apparente en Tunisie pourrait avoir des répercussions sur toute la région.

Les Tunisiens iront-ils aux urnes ?

Le 6 mai 2018, la Tunisie a tenu ses premières élections municipales depuis la révolution de 2011 et les premières élections locales libres et équitables de son histoire, rappelle l’organisation. Pourtant, seulement 34 % des Tunisiens ont voté lors de ces élections, un taux de participation que de nombreux analystes ont qualifié de mécontentement national. Les politiques d’austérité économique du gouvernement ont bloqué, selon cet organisme, les efforts de lutte contre la corruption et de décentralisation et favorisé les querelles internes partisanes.

Le nouveau sondage national de l’IRI nous indique que 87 % des Tunisiens pensent que leur pays va dans la mauvaise direction, le pourcentage le plus élevé enregistré depuis que l’IRI réalise des sondages en Tunisie (2011). Ce chiffre, combiné avec un autre – 31 % des Tunisiens déclarent être « très susceptibles » de voter – indique un potentiel de faible participation aux élections nationales de 2019, analyse l’IRI.

Les données récoltées par l’organisme américain montrent que les citoyens tunisiens sont également pessimistes quant à l’impact de leur vote. Seulement 29 % pensent que le vote permet d’exprimer ce que les électeurs pensent de la gestion gouvernementale mise en œuvre par leurs représentants. « Cela n’est pas surprenant puisque 70 % des Tunisiens se méfient des partis politiques […] et que 24 % déclarent que les prochaines élections ne seront ni libres ni équitables. Si ce déficit de confiance n’est pas réduit, il pourrait avoir un impact important sur la participation électorale et éroder davantage la confiance des Tunisiens dans le processus électoral », poursuit l’institut.

Réduire le déficit de confiance

59 % des Tunisiens disent avoir besoin de plus d’informations avant de voter et 82 % d’entre eux affirment avoir besoin de plus d’informations sur les programmes des partis politiques. Mais « c’est un problème facile et peu coûteux à résoudre », souligne l’IRI.

L’institut américain conseille ainsi aux partis politiques de réduire le déficit de confiance en utilisant une méthode de campagne très traditionnelle, peu coûteuse et efficace : « la campagne de porte-à-porte ». Djordje Todorovic, conseiller régional pour les partis politiques à l’IRI, a formé des centaines d’agents de campagne à travers la Tunisie à l’activité de porte-à-porte, efficace pour sensibiliser le public.

Engager les jeunes

Les sondages de l’IRI suggèrent également que les partis politiques devraient envisager de nommer de jeunes candidats. La majorité des Tunisiens pensent qu’il devrait y avoir plus de jeunes en politique. En outre, 60 % des Tunisiens sont plus susceptibles de voter pour un candidat à l’élection présidentielle s’il a 35 ans ou moins.

« Ce serait un changement bienvenu par rapport aux précédentes élections nationales et un bon prolongement de l’élan créé par le rôle que les femmes et les jeunes ont joué lors des élections municipales de mai 2018. En mai dernier, Tunis a élu la première femme maire, Souad Abderrahim, et la ville de Hassi Alfrid a élu la plus jeune maire, Chiraz Dhibi », rappelle l’IRI.

S’assurer que les voix des femmes soient entendues

Les sondages indiquent également que les femmes sont moins susceptibles de voter lors des prochaines élections. En effet, 52 % des femmes sont susceptibles de voter, contre 57 % des hommes. « Les femmes ont également moins confiance dans le processus électoral et sont plus préoccupées par la violence liée aux élections », indique l’IRI. Enfin, seulement un tiers des femmes tunisiennes pensent « probablement » ou « certainement » que les résultats des élections reflètent la volonté du peuple.

Si les raisons spécifiques expliquant pourquoi les femmes sont plus préoccupées par les élections que les hommes ne peuvent pas être discernées à partir des données des sondages, les préoccupations des femmes, en particulier concernant la violence électorale, ont été reconnues par l’IRI, qui a organisé des séances de discussion en groupe avec des femmes tunisiennes pour tenter de déterminer pourquoi les élections sont plus préoccupantes pour elles. Une démarche qui s’inscrit dans son programme d’éducation civique financé par l’USAID. L’IRI publiera d’ailleurs bientôt les résultats d’une nouvelle recherche – SheVotes – détaillant les préoccupations des électrices.

Regarder vers l’avant

La question de l’avenir démocratique de la Tunisie est désormais centrée sur les élections législatives et présidentielles de 2019. Ce qui se passera au cours des dix prochains mois et la réaction de l’électorat aidera à déterminer si la Tunisie consolidera ses avanées démocratiques.

Dans le but de consolider les acquis démocratiques de la Tunisie, les recherches de l’IRI suggèrent que les partis politiques doivent réduire le déficit de confiance et encourager la participation électorale en fournissant davantage d’informations sur leurs programmes politiques. En outre, ils devraient envisager de recruter de jeunes candidats et, enfin, comprendre les préoccupations des électeurs et y répondre.

En janvier 2019, l’IRI a mené une évaluation des organisations de la société civile (OSC), au cours de laquelle le personnel a rencontré 105 personnes représentant 85 OSC différentes dans 11 régions du sud et de l’intérieur. Pour informer sur les futures initiatives d’éducation civique et électorale, l’IRI a mené en janvier et février 2019 un sondage national visant à recueillir des données sur les motivations des Tunisiens à participer aux élections municipales de 2018 et sur les facteurs et les approches de sensibilisation les plus motivants pour les Tunisiens. L’IRI précise qu’il mettra en œuvre des campagnes de sensibilisation plus durables et interactives visant notamment à cibler les jeunes par des méthodes « créatives et artistiques ». Il souhaite aussi établir des réseaux de responsables en faveur d’une meilleure éducation civique et soutenir les efforts d’éducation à long terme des électeurs en créant des clubs d’élèves civils parmi les jeunes qui n’ont pas encore le droit de voter. L’organisme américain dit prévoir de mieux faire connaître ses partenaires des OSC et l’importance de la société civile plus largement en réalisant un documentaire, qui sera diffusé à la télévision tunisienne, sur le travail de plusieurs partenaires des OSC en vue des élections nationales de 2019.

N.B.

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