Tunisie : Elections anticipées suite au décès de Béji Caïd Essebsi

« L’Etat reste debout ». La Tunisie, soulagée d’avoir évité une vacance du pouvoir après le décès du président Beji Caïd Essebsi, s’apprête à organiser des élections anticipées, un défi important dans un contexte politique assez incertain.

Désormais présidé par intérim par le chef du Parlement Mohamed Ennaceur, qui a prêté serment juste après le décès jeudi du chef de l’Etat, « le pays pionnier du Printemps arabe saluait la mémoire de son premier président élu démocratiquement au suffrage universel, en 2014 », indique ainsi l’AFP.

Des manifestations artistiques ont été annulées, les journaux imprimés en noir et blanc, sept jours de deuil national ont été décrétés. La dépouille du président a été transférée de l’hôpital militaire de Tunis vers le Palais présidentiel de Carthage. Quelques centaines de Tunisiens étaient présents à la sortie du convoi. Des funérailles nationales sont prévues samedi en présence de plusieurs chefs d’Etat selon le chef du gouvernement Youssef Chahed. Le président français Emmanuel Macron sera notamment présent.

Hommages

Depuis l’annonce de son décès, les hommages internationaux ont afflué pour saluer le rôle crucial du président dans la « marche vers la démocratie » du Printemps arabe. Le voisin algérien et la Mauritanie ont décrété trois jours de deuil.

La Tunisie doit désormais s’atteler à la préparation des élections de l’automne. Béji Caïd Essebsi est mort à quelques mois de la fin de son mandat en décembre, mais la Constitution prévoit que l’intérim de M. Ennaceur ne dure que 45 à 90 jours, soit jusqu’au 23 octobre. Le calendrier électoral va ainsi être bouleversé : l’instance supérieure indépendante chargée d’organiser des élections a annoncé que la présidentielle serait avancée et a évoqué jeudi une élection « probable » dès le 15 septembre.

« Nombre de Tunisiens ont salué la transition rapide, alors que leur pays est le seul des Etats arabes touchés par les contestations de 2011 à poursuivre sur la voie de la démocratisation malgré les soubresauts politiques, la morosité économique et des attaques jihadistes », observe l’AFP.

Code électoral contesté

Une précédente hospitalisation du président fin juin, le jour où deux attentats suicide avaient tué un policier et un civil à Tunis, avait déclenché une vague d’inquiétude sur la fragilité des institutions tunisiennes. Et la transition reste fragilisée par l’absence d’une Cour constitutionnelle, institution cruciale pour une jeune démocratie.

Pour y remédier, le Parlement a mobilisé l’instance provisoire de contrôle de constitutionnalité des lois qui la remplace depuis 2014, bien que les prérogatives de celle-ci restent limitées, notamment pour trancher dans la polémique sur le code électoral. Les conditions pour se présenter aux élections ont été amendées de façon contestée en juin par le Parlement, mais le texte voté à l’initiative du gouvernement n’a pas été promulgué par le chef de l’Etat avant son décès. Il s’agissait d’une volonté de sa part selon un de ses conseillers.

« Reste à savoir si ce code électoral amendé sera promulgué dans les jours à venir, excluant plusieurs candidats de poids des scrutins, dont la mécène Olfa Terras-Rambourg ou le magnat des médias Nabil Karoui », poursuit l’AFP. Karoui a menacé de retourner contre ses concurrents politiques ce texte, qui interdit de façon rétroactive sur un an tout recours à la publicité politique et distribution de biens aux électeurs.

N.B., avec AFP

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