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La Tunisie, laboratoire à ciel ouvert de l’expérience démocratique, fait face à son plus grand défi depuis la révolution

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En 2011, la révolution tunisienne a suscité l’admiration du monde entier tant par son pacifisme que par ses revendications populaires de liberté, de dignité et de travail. Avec le déclenchement du printemps arabe, en Egypte, au Yémen, en Syrie et en Libye, le sentiment d’enthousiasme s’est renforcé. Toutefois, l’euphorie n’a pas duré puisque les révolutions se sont transformées en guerre civile dans la plupart des pays du printemps arabe, et en Tunisie, l’optimisme s’est heurté au double fléau du terrorisme et de la corruption.

Durant six ans, les politiques au pouvoir n’ont cessé d’évoquer la corruption comme un fantôme, une créature invisible, héritage de l’ancien régime, sans nom mais avec une influence réelle. Avec le gouvernement de Youssef Chahed, la guerre contre la corruption a pris des proportions concrètes avec entre-autres l’arrestation d’hommes d’affaires influents qui étaient jusque là intouchables.

Si le terrorisme avait dès le départ un nom et un visage, la corruption, elle, s’apparentait à un ennemi puissant mais invisible. D’après The National, c’est parce que la corruption touchait à l’Etat lui-même, à l’administration et au système économique. A ce niveau, l’expérience démocratique tunisienne qui s’effectue dans un laboratoire à ciel ouvert, fait face après six ans à son plus grand ennemi.
Chahed a posé le problème de la corruption comme un problème inhérent à la sécurité nationale, affirmant «qu’il existe un lien entre la contrebande, le financement du terrorisme, les activités transfrontalières et la fuite des capitaux». Les actions entreprises par la suite dans le cadre de cette lutte menée à l’échelle nationale ont abouti à l’arrestation de Chafik Jarraya, l’un des barons de la contrebande et de Moncef Matri, le père du gendre de Ben Ali, le limogeage de près de 25 fonctionnaires des douanes et le jugement de plusieurs malfaiteurs par le tribunal militaire.

En contrepartie, l’économie tunisienne a repris doucement, en grande partie grâce au tourisme. En effet, avec l’amélioration de la sécurité et la minimisation au maximum de la menace terroriste, les touristes en provenance de l’Europe, mais également des nouveaux marchés touristiques comme le marché chinois et russe ont afflué. La compagnie aérienne maltaise a confirmé son retour en Tunisie avec des vols internationaux qui vont relier la Tunisie à des villes telles que Vienne, Londres, Rome, Amsterdam, Prague, Munich, Bruxelles, Marseille, Catane, Milan et Zurich.

L’économie tunisienne a pourtant besoin de plus qu’une bonne saison touristique pour répondre aux revendications populaires qui n’ont pas changé depuis la révolution. Les protestations connues dans plusieurs régions à l’instar de Tataouine, de Kébili et de Kasserine ont fait pression sur les gouvernements successifs. Celui de Chahed a opté pour la confrontation et a promis de faire de la lutte contre la corruption et des inégalités entre les régions sa priorité.

Pour atteindre cet objectif, il est impératif d’aller jusqu’au bout des opérations qui visent l’éradication de la corruption, y compris celle qui touche l’Etat. En effet, pour longtemps, la bureaucratie, le favoritisme, le contrôle des prêts, les pots-de-vin, ont fait partie des pratiques courantes de l’administration à ses plus hautes sphères. Cela a profité aux proches de l’ancien régime au détriment des autres.

Aujourd’hui, six ans après de la révolution, les tunisiens réalisent à quel point ces pratiques ont bloqué l’économie, les investissements, la concurrence, le zèle entrepreneurial surtout des jeunes investisseurs et la confiance en l’économie du pays en soi. L’ONG Crisis Group a parlé de la « démocratisation de la corruption » en Tunisie. Elle a ajouté que le taux du chômage supérieur à 15% est dû en partie au monopole des « positions administratives clés qui contrôlent l’accès au crédit et l’économie formelle ».
Le gouvernement Chahed semble conscient du défi qui l’attend, à savoir redresser l’économie tunisienne dans un climat de « récession », comme l’a décrit le politologue Francis Fukuyama dans son article intitulé: « Pourquoi la démocratie est-elle si mauvaise ? ». Selon le professeur Fukuyama, » le talon d’Achille des récentes transitions démocratiques réside dans l’attente populaire, qui a subi la répression durant longtemps et aspire à des solutions immédiates. De plus, elle exige une réponse adéquate dans le respect des valeurs démocratiques, nouvellement établies ».

The National a récemment comparé le processus démocratique tunisien à » une expérience de laboratoire en démocratie « . Selon le journal, qui a consacré tout un article au « changement dans l’air » senti dans notre pays, « la Tunisie offre des résultats de tests en temps réel sur les limites de la patience populaire, la façon dont les attentes réagissent avec la réalité et les conditions qui doivent déclencher l’action du gouvernement. Mais contrairement à la plupart des expériences de laboratoire scientifique, cela ne se passe pas dans un environnement contrôlé ».

N.B

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