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Tunisie : L’agence américaine ACLED met en garde contre l’accroissement du nombre de victimes civiles dans les régions montagneuses

« Une insurrection de faible niveau dans les montagnes de l’ouest de la Tunisie fait de plus en plus de victimes parmi les civils, en particulier des bergers, au premier semestre 2018 », a alerté l’ACLED (Armed conflict location and Event data project).

Si depuis 2015, les forces de défense et de sécurité tunisiennes ont progressivement amélioré leurs capacités de contre-insurrection en réussissant à contenir des attaques de bas niveau dans les montagnes de l’ouest du pays, notamment grâce à un soutien international visant le renforcement des capacités des forces sécuritaires en matière d’équipement et d’ISR (Intelligence, Surveillance et Reconnaissance), celles-ci n’ont pas été en mesure de déloger la Katiba Oqba Bin Nafaa et Jund al-Khilafah, les deux groupes jihadistes affiliés respectivement à l’Etat islamique et à AQMI, et qui occupent les montagnes de la frontière algérienne, dit en substance l’ACLED sur son site Internet.

Un impact significatif sur la population locale

« Même si les cibles principales des militants dans les montagnes sont le personnel militaire et de sécurité, leur présence prolongée a eu un impact significatif sur la population locale, qui est régulièrement la cible de pillages, de menaces, d’agressions et d’engins piégés. Une grande partie des montagnes et des zones adjacentes dans les gouvernorats de Kasserine et du Kef ont été déclarées zones militaires fermées, mais les habitants dépendent de ces espaces pour accéder aux pâturages, à l’eau et au bois de chauffage. Parce qu’ils s’aventurent dans ces zones à la recherche de ressources essentielles, les bergers sont ciblés de manière disproportionnée par les insurgés », met en garde l’ACLED.

Bien que les attaques à l’IED soient indiscriminées et que de telles attaques contre des civils ne soient pas intentionnelles, il y a une autre dimension importante à cela, souligne l’agence américaine : celle de l’utilisation de bergers par l’armée et le personnel de la garde nationale pour la collecte de renseignements. Alors que les civils (non bergers) ont été victimes d’un plus grand nombre d’agressions violentes, ce sont les bergers qui ont souffert du plus grand nombre d’incidents mortels de violence et d’attaques par IED, selon les données recueillies par ACLED pour la période allant de 2015 à aujourd’hui.

« Fin 2015, le groupe Oqba Ibn Nafaa a exécuté deux bergers – Nejib Guesmi près de Sidi Harrats au Mont Semmama, à Kasserine, et Sami Ayari au Mont Ksar El Guellal, au Kef. Jund al-Khilafah a également exécuté un berger en 2015 – Mabrouk Soltani, au mont Mghila à Sidi Bouzid », rappelle ainsi l’ACLED

« Il faut remettre en question l’utilisation de bergers comme agents de renseignement »

Les deux organisations terroristes ont publié des vidéos montrant des victimes interrogées sur leurs activités. Ces vidéos visaient à dissuader les gens de collaborer avec les forces de défense et de sécurité. Chacune des victimes filmées a décrit comment elle avait été recrutée par l’armée et le personnel de la garde nationale, ainsi que les conditions d’entente avec les agents sécuritaires concernant le signalement de mouvements de militants et de l’emplacement de leurs camps.

Manifestation emblématique du phénomène : le 23 juin 2018, des militants de la Katiba Oqba Ibn Nafaa ont capturé un berger nommé Lamjed Griri à l’ouest du mont Chaambi. Griri a été agressé et torturé. Alors que les médias tunisiens ont qualifié l’incident d’agression et de vol de bétail, la Katiba a de son côté accusé le berger d’être un «espion».

« La question de l’utilisation des bergers pour la collecte de renseignements par les forces armées tunisiennes et la Garde nationale, ainsi que les motivations des bergers pour s’engager dans de telles activités, a été largement débattue dans les médias tunisiens. Mais une chose est certaine : les bergers sont un groupe cible surreprésenté. Au moins six incidents liés à l’activité des jihadistes ont impliqué des bergers durant les six premiers mois de 2018, ce qui représente la plupart des faits de violence à distance et de violence contre les civils survenus dans les montagnes de l’ouest de la Tunisie », conclut l’ACLED.

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