Pourquoi la Tunisie, l’Algérie, le Maroc et la Libye ont-ils opté pour...

Pourquoi la Tunisie, l’Algérie, le Maroc et la Libye ont-ils opté pour la neutralité dans la crise du Qatar ?

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Depuis le Boycott du Qatar en juin dernier, l’Arabie saoudite, les Émirats Arabes Unis, le Bahreïn et l’Égypte n’ont cessé de chercher plus d’alliés notamment en Afrique du Nord, afin de mener au mieux leur embargo et isoler le Qatar.
Toutefois, la Tunisie, l’Algérie, le Maroc et la Libye ont annoncé dès le début de la crise leur position neutre et leur volonté de réconcilier les pays concernés. Le Washington Post s’est penché sur la question en essayant d’analyser la position de ces quatre pays, leurs motivations et les répercussions de leur politique.

Depuis 2011, les pays du Golfe, principalement l’Arabie Saoudite, le Qatar et les Emirats Arabes Unis ont agrandi leur influence sur les pays nord-africains, touchés directement ou indirectement par le Printemps arabe. Le Qatar a choisi de soutenir les mouvements islamistes mais son rôle a considérablement diminué à partir de 2013 avec le renversement des Frères Musulmans en Egypte, la perte des élections du Parti Ennahdha en Tunisie et l’effondrement de l’Etat en Libye.

Pendant ce temps, l’Arabie saoudite et les Émirats Arabes Unis ont renforcé leur présence en Afrique du Nord. Ils ont versé des milliards en Egypte depuis qu’Al-Sissi est devenu président et se sont engagés à investir en Tunisie, en Algérie et au Maroc. Le gouvernement des Émirats Arabes Unis est même intervenu militairement en Libye. Malgré cela, les pays nord-africains ont tenu à ne pas intervenir ni soutenir une partie au détriment de l’autre.

Au Maroc, la neutralité est essentiellement motivée par les liens économiques entretenus avec les différents pays de la crise. Le Qatar a récemment augmenté ses investissements au Royaume et a même levé les conditions d’obtention de visa .De son côté, le Parti islamiste au pouvoir a publiquement loué les efforts du Qatar.
Quelques désaccords avec les pays menant l’embargo contre le Qatar, concernant le Sahara occidental et les promesses d’investissement massif, peuvent aussi expliquer la neutralité du Maroc. La décision du monarque saoudien de passer ses vacances d’août à Tanger montre cependant la solidité des liens avec l’Arabie Saoudite et la concurrence qui s’est créée entre les différents pays de la crise pour attirer le Maroc dans leur camp, ce qui profite bien au Maroc.

En Algérie, la position officielle de neutralité appelle également au dialogue. Cependant, il semble que l’Algérie a plus de points en commun avec le Qatar qu’avec l’Arabie Saoudite, les Emirats ou l’Egypte.
En effet, 31 députés islamistes ont formé un comité parlementaire en solidarité avec le Qatar. De son côté, l’ambassadeur du Qatar à Alger jouit d’une grande liberté et a organisé des réunions publiques hebdomadaires avec dehauts fonctionnaires.
Aussi, comme au Maroc, l’Arabie Saoudite et les Emirats n’ont pas tenu leurs promesses d’investissements. Au sein de l’OPEP, l’Algérie et le Qatar ont une stratégie commune concernant la production du pétrole et s’opposent à une solution militaire en Libye prônée par l’axe Emirati-Egyptien. Cette solution a été jugée ,entre-autres, menaçante pour la sécurité de l’Algérie et de toute la région.
Parallèlement, le Qatar a récemment investi 2 milliards de dollars en Algérie. Il a également fait pression avec l’Algérie dans l’OPEP pour parvenir à un accord visant à réduire la production. Les relations privilégiées de l’Algérie entretenues avec l’Iran qui soutient le Qatar sont un autre facteur qui favorise le rapprochement entre les deux pays.

En Tunisie, le statut du pays en tant que démocratie émergeante attire les pays du Golfe. Le Ministre tunisien des Affaires étrangères a souligné la neutralité du pays, une position qui n’est pourtant pas partagée par tout le monde, selon le Washington Post.
Plusieurs délégations des pays du Golfe se sont arrêtées en Tunisie avec des promesses d’investissements et des projets de soutien. Parmi ces délégations, nous trouvons la délégation émiratie, le Ministre d’Etat Qatari aux Affaires Etrangères, le Ministre saoudien du commerce et de l’investissement accompagné de 50 hommes d’affaires, et même le Ministre iranien des Affaires étrangères.
La Tunisie qui fait face à l’inflation, à la chute du dinar face aux devises étrangères en plus d’un taux de chômage élevé surtout parmi les jeunes diplômés,a grand besoin de renforcer ses alliances économiques et attirer l’investissement. Le Qatar demeure de loin le plus grand investisseur arabe en Tunisie et un important partenaire diplomatique. L’image de la Tunisie dans les médias qataris est plutôt positive tandis que les médias égyptiens et émiratis n’ont cessé d’attaquer la Tunisie, notamment pour ses positions récentes en faveur de l’égalité de l’accès à l’héritage.

En Libye, la rivalité est-ouest fragilise la neutralité annoncée par le pays. Aussi, la présence du pétrole rend la concurrence encore plus rude. Le Qatar reste un acteur majeur avec de fortes alliances à Tripoli et Misrata même si le gouvernement d’Accord national (GNA) de Tripoli a récemment pris des mesures loin de Qatar pour négocier un accord de paix avec l’Est de la Libye.
Les dirigeants libyens de l’Est, en revanche, ont participé au début de la campagne anti-Qatar. Ils ont accusé le Qatar de soutenir le terrorisme et de fomenter des divisions en Libye. Depuis 2015, les EAU contrôlent un aéroport militaire près de Benghazi, tandis que les avions de chasse égyptiens opèrent occasionnellement dans les cieux libyens. La Libye orientale est souvent considérée comme un »satellite » égyptien-émirati à part entière.

Selon le Washigton Post,la pression hégémonique directe du Quatuor du Boycott et le pouvoir économique «plus doux» exercé par le Qatar ont amené les principaux pays d’Afrique du Nord à adopter des positions de neutralité. Mais, comme le montre la Libye de l’Est, ce n’est pas une position commune dans la région. La Mauritanie, membre de l’Union du Maghreb arabe (AMU), est également anti-Qatar, de même que la plupart des pays qui forment la ceinture sud de l’AMU (Tchad, Niger et Sénégal).
Loin de suivre une politique par défaut, chaque pays a fait des calculs uniques qui l’ont amené à choisir la neutralité. Pour l’Algérie, la Tunisie et le Maroc,conclut le Washington Post, l’objectif demeure le renforcement des liens diplomatiques et économiques tout en préservant la souveraineté, une ligne rouge à ne pas dépasser.

N.B

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