Un diplomate algérien récuse le discours européen sur l’immigration

Un diplomate algérien récuse le discours européen sur l’immigration

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Lakhdar Brahimi, diplomate algérien, qui fut fonctionnaire à l’Organisation des Nations Unies (ONU) et ancien Secrétaire Général adjoint de la Ligue arabe,a vivement critiqué l’attitude des européens face aux problèmes d’immigration et des flux de migrants. La majorité des migrants viennent de Syrie, pays en guerre depuis 5 ans, et les autres groupes majoritaires viennent de l’Afghanistan ou d’Iran, mais le diplomate regrette que la question irakienne ne soit jamais évoquée. « Le mot Irak n’est jamais prononcé; pourtant, l’Irak est notre voisin », a-t-il dit.
Lakhdar Brahimi s’exprimait lors d’un dîner-débat à La Valette (Malte), le 27 février, sur le thème des relations de l’Union Européenne (UE) avec son voisinage, organisé par l’institut Jacques Delors et la présidence maltaise de l’UE. Le Premier ministre maltais, Joseph Muscat, et Enrico Letta, ancien Premier ministre italien, avaient ouvert le débat.
Pour l’ancien envoyé spécial de l’ONU en Syrie, cette crise des migrants a plusieurs causes et ne vient pas du néant. Il a pointé la responsabilité des puissances occidentales dans le chaos de cette région par un interventionnisme destructeur.
D’autres intervenants se sont exprimés, en discutant des réactions et attitudes de l’UE plus que des questions des origines de la crise au Proche et Moyen-Orient.
Le diplomate a accusé l’Europe et l’Occident de manière générale de n’avoir pas agi de manière convenable au sens diplomatique et politique du terme et de ne pas avoir respecté leurs engagements. Selon lui l’Irak a été envahi et détruit par les américains, avec la participation des européens, essentiellement les britanniques.
De même, concernant la Libye, il affirme que même si personne ne pleurait le départ de Mouammar Kadhafi, néanmoins « l’intervention de l’OTAN, menée par Nicolas Sarkozy, a détruit le pays et créé plus de problèmes qu’elle n’en a résolus ».
Il a par ailleurs rappelé qu’au sujet de la Syrie, l’analyse des chancelleries occidentales avait été « très superficielle », surtout lorsqu’elles ont décidé que le dirigeant du pays, Bachar El-Assad, devait partir en quelques jours ou quelques mois, alors que l’ONU et lui-même soutenaient la solution politique et non-militaire. En ce temps-là, les dirigeants occidentaux les avaient accusés de chercher à protéger Bachar El-Assad, et ils se sont rendu compte trop tard, après avoir engagé quand même une action militaire que ce n’était pas la bonne solution.
Un autre problème, majeur s’il en est, a été évoqué par Lakhdar Brahimi : il s’agit de l’attitude européenne face à l’Islam, qui relève du malaise. Le mot lui-même est très peu prononcé, selon lui, car renvoyant à des concepts, notions aux cadres pas très définis.
En effet, des amalgames sont souvent opérés entre la foi islamique, les pratiques d’un pays ou d’un autre, et Daesh (Etat islamique).Il a cité l’exemple de Geert Wilders, chef de file du parti xénophobe néerlandais, Parti pour la liberté, l’un des candidats favoris aux prochaines élections du pays, qui a affirmé que tous les musulmans étaient des terroristes.
Lakhdar Brahimia donné un autre exemple pour dénoncer ces amalgames, et cette volonté de brouiller les pistes au sujet de l’Islam et des musulmans à travers le monde : il a expliqué qu’à Raqqa, la capitale autoproclamée de Daech en Syrie, les islamistes avaient retenu l’attention du monde entier en décrochant la croix d’une église. Alors que peu de personnes savent que sept jeunes musulmans de cette même ville ont remis la croix à leur place. « Qui sont les musulmans ? Daech ou les sept personnes qui ont risqué leur vie pour remettre la croix ? », a-t-il demandé.
L’Islam traverse une période houleuse, et l’avènement de Daesh est le résultat de l’invasion de l’Irak et du délitement de toutes les institutions en place, la dissolution de l’armée la première. De plus, les bombardements américains n’ont atteint aucun objectif militaire, mais ont permis à Daesh d’atteindre la Syrie et même l’Afrique du Nord.
« Daech est une création conjointe des musulmans, des Américains et des Européens occidentaux. Vous ne combattez pas Daech avec des bombardements. Vous combattez Daech en vous attaquant aux problèmes qui ont conduit à sa naissance », a-t-il commenté.
Interrogé sur le rôle de la Russie en Syrie, il a répondu que l’intervention militaire de la Russie avait ses points négatifs mais également des points positifs, notamment d’avoir su garder une cohésion à la Syrie, dans une situation où les divisions et la désunion du pays auraient facilité la ruine totale et la désintégration du pays..

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