Présidentielle 2019 : un premier débat très suivi

Ce premier débat a réuni huit des 26 candidats à la présidentielle 2019, le neuvième, Nabil Karoui, n’ayant pas été présent en raison de sa détention décidée par la Cour d’appel après la demande de libération adressée à cette instance par son parti politique.

Près d’une semaine avant le scrutin, huit des 26 candidats à la présidentielle tunisienne ont exposé, samedi, leurs points de vue et des éléments de leurs programmes lors du premier débat télévisé, un événement rare dans le monde arabe. Les prétendants à la magistrature suprême ont répondu à des questions tirées au sort et posées par les deux journalistes Elyes Gharbi et Asma Bettaïeb. Mais sans débattre entre eux, ce qu’ont regretté nombre de spectateurs tunisiens. Le candidat d’Ennahdha Abdelfattah Mourou, l’ancien Premier ministre Mehdi Jomaa, l’ancien président Moncef Marzouki, l’avocate anti-islamiste Abir Moussi, le militant des droits de l’Homme Mohammed Abbou, le juriste Omar Mansour, l’historien Néji Jalloul et le syndicaliste Abid Briki ont ainsi livré de courtes analyses (chaque réponse devait être formulée en 90 secondes) sur trois domaines principaux : sécurité et défense, politique étrangère et libertés publiques. Florilège des réponses formulées par les candidats.

Prévention de l’extrémisme et sécurité

Au sujet de la flambée de violences qu’a provoquée l’extrémisme en Tunisie, Mohamed Abbou a insisté sur la nécessité d’élargir les compétences logistiques pour lutter contre le jihadisme et sa propagation sur Internet. Il y a encore, a-t-il estimé, « beaucoup d’efforts à faire » sur cette question. Insistant sur le volontarisme politique comme moyen d’établir durablement un climat de sécurité, Abir Moussi, présidente du Parti destourien libre, a elle insisté sur le rôle, devant être renforcé, des services de renseignements et ce, « sous le contrôle de la présidence ». Le corps de l’Etat doit faire en sorte de consolider la coopération entre les différents départements concernés par ce dossier, afin que les « opérations de prévention » puissent gagner en efficacité. Néji Jalloul, ex-ministre de l’Education, a lui jugé que le président devait être un « homme de la modernité », un chef d’Etat capable d’adapter les grandes lignes de la politique intérieure du pays avec la « réalité nouvelle » du terrain. « Aujourd’hui, le terrorisme est devenu transnational, et la République tunisienne ne peut pas seule lutter contre. Le Maghreb doit unir ses compétences dans le domaine du renseignement et la protection des frontières, car il ne faut pas oublier que ce sont les régions frontalières qui sont les plus pauvres culturellement et économiquement », a dit M. Jalloul.

Idem pour Mehdi Jomaa, qui a en outre évoqué les réalisations des forces de l’ordre tunisiennes en matière de consolidation de la stratégie de protection des frontières. « Le matériel est disponible, a-t-il assuré, il faut en faire l’usage qui convient et toujours miser sur la prudence, car le terrorisme ne disparaîtra pas de si tôt. » Interrogé sur la stratégie nationale à mettre en place pour lutter contre l’extrémisme, Moncef Marzouki a rappelé que les programmes de réinsertion sociale et la modernisation de stratégies militaires ciblées devaient être davantage promus. Abdelfattah Mourou a lui aussi estimé qu’en face de ce phénomène mondial, la stratégie à élaborer devait elle aussi se concevoir et s’étendre à une échelle internationale. Il faut une « forte sécurisation des frontières », a-t-il assuré. Evoquant la lutte contre la corruption, le candidat d’Ennahdha a mis en avant la question de la restauration de la confiance entre l’administration et les citoyens.

Omar Mansour a lui jugé nécessaire une restructuration du ministère de l’Intérieur permettant de mobiliser les compétences autour de la lutte, prioritaire, contre le terrorisme.

Sur la sécurité énergétique, M. Marzouki a indiqué que le dossier du changement climatique nécessiterait l’élaboration d’un programme s’étalant sur les 50 prochaines années. « Nous avons besoin de lutter contre tous les maux qui nuisent à l’environnement, et ils sont nombreux », a-t-il poursuivi.

Politique étrangère

Pour Moncef Marzouki, l’élection de la Tunisie au Conseil de sécurité de l’ONU doit être l’occasion de défendre avec force la cause palestinienne, la paix au Yémen, la stabilité en Syrie et la résolution de la crise libyenne. En matière de diplomatie économique, l’ex-président de la Ligue tunisienne des droits de l’homme a affirmé que « le rôle du président est de préserver l’indépendance du pays » dans un esprit de respect de la souveraineté populaire, thème cher à cet ancien président de la République. « Les étrangers ne doivent pas intervenir dans nos affaires », a-t-il fait valoir.

Au sujet de la crise libyenne, Mohamed Abbou a affirmé que le peuple de ce pays voisin « fait partie de nous », a « besoin de nous ». « Lorsqu’un Etat libyen démocratique sera mis en place, nous devrons prendre part à sa reconstruction » tout en prenant avant tout en considération « le bien du peuple libyen et non des parties en conflit ».

Abdelfattah Mourou a lui mis en avant la nécessité de se tourner davantage vers l’Afrique. « Sur 54 Etats africains, nous n’avons de relations diplomatiques et économiques fortes qu’avec 15 d’entre eux », a-t-il regretté. « A ce niveau, notre diplomatie demeure trop traditionnelle, elle gagnerait pourtant à s’ouvrir à tous les pays d’Afrique, afin que les compétences de notre pays et de l’ensemble des pays africains en tirent profit ».

Abir Moussi a évoqué le rôle « crucial » de la diplomatie économique dans le renforcement des investissements étrangers comme moyen de lutter contre le chômage et évoqué la création d’une structure dédiée aux prêts étrangers, « Tunisie Trésor ».

Interrogé sur le sort des journalistes tunisiens détenus en Libye, Abid Briki a estimé que ce dossier devait être surveillé en mobilisant davantage de ressources. Plus généralement, l’homme a affirmé que l’Etat devait suivre de près le destin de tous les Tunisiens détenus à l’étranger.

Néji Jalloul, faisant figure d’électron libre détaché, a lui dit souhaiter que le ministère des Affaires étrangères puisse être dédié « aux diplomates et non aux politiques ». « On doit y mettre des compétences éprouvées et non des amis », a-t-il lancé.

Libertés individuelles et promesses électorales

M. Marzouki a à plusieurs reprises évoqué la nécessité de lutter « contre les corrompus et non contre la corruption en général, car les personnes impliquées dans des affaires de corruption sont bien connues ». Pour lui, la corruption et l’évasion fiscale constituent un manque à gagner « considérable » pour l’Etat, dont les caisses pourraient être bien mieux alimentées avec une meilleure gestion, plus transparente, des ressources.

Mohamed Abbou a pour sa part fait valoir sa nette opposition à la peine de mort, celle-ci étant « inutile pour prévenir les crimes ». Interrogée sur la question de la protection des données personnelles, Abir Moussi a expliqué que chaque citoyen tunisien devait être en mesure de bénéficier de la protection de ses données privées. « Dans ce domaine, des dispositifs juridiques existent, mais encore faut-il qu’ils ne restent pas lettre morte », a-t-elle souligné. Néji Jallou a souligné l’importance de la promotion des arts dans l’insertion sociale des individus, notamment ceux en proie à des difficultés économiques ou identitaires.

Abdelfattah Mourou a lui assuré qu’il mettrait « tout en œuvre » pour contrecarrer les opérations terroristes qui sévissent dans les montagnes. Il veut par ailleurs valoriser et rétribuer davantage le travail de l’agriculteur tunisien et mieux faire contribuer les retraités aux débats traitant des défis qui se posent à la société tunisienne.

N.B.

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