Brics

Un sommet des « Brics » axé sur la promotion d’un monde multipolaire

Lors du dixième sommet du groupe des « Brics » (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud), regroupant les dirigeants des cinq plus grandes puissances émergentes, qui a eu lieu du 25 au 27 juillet à Johannesburg, une question cruciale a été posée : que faire pour se soustraire aux pressions politiques et économiques imposées par les Etats-Unis à travers la domination de sa monnaie, le dollar, et la nouvelle donne protectionniste qu’ils sont en train d’imposer à leurs partenaires économiques ? Le dollar, représentant 80% des réserves en devises des banques centrales, domine le marché des matières premières, dont le pétrole et ses dérivés. Un état de fait que les dirigeants des « Brics » entendent renverser.

Faire bloc contre le protectionnisme américain

« Si les pays des Brics joignent leurs efforts, ils peuvent assurer une percée technologique, notamment dans le secteur des infrastructures, et diminuer l’influence du dollar », a déclaré Ioulia Potemkina, membre de la Chambre de commerce et d’industrie russe, à l’issue de ce dixième sommet dans une interview accordée au média russe Sputnik. Mme Potemkina a d’ailleurs estimé que l’une des principales avancées de ce sommet réside dans la mise en place d’accords, annoncés par le président du Fonds russe des investissements directs, Kirill Dmitriev, sur la réalisation de projets technologiques et d’infrastructure.

« Aujourd’hui, les besoins de l’économie mondiale en matière d’investissements infrastructurels sont estimés à 3800 milliards de dollars par an. Si les pays des Brics joignent leurs efforts dans cette direction, cela permettra d’assurer une percée d’investissements dans le secteur des infrastructures », a-t-elle précisé.

Autre domaine qui voit une augmentation significative des efforts de coopération des Brics en vue de le renforcer : celui des finances. Mme Potemkina a en effet rappelé l’importance du rôle de la Nouvelle banque de développement créée en 2014, anciennement connue sous le nom de Banque de développement des Brics, qui a participé à des dizaines de projets économiques. Cette banque entend favoriser une plus grande coopération financière entre les pays émergents, financer des projets d’infrastructure, créer une réserve d’arrangement de devises, et fournir une assistance aux pays qui souffriraient d’instabilité économique, sur fond de lutte contre l’influence du dollar et des établissements de crédit basés en Occident. Le ministre sud-africain des finances, Nhlanhla Nene, s’est lui aussi félicité du fait que « désormais ce sont nos propres ressources que nous mettons en commun et que nous investissons dans le développement de nos pays. »

Ces résolutions interviennent alors que les menaces américaines d’aller au bout de la logique protectionniste prônée par Donald Trump font de plus en plus de remous. Les sanctions économiques destinées aux pays commerçant avec l’Iran et l’instauration de nouvelles taxes sur les importations chinoises poussent les autres puissances à trouver des alternatives.

La Russie entend d’ailleurs « minimiser les risques » liés aux sanctions en se désengageant de la dette américaine, sans pour autant renoncer au dollar, comme l’a expliqué son président, Vladimir Poutine. D’après un récent rapport du Département du Trésor américain, la Russie ne fait plus partie des plus gros détenteurs internationaux de bons du Trésor américain. AFP rapporte ainsi qu’en mai, « Moscou détenait 14,9 milliards de dollars de bons du Trésor. En un mois, la Russie s’est ‘débarrassée’ de près de 33,5 milliards de dollars ».

Alternative à l’unilatéralisme américain

Devenue première puissance économique mondiale, la Chine est devenue un acteur incontournable du libre-échange mondial, pendant que l’alliance transatlantique pâtit des mesures isolationnistes des Etats-Unis de Donald Trump et que L’UE affronte conjointement le Brexit et la montée des populismes. « Et pendant ce temps, les cinq, qui représentent 40 % de la population mondiale, poursuivent leur rattrapage économique, passant de 11 % du PIB mondial en 2001, à 23 % en 2017 », rappelle le journal français Le Monde.

La déclaration finale, adoptée jeudi par le Chinois Xi Jinping, le Sud-Africain Cyril Ramaphosa, le Russe Vladimir Poutine, l’Indien Narendra Modi et le Brésilien Michel Temer, souligne « leur inquiétude concernant les effets des mesures de politique macroéconomique prises dans certaines grandes économies avancées ». Des mesures qui « peuvent causer une volatilité économique et financière dans les économies émergentes et avoir un impact sur leur perspective de croissance ».

Les protagonistes de ce dixième sommet ont ainsi appelé au renforcement de leurs coopérations économiques : « En 2017, le commerce entre les Brics a augmenté de 30 % et nous comptons développer encore plus ce partenariat », a affirmé un Vladimir Poutine adoubé par le président chinois, qui a estimé qu’« un partenariat stratégique [est] destiné à faire de la prochaine décennie une autre décennie dorée ».

Le bilan du sommet semble cependant plutôt mince selon quelques observateurs. Mis à part les prérogatives de la Nouvelle banque de développement, « matérialisation la plus concrète du partenariat des Brics » selon le président sud-africain, aucune avancée notable ne semble avoir été concrétisée à l’issue de ce dixième sommet. « Deux accords dans les domaines de l’environnement et de l’aviation ont été signés. Evoqués lors des précédents sommets, des projets de traités de libre-échange, d’élargissement du club à de nouveaux membres ou de création d’une agence de notation des Brics, n’ont pas été [sérieusement] discutés », analyse ainsi Le Monde. Par ailleurs, d’aucuns parmi les détracteurs des Brics ne voient dans la montée en puissance de ce groupe des cinq qu’un véhicule de l’influence chinoise dans l’économie mondiale. Car, croit savoir Le Monde, l’annonce la plus importante, faite la veille du sommet, concerne un investissement de 14 milliards de dollars promis par Pékin à l’Afrique du Sud.

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