Des soldats de la mission Barkhane lors de l'opération "Hawbi", dans le centre du Mali, le 2 novembre 2017. Daphné Benoit, AFP

Un « vide stratégique européen » face au terrorisme au Sahel ?

Dans un entretien à Euronews, Marc-Antoine de Montclos, de l’Institut de recherche pour le développement, souligne la contestation croissante de la légitimité de la France en Afrique, alors que se déroule ce lundi à Pau le sommet du G5 Sahel, à l’initiative d’Emmanuel Macron.

Le président français Emmanuel Macron tente de renforcer la légitimité contestée des soldats français au Sahel, alors que le sentiment anti-français se développe en particulier au Mali, où un millier de personnes ont encore manifesté à Bamako pour réclamer le départ des troupes françaises et étrangères ce lundi.

« Les Européens ne font pas la même analyse de la menace », souligne Marc-Antoine de Montclos, directeur de recherche, Institut de recherche pour le développement. Emmanuel Macron tente également d’impliquer davantage les Européens dans la lutte contre le terrorisme en mettant sur pied une opération baptisée « Tacouba ». Mais les Européens sont-ils unis sur cette question ? L’armée française est-elle dans une impasse ? Marc-Antoine de Montclos, auteur de « Une guerre perdue », à paraître le 15 janvier, indique que l’intervention de l’ancienne puissance coloniale ne peut que susciter le rejet de la part des populations locales qui réclament plus de souveraineté dans le règlement de leurs problèmes de gouvernance. « Cela fait maintenant sept ans que la France est intervenue dans la zone et que les groupes jihadistes n’ont pas plié mais continuent au contraire de monter des opérations sévères contre les armées de la région ». Il y a donc selon lui un « sentiment de frustration ».

Dysfonctionnement des Etats

Mais pourquoi la force Barkhane est-elle dans l’impasse ? Pour le chercheur, il s’agit surtout de « grosses erreurs » d’analyse et de diagnostic de la situation. Si on a beaucoup insisté sur la question du terrorisme et du jihadisme, ces phénomènes ne sont en réalité « qu’un symptôme » d’une crise plus large : celle des Etats dans cette zone. « Au lieu de s’intéresser au dysfonctionnement des Etats qui a nourri les conflits, on s’est focalisé uniquement sur une menace terroriste vue comme une importation étrangère et globale en faisant croire aux Français que ces groupes avaient la capacité d’intervenir hors-sol, outre-mer. Or aucun des groupes que la France combat au Sahel n’a jamais commis d’attentat outre-mer », rappelle-t-il.

« C’est intéressant de voir que nos alliés européens ne font pas la même analyse de l’ampleur prétendument globale de la menace. Si les Britanniques ou les Allemands estimaient qu’il y avait effectivement un risque d’attentat par ces groupes à Berlin ou à Londres, on les verrait à nos côtés combattre au Sahel. Ce n’est pas le cas », analyse-t-il. Ce que les Allemands craignent par contre, c’est un flux migratoire à travers la Méditerranée : « Il y a aussi une crainte de déflagration et de déstabilisation généralisée » mais la présence de 13 000 Casques bleus des Nations unies « n’a pas fondamentalement changé la donne, donc envoyer des soldats européens qui ne parlent même pas les langues locales n’arrangera rien », poursuit-il.

Outre les présidents du G5 Sahel (Tchad, Niger, Burkina Faso, Mali, Mauritanie), ce sommet accueille également le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres, le président de la Commission de l’Union africaine Moussa Faki et le président du Conseil européen, Charles Michel.

N.B., avec Euronews

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