Une académicienne tunisienne, directrice du programme Lauder de la langue et la...

Une académicienne tunisienne, directrice du programme Lauder de la langue et la culture arabe, dément la lecture islamiste de l’histoire tunisienne dans une conférence à Washington DC

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Amel Mili, directrice du programme Lauder de la langue et de la culture arabe, a récemment tenu une conférence importante à Washington, elle et un collègue, sur la suprématie islamique dans un pays comme la Tunisie et les pays de la région MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord).

Avant d’expliquer le point de vue de la conférencière tunisienne, il est impératif de rappeler qu’Amel Mili détient un JD en droit privé de la faculté de droit de Tunis et une maîtrise en administration publique de l’Université de Tunis. Elle détient également une maîtrise et un doctorat en affaires mondiales / sciences politiques de l’Université Rutgers de Newark. L’académicienne s’intéresse particulièrement aux droits des femmes et des minorités d’un point de vue juridique.

Lors de sa récente conférence à Washington, Amel Mili a déclaré : « nous ne voulons pas nous contentés d’être musulmans et réfuter ce qui est venu avant et après ». Il s’agit du point de départ d’une thèse défendue par Amel Mili mais également un bon nombre d’intellectuelles tunisiennes à l’instar de Faouzia Charfi, qui a récemment affirmé dans une interview accordée à Afrique Le Point que notre histoire a commencé bien avant le 7ème siècle (période de l’invasion islamique) et s’est étendu après.

Par ailleurs, en s’adressant à son auditoire actif au sein de l’Organisation des études politiques et du dialogue au Moyen-Orient, Dr Mili a examiné une décision du tribunal tunisien datant de 1982, qui a refusé à une femme son héritage sur la base de la loi de la charia, mettant en lumière la difficulté de réinterpréter les écritures islamiques pour le monde moderne.

Au cours de l’interaction avec le public, Mili a insisté sur le caractère cosmopolite de la Tunisie en indiquant : «En Tunisie, jusqu’à présent, nous avons gardé cette approche globale de l’histoire. Je suis heureuse, même si c’était par le biais de la colonisation, d’avoir maîtrisé la langue française et la culture française ». Elle a ajouté que dans l’histoire tunisienne, « la langue française est intimement liée à l’égalité, la démocratie, et aux droits de l’homme ».

Une tunisienne présente dans la salle est intervenue pour expliqué comment elle voyait la Tunisie comme un carrefour culturel où tout le monde s’est rencontré. Elle a ajouté que ce facteur est à l’origine de la richesse identitaire méditerranéenne de la Tunisie ». Cette vision a été soutenue par Dr Mili qui a ajouté que l’invasion islamique au 7ème siècle n’est qu’un moment de l’histoire, ni le point du commencement ni le point de l’achèvement de l’histoire tunisienne, et il est primordial de le considérer comme tel.

Ainsi, le mélange culturel en Tunisie, historiquement, archéologiquement et scientifiquement prouvé s’oppose aux prétentions illégitimes des islamistes qui voudraient supprimer les traces de toute autre culture différente dans la région de MEMA. Dans ce contexte, Amel Mili a affirmé : « ils sont venus en tant qu’envahisseurs comme n’importe quel autre groupe, comme les impérialistes français ». Elle ajoute « l’histoire tunisienne s’étend des siècles avant l’avènement de l’islam, mais le problème c’est que les islamistes refusent de l’admettre ». La directrice du programme Lauder a tenu à identifier le problème central dans la région de MEMA en rapport avec l’islam : avoir une identité différente effraye les gens qui ont toujours cru à une seule identité profondément liée à l’islam et qui exclue tout le reste ».

Par ailleurs, en 2013, le renversement du président égyptien issu des frères musulmans Mohamed Morsi, a été perçu comme le signal d’alarme pour Ennahdha en Tunisie. «Nos islamistes ont été très intelligents dans l’évaluation de la situation en Egypte. Ils ont compris qu’ils seraient les prochains, et ont modéré leur comportement de manière correspondante. Etant laïque, Dr Mili estime que «la charia est le travail des humains; Il n’a rien de divin, même pour un croyant, en particulier en ce qui concerne l’esclavage, dans l’islam, comme toute autre vieille doctrine, l’esclavage n’a pas été aboli. C’est là que le besoin d’une séparation bien définie entre la religion et l’état s’impose ».

Notons enfin que l’Amel Mili a préparé pour le compte de la presse universitaire de New England / Brandeis University Press un livre intitulé Gender and the Arab Spring. Elle a de même été co-présidente du premier atelier international sur les technologies numériques pour l’enseignement et l’apprentissage de l’arabe (tenu à Tunis en Tunisie en mai 2012).

N.B

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