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Une enquête sur la perception du leadership américain révèle l’impopularité de Trump, y compris en Tunisie

La perception à l’international de la politique de l’administration américaine de Donald Trump reste négative, en particulier parmi ses principaux alliés, deux ans après son élection à la tête des Etats-Unis. C’est en tout cas ce que révèlent les principales conclusions d’une nouvelle enquête menée par le Pew Research Center auprès de 26 112 personnes issues de 25 pays, une série de sondages qui a eu lieu du 20 mai au 12 août 2018. Ce sondage révèle aussi la popularité dont jouissent les dirigeant russe et chinois auprès de l’opinion publique tunisienne, par ailleurs plutôt hostile au leadership américain.

A l’approche du deuxième anniversaire de l’élection du milliardaire républicain Donald Trump à la tête des Etats-Unis, un nouveau sondage réalisé par le Pew Research Center auprès de 25 pays révèle que l’image de Trump à l’échelle internationale reste médiocre et que les cotes attribuées aux Etats-Unis de Trump sont bien inférieures à celles dont bénéficiait l’Amérique de son prédécesseur, le démocrate Barack Obama.

Le sondage dévoile ainsi que nombreuses sont les personnes qui expriment de profondes préoccupations quant au rôle qu’est en train de jouer l’Amérique dans la marche des affaires internationales. L’image du « soft power » américain, mêlant côte à côte puissance militaire et économique et respect des libertés individuelles, est également en souffrance. « Il y a des signes qui montrent que le soft power américain est également en train de décliner […] Bien que les Etats-Unis conservent leur réputation en matière de respect des libertés individuelles, [le sondage montre que les gens] sont moins nombreux à croire [à cette réputation] qu’il y a dix ans », écrit le Pew Research Center.

 

Chart showing America’s international image in 2018

Les frustrations exprimées à l’égard de l’actuelle politique des Etats-Unis de Trump sont particulièrement courantes chez certains des plus proches alliés et partenaires traditionnels de l’Amérique. En Allemagne, où seulement 10% des personnes ont déclaré avoir confiance en Donald Trump, les trois quarts des sondés estiment que les Etats-Unis en font moins pour résoudre les problèmes mondiaux. De même, seuls 9% des Français ont confiance en Trump et 81% d’entre eux pensent que les Etats-Unis ne tiennent pas compte des intérêts d’autres pays, dont le leur, lorsqu’ils prennent des décisions de politique étrangère. Les notes les plus basses de l’enquête proviennent logiquement du Mexique, où seulement 6% ont confiance dans l’actuel leadership américain et où le projet américain de construction d’un mur frontalier a déclenché une très vive polémique. Logiquement aussi, depuis le déplacement très controversé de l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem, Israël fait figure d’exception dans cette tendance déclinante : 69% des sondés de l’Etat hébreu ont ainsi attribué une note positive à Trump, contre 56% en 2017.

Perception d’une reconfiguration géopolitique

Le rôle de pays comme la Chine, la Russie et l’Allemagne semblent modérément gagner en importance auprès de l’opinion publique des pays étudiés par l’enquête, annonçant ainsi un début de revirement dans la perception publique de la configuration géopolitique qui a prévalu si longtemps. Les opinions exprimées à l’égard du pouvoir chinois montrent une tendance à la hausse de la place qu’occupe la Chine dans la gestion des affaires internationales : une moyenne de 70% de pays affirme que le rôle de la Chine dans le monde s’est accru au cours des dix dernières années. Mais malgré le malaise que beaucoup ressentent actuellement à propos des Etats-Unis, c’est l’idée d’un ordre mondial dirigé par les Etats-Unis qui obtient le plus d’adhésion par rapport au scénario qui donne la primauté à un leadership chinois menant le monde. C’est le cas dans presque tous les pays, particulièrement chez certains voisins de la Chine en Asie-Pacifique, comme le Japon, les Philippines, la Corée du Sud ou encore l’Australie.

Trois pays font cependant exception à la règle pro-américaine : l’Argentine, la Russie et la Tunisie, dont les sondés qui préféreraient voir la Chine passer à l’avant-garde de la politique mondiale l’emportent. Aussi, ce sont 53% des Tunisiens qui portent un jugement favorable sur la politique étrangère controversée de Vladimir Poutine et 53% également pour celle de Xi Jinping. Ce sont toutefois le président français et la chancelière allemande qui obtiennent le plus d’adhésion en Tunisie, avec respectivement 65 et 59% des Tunisiens qui ont déclaré accorder leur confiance aux choix en matière de politique étrangère de ces deux dirigeants européens.

Graphique montrant que dans de nombreux pays, les grandes majorités préfèrent le leadership américain.

L’étude n’a pas fait ressortir de réel consensus sur le maintien dans le temps de la prépondérance de la place de l’Amérique dans la direction des affaires internationales. En moyenne, 35% des pays étudiés affirment observer un statu quo depuis une dizaine d’années, 31% estiment que les Etats-Unis ont gagné en influence et 25% pensent au contraire qu’ils en ont perdu.

Par ailleurs, une moyenne de 41% de pays pense que le rôle de Moscou sur la scène mondiale s’est renforcé au cours de la dernière décennie, un avis particulièrement exprimé en Grèce, en Israël, en Russie et en Tunisie.

Le cas de l’Allemagne est moins consensuel. Dans l’ensemble, les opinions divergent sur l’importance du rôle de l’Allemagne comparativement à il y a 10 ans, mais beaucoup en Europe considèrent que le rôle de l’Allemagne est plus influent. Enfin, les Européens sont aujourd’hui plus nombreux qu’auparavant à penser que le Royaume-Uni joue un rôle moins important dans le monde que par le passé.

Les Etats-Unis particulièrement mal vus en Europe et en Russie

Cette année, 10 des 25 pays inclus dans l’enquête sont membres de l’Union européenne. Parmi eux, seule une moyenne de 43% a exprimé une opinion favorable à propos des Etats-Unis. En Afrique subsaharienne au contraire, les avis exprimés sur les Etats-Unis de Donald Trump sont globalement positifs, les Kenyans, les Nigérians et les Sud-Africains donnant des opinions généralement favorables cette année. Les trois pays d’Amérique latine interrogés ont fait part d’opinions divergentes sur les Etats-Unis, les Brésiliens exprimant des points de vue généralement favorables, contrairement aux Argentins et aux Mexicains. Enfin, les deux pays sondés de la région MENA, Israël et la Tunisie, présentent des évaluations extrêmement différentes (seuls 37% des sondés originaires de Tunisie ont une opinion favorable des Etats-Unis contre 83% d’Israéliens).

Malgré les tentatives de rapprochement entre les deux pays, la Russie est le pays qui a attribué aux Etats-Unis la plus mauvaise “note”. Seuls 26% des Russes ont une opinion favorable des Etats-Unis, contre 41% en 2017. Plus de la moitié des Russes interrogés ont déclaré que les relations russo-américaines s’étaient détériorées au cours de l’année écoulée.

Trump, dernier de la classe

Un graphique de l’étude montre par ailleurs que la chancelière allemande Angela Merkel et le président français Emmanuel Macron sont les deux dirigeants qui se sont vu accorder le plus de confiance en matière de choix de politique internationale parmi cinq dirigeants de puissances mondiales. Ils sont ainsi placés avant le dirigeant chinois Xi Jinping, le président russe Vladimir Poutine et Donald Trump, dernier de la liste. Mme Merkel et M. Macron bénéficient de critiques généralement positives et sont majoritairement populaires dans l’UE, bien qu’il existe des divisions régionales en Europe, les sondés de l’est et du sud du vieux continent se montranChart showing that Merkel and Macron are viewed with more confidence internationally than Xi, Putin or Trump.t plus circonspects à l’égard de la politique européenne et internationale du couple franco-allemand.

Sauf dans de rares pays, on l’a vu, comme la Tunisie, le maître du Kremlin et le dirigeant chinois ont recueilli en majorité des critiques négatives.

Enfin, un constat intéressant se détache de cette étude : en Europe, les notations de Trump sont en fin de compte similaires à celles de M. Bush vers la fin de son second mandat, fait remarquer le Pew Research Center. Une critique largement partagée à propos de la politique étrangère américaine au cours des quinze dernières années est que les Etats-Unis ne sont motivés que par la défense de leurs propres intérêts, faisant fi des intérêts d’autres nations, même partenaires. Les enquêtes du Pew Research Center ont montré que cette conviction était particulièrement répandue pendant la présidence de George W. Bush, à la politique duquel étaient opposées de nombreuses personnes dans le monde qui remettaient notamment en cause sa politique antiterroriste et les guerres qu’il a menées en Irak et en Afghanistan. Cette perception de la centralité des intérêts américains dans la politique menée par les Etats-Unis au détriment des intérêts de leurs partenaires est donc de nouveau observée sous la présidence de Donald Trump.

Nejiba Belkadi

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