Guaido
L'opposant vénézuélien Juan Guaido, le 12 février 2019 à Caracas Photo Federico PARRA. AFP.

Venezuela: Guaido resserre un peu plus l’étau économique sur Maduro

L’opposant Juan Guaido a annoncé jeudi la nomination d’une nouvelle direction pour Citgo, la filiale de la compagnie nationale pétrolière, de Petroleos de Venezuela SA (PDVSA), implantée aux Etats-Unis. Le pétrole du Venezuela est raffiné en partie aux Etats-Unis par Citgo. Il s’agit d’une tentative supplémentaire, qualifiée d' »annonce historique » ayant pour but de resserrer l’étau économique sur l’administration du président élu Nicolas Maduro.

« La nouvelle direction sera composée de Vénézuéliens compétents, non impliqués dans des scandales de corruption et sans affiliation politique », a annoncé sur Twitter Juan Guaido, qui s’est auto-proclamé président par intérim puis a été reconnu comme tel par une cinquantaine de pays.

« Par cette décision, non seulement nous protégeons nos actifs, mais nous évitons également que se poursuive la destruction de l’entreprise, nous évitons sa perte », a-t-il ajouté. Les Etats-Unis, avec lesquels ce pays a rompu ses relations diplomatiques après la reconnaissance de Juan Guaido comme président par intérim, ont déjà officiellement attribué le contrôle des comptes bancaires vénézuéliens sur le territoire américain au chef de file de l’opposition.

A compter du 28 avril, Washington prévoit également d’imposer un embargo sur les exportations essentielles de brut vénézuélien vers le marché américain, explique l’AFP. Caracas estime que les dommages causés à l’économie par le « blocus américain » s’élèvent à 30 milliards de dollars. Avant cela, le président américain Donald Trump avait martelé qu’il n’excluait aucune option concernant le Venezuela. « Il y a différentes solutions, différentes options. Nous étudions toutes les options », a déclaré le président américain depuis la Maison Blanche où il a reçu le chef d’Etat colombien Ivan Duque.

Une rencontre qualifiée par Nicolas Maduro de « fête de la haine » contre le Venezuela. « Ne touchez pas au Venezuela ! », a mis en garde le chef d’Etat vénézuélien, critiquant les deux dirigeants qui ont préféré parler du Venezuela « plutôt que de la cocaïne produite en Colombie », premier producteur mondial de cette drogue.

Crise économique

Le Venezuela est secoué par une grave crise économique et PDVSA, considéré comme un pilier essentiel de l’économie du pays, avait été une des cinq plus grandes compagnies pétrolières au monde. Mais elle pâtit aujourd’hui d’une chute de la production, d’une dette « abyssale », mais également des lourdes sanctions américaines, explique l’AFP.

La compagnie exporte vers les Etats-Unis près de la moitié de sa production de brut, représentant 75 % de son cash-flow. Le pétrole finance 96 % du budget de l’Etat. Mercredi, l’Agence américaine de l’énergie (EIA) a déclaré que les achats de pétrole brut vénézuélien ont totalisé 117 000 barils par jour la semaine dernière, soit cinq fois moins que fin janvier.

M. Guaido a en outre déclaré qu’il comptait demander à l’Union européenne de geler les avoirs et les comptes vénézuéliens sur son territoire. Nicolas Maduro, soutenu par la Russie, la Turquie, l’Iran et la Chine, accuse ainsi Washington de vouloir le renverser pour s’accaparer les réserves pétrolières du pays, les plus importantes du monde.

De son côté, Donald Trump a déclaré que Nicolas Maduro commettait une « terrible erreur » en « empêchant » l’aide humanitaire américaine d’entrer dans le pays. L’entrée de vivres et de médicaments, stockés en Colombie, à la frontière avec le Venezuela, est l’objet depuis plusieurs jours d’un échange d’invectives entre Nicolas Maduro et Juan Guaido. Le président vénézuélien juge que cette aide n’est qu’un « show politique », prélude à une intervention militaire des Etats-Unis. Mercredi, il a traité M. Guaido de « marionnette qui fait un travail de cheval de Troie » au profit des Etats-Unis.

https://twitter.com/PresidencialVen/status/1095816186472943616

« Coup d’Etat » contre le Vénézuela

M. Guaido a sans surprise insisté sur la nécessité de renforcer la pression sur Caracas : « Avec le président Donald Trump, nous partageons cet objectif : libérer le Venezuela de la dictature. » Avant cette rencontre, le ministre vénézuélien des Affaires étrangères, Jorge Arreaza, avait déclaré sur Twitter que le chef de l’Etat colombien s’était rendu aux Etats-Unis pour recevoir de ses « patrons » « une bonne note dans l’élaboration d’un plan de coup d’Etat au Venezuela ».

Mardi, Juan Guaido avait une nouvelle fois menacé Nicolas Maduro en assurant que l’aide entrerait dans le pays le 23 février. Son représentant pour la coordination de l’aide d’urgence, le député d’opposition Lester Toledo, en visite au Brésil, a lui affirmé que les militaires vénézuéliens « aideront à l’acheminement de l’aide ».

Sur le front diplomatique, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a mis en garde son homologue américain Mike Pompeo contre tout « recours à la force » au Venezuela.

N.B., avec AFP

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