Otan arabe

Vers la création d’une « Otan arabe » ?

Il y a un peu plus de soixante ans, le Royaume-Uni et les Etats-Unis instauraient ensemble le Traité d’organisation du Moyen-Orient (Middle East Treaty Organization, METO), également connu sous le nom de Pacte de Bagdad, qui avait pour but de lutter contre l’expansion idéologique et politique de l’Union soviétique. Une alliance qui avait été fermement dénoncée puis combattue par le dirigeant égyptien Gamal Abdel Nasser avant d’être « réduite à pas grand chose au lendemain du renversement de la monarchie en Irak en 1958 », comme le rappelle l’universitaire Abdulhadi Khalaf dans Orient XXI. Aujourd’hui, une nouvelle initiative vient déterrer cette alliance sécuritaire avec pour objectif cette fois de limiter l’influence de l’Iran dans la région.

Car à l’Assemblée générale des Nations Unies qui se déroule actuellement, des membres du CCG (Conseil de coopération du Golfe) ont affirmé soutenir « la position de Trump sur l’Iran » et qu’ils « pourraient [ainsi] rejoindre une nouvelle alliance » arabe, a affirmé samedi le quotidien émirati The National.

Le journal émirati précise que le président Donald Trump compte apporter son soutien à un projet arabe visant à offrir une alliance de sécurité au Moyen-Orient et aux membres du CCG qui soutiennent la position américaine sur l’Iran, proposition qui devrait être discutée en coulisse lors des réunions de l’Assemblée générale à New York et de prochaines rencontres. Le 27 juillet 2018 déjà, les médias faisaient déjà état de l’intention du président américain Donald Trump de rassembler les pays arabes du Golfe autour d’un sommet qui serait organisé vers la mi-octobre à Washington, avec en filigrane le renforcement de la coopération entre les dirigeants du Golfe et les Etats-Unis dans les domaines diplomatique, sécuritaire, militaire et politique en vue de faire face à l’Iran et de définir un cadre institutionnel pour l’établissement d’une « Middle East Strategic Alliance » (MESA).

Divergences de vue

Mais l’annonce d’une mise en place de la « MESA » était en réalité attendue depuis le déplacement de Trump en Arabie saoudite, le 22 mai 2017, une « visite historique » qui avait donné lieu à plusieurs réunions : une rencontre entre le président américain et le roi saoudien, une autre avec les dirigeants des pays du CCG et une troisième avec les représentants des 55 Etats arabes et islamiques rassemblés à Riyad, comme le rappelle Orient XXI.

Finalement, il n’en a résulté que la « Déclaration de Riyad », qui met l’accent sur « le partenariat étroit entre les participants en vue de lutter contre l’extrémisme et le terrorisme sous toutes leurs formes et contre leurs racines idéologiques, ainsi que le tarissement de leurs sources de financement », « le renforcement de la coexistence et de la tolérance constructive entre les différents pays, religions et cultures », et « la détermination à lutter contre les agendas confessionnels et l’ingérence dans les affaires des Etats ».

Selon M. Khalaf, ces atermoiements s’expliquent par la persistance de divergences de vue concernant tant la composition et le rôle régional précis de la nouvelle alliance que les conditions d’adhésion et le rôle des pays membres au sein de ses institutions. « Du point de vue américain, l’idéal serait que les Etats-Unis en prennent la tête et que l’Arabie saoudite et les Emirats se chargent du financement, l’Egypte et la Jordanie fournissant quant à elles les ressources humaines », explique-t-il dans le magazine français.

Par ailleurs, la question de l’adhésion d’Israël, qui « irait forcément de soi » selon les Américains, pourrait particulièrement poser problème. Mais pour l’heure, « si rien n’indique que les principaux intéressés (pays du Golfe, Egypte et Jordanie) adhèrent à la vision de Washington, rien non plus ne laisse penser qu’ils pourraient émettre des objections, et encore moins un refus », soutient l’auteur de l’article. Une chose est sûre selon lui : la plupart des pays concernés par la future alliance ont déjà intégré l’affirmation américaine selon laquelle le principal danger pour la sécurité dans la région provient désormais de la République islamique d’Iran et non plus de l’Etat hébreu.

Outre ces questions, les Saoudiens vont devoir, dans le cas où la mise en place d’une nouvelle structure militaro-sécuritaire officielle était actée, renoncer à l’Alliance militaire islamique de lutte contre le terrorisme. Fondée en 2015, cette coalition controversée, dans laquelle le prince héritier saoudien a beaucoup investi politiquement et financièrement, vise à régler la crise yéménite et à intervenir contre l’Etat islamique.

La question iranienne devrait en tout cas dominer le sommet de l’Assemblée générale des Nations unies et présider aux discussions préliminaires à la mise en place de la nouvelle entité arabo-américaine. Depuis son retrait de l’accord nucléaire de 2015 avec l’Iran, Donald Trump a pris différentes mesures pour mettre l’économie iranienne sous pression. Et les projections d’une forte baisse des exportations de pétrole iranien après une deuxième salve de sanctions en novembre vont encore accroître la pression sur l’Iran.

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