Un casque bleu de la Minusca en 2017. Photo : AFP

Viols de casques bleus en RCA : l’ONU pointe les erreurs de l’enquête

L’affaire des violences sexuelles commises en République centrafricaine par des casques bleus gabonais et burundais entre 2014 et 2015 connaît un rebondissement. Dévoilé le 31 octobre par le site spécialisé The New Humanitarian, un rapport met en effet en lumière une accumulation d’erreurs et de dysfonctionnements qui interrogent sur la capacité de l’ONU à lutter contre ces violences sexuelles.

L’audit interne des Nations unies, dont RFI a également pu se procurer une copie, révèle de nombreux dysfonctionnements dans cette enquête menée à partir de 2016. Des erreurs, notamment méthodologiques, qui expliqueraient pourquoi de nombreuses accusations n’ont pu être confirmées, ni pourquoi l’enquête n’a pu réellement aboutir, indique le média français. L’enquête était menée par l’organisation mondiale sur 163 cas possibles de crimes sexuels commis par des casques bleus du Gabon et du Burundi, en majorité sur des filles mineures. Ces faits se seraient produits à Dékoa, une localité située à 250 km au nord de Bangui.

La correspondante à New York de RFI, Carrie Nooten, indique qu’il s’agit d’une « sévère autocritique » que le service de contrôle interne de l’ONU – l’OIOS – a menée en entreprenant de diligenter cet audit. En effet, devant la liste accablante d’erreurs, « on comprend pourquoi l’enquête sur les soupçons de viols par les soldats » de la Minusca, à Dekoa, ne parvient pas à avancer. « On peut craindre aussi qu’une majorité des preuves rassemblées par les enquêteurs, en 2016, ne seront jamais recevables devant un tribunal », explique la correspondante de RFI.

L’audit pointe d’abord des dysfonctionnements organisationnels. L’UNICEF, par exemple, est la première à entendre les témoignages, mais tarde à prévenir l’ONU. Est également pointé le manque de préparation des interrogatoires qui, selon le protocole, a pris de court les 31 enquêteurs dépêchés à Dekoa.

Erreurs dans la méthodologie

Le rapport relève également des erreurs dans la méthodologie des interrogatoires dont certaines questions pouvaient être « humiliantes » ou « intimidantes » pour les femmes qui devaient témoigner des viols qu’elles avaient subis. Enfin, l’audit montre que de nombreux échantillons d’ADN, preuves primordiales dans les affaires de viols, ont été mal conservés et avaient tout simplement « pourri ». Ces interrogatoires « humiliants » pour les victimes et ces prélèvements ADN inutilisables car conservés en pleine chaleur s’ajoutent à des « soupçons de corruption ignorés dans le rapport final », ajoute Le Monde. Le quotidien français souligne qu’autant d’éléments pourraient « avoir des conséquences sur le traitement judiciaire à venir de chaque cas ».

« Finalement, sur les 163 dénonciations, 26 n’ont pas été retenues. Les 69 cas impliquant les soldats burundais ont été requalifiés en relations de ‘fraternisation’ avec des civils, et les 68 cas mettant en cause les casques bleus gabonais sont toujours en attente », poursuit RFI.

La Minusca affirme mener, depuis quelques mois, une politique de « tolérance 0 » vis-à-vis des casques bleus qui entretiendraient des relations avec des Centrafricaines ou seraient soupçonnés d’abus sexuels. Les sanctions sont immédiates et les soldats incriminés radiés à vie des missions onusiennes de maintien de la paix. « Le Secrétaire général de l’ONU prendra toutes les mesures qui s’imposent pour s’assurer que la MINUSCA respecte pleinement la politique de tolérance zéro de l’ONU à l’égard de l’exploitation et des atteintes sexuelles. Les antécédents de tous les membres du personnel de la Mission devront notamment être vérifiés afin de s’assurer qu’ils n’ont eu aucun comportement sexuel répréhensible », indiquait ainsi un communiqué officiel publié en décembre 2018 sur le site Internet de la Minusca.

RFI indique ainsi que de nombreuses sensibilisations sont menées auprès des troupes déployées ainsi qu’au sein de la population. Par ailleurs, toute « fraternisation » est désormais interdite.

Avec RFI et Le Monde

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