Ouvrez les horizons du monde aux jeunes tunisiens

Visite réussie en Tunisie d’un groupe d’élèves coréens: Ouvrez les horizons du monde aux jeunes tunisiens !

Par Mustapha KHAMMARI

La notion de «diplomatie économique » est à la mode. On en parle comme s’il y avait une recette toute faite pour gagner des marchés, attirer des investisseurs et des touristes. Sans langage diplomatico-académique, diplomatie classique ou économique signifie en premier lieu capacité de communiquer, de dialoguer et de faire connaissance c’est-à-dire aussi  gagner des amitiés et susciter la curiosité de nos partenaires. Ce sont les relations humaines qui rapprochent les peuples et l’échange de jeunes est un facteur essentiel de rapprochement entre eux.

Je partage ces réflexions avec les lecteurs du journal « Le Diplomate » à l’occasion de la visite d’un groupe de jeunes coréens, venu passer des vacances  en Tunisie.

Ces vacances, représentent pour les candidats aux prochaines échéances scolaires et universitaires et particulièrement le redoutable « suneung » le baccalauréat coréen que plus de six cent mille élèves passent chaque année , une opportunité de révisions et de «  bachotage » de préparation de ce fameux examen tant redouté par les candidats et leurs familles, parce qu’il conditionne leur avenir, tant la sélection est rigoureuse et le classement décisif pour accéder aux meilleures universités et garantir un emploi  prestigieux et rémunérateur.

C’est pour ces raisons que les enseignants du groupe d’élèves venus en Tunisie ont, nous dit-on, tenté de les dissuader d’entreprendre ce voyage qui leur semblait, inopportun, en ces périodes censées être consacrées aux révisions.

Si les élèves concernés n’ont pas écouté les conseils insistants de leurs enseignants, c’est que leurs familles les ont encouragés à voyager pour leur ouvrir de nouveaux horizons, les faire sortir, en quelque sorte à l’ambiance stressante, autour de cet examen tant convoité et pourtant si redouté.

On se rend compte de plus en plus en Corée que la pression du résultat et le culte de la performance suscitent de profonds bouleversements au sein de la société soumise à des pressions stressantes par la course a la performance. De nombreux parents sont de plus en plus convaincus de la nécessité d’ouvrir d’autres horizons plus larges permettant à leurs enfants de connaître le monde et d’échapper au stress, au sein d’un système certes reconnu efficace mais pour de nombreuses familles, peu propice à l’épanouissement psychologique,  intellectuel et social de leurs enfants.

Treize jeunes élèves coréens ont donc choisi de venir en Tunisie, à l’initiative d’une de leurs compatriotes, Mme Haejin Choi, enseignante de langue coréenne à Bourguiba School. Une occasion pour elle de familiariser ses élèves tunisiens avec la langue parlée du pays du matin calme et de partager avec ses jeunes compatriotes sa découverte de la Tunisie, pays qu’elle a appris à aimer et dont elle veut partager la beauté avec ses jeunes hôtes.

Après une semaine passée à Paris, le groupe de jeunes coréens qui ne semble pas avoir apprécié «l’indifférence et le peu d’enthousiasme » ressentis pendant leur séjour parisien,vis-à-vis des étrangers ajoutés à la cherté de la vie, ont été autant surpris que conquis par l’accueil qu’ils ont trouvé auprès de leurs camarades tunisiens et par la beauté du Sahara, de Sidi Bou Saïd et des autres régions visitées.

Leurs témoignages enthousiastes expriment aussi leur étonnement d’avoir pu visiter un pays musulman où ils ont pu se rendre compte à quel point les stéréotypes déforment la réalité et provoquent des a priori  générateurs d’incompréhensions et de rejets.

Entourés par la sollicitude de leurs camarades tunisiens, ces jeunes coréens découvrent pour la première fois qu’un pays à majorité de population musulmane est différent de l’image déformée que montrent les médias férus de sensationnel et amateurs d’amalgames et qu’on Tunisie ,la tolérance ,l’ouverture sur les autres et sur la modernité sont réels et palpables au sein d’un peuple avenant et hospitalier.

Ces jeunes coréens ont ramené avec chez un florilège d’images là où le nom de la Tunisie circulera encore une fois dans les lycées et les campus, non pour désigner les frasques de quelques égarés dont le business macabre ne trompe plus personne, mais pour dire à la jeunesse coréenne combien la Tunisie est un pays de paix, d’amitié et de beauté le tout adossé à une histoire multimillénaire qui raconte la saga d’une grande civilisation.

Seul Gi Park, une jeune participante au voyage a livré ce message à ses camarades tunisiennes :

« Combien c’est réconfortant de vous connaître les filles. J’ai réalisé combien le préjudice peut être cruel et l’a-priori déformant, quelles que soient sa nature, sa religion, sa nationalité ou son apparence. Vous mes amies tunisiennes, vous avez fait de moi une personne meilleure.  Nous nous retrouverons un jour inchallah » !

« Merci de garder de nous un bon souvenir », écrira de son côté So bin Park, promettant qu’elle attendra avec impatience ses amies tunisiennes en Corée où elles seront bien accueillies.

Fatma Kardous, jeune étudiante tunisienne en langue coréenne a rendu hommage à leur professeur Mme  Haejin choi «à  qui nous devons la chance de rencontrer des camarades de Corée. Nous avons pu, même si notre enseignement de la langue coréenne ne nous permet pas encore de la parler de manière fluide, échanger des idées, communiquer à propos de nos cultures respectives, partager nos émotions sans forcément s’astreindre à parler de religions, de races mais seulement nous retrouver en tant qu’êtres humains. Je suis heureuse que le groupe est reparti en Corée avec une belle impression sur notre pays et avec derrière la tête l’idée de revenir un jour en Tunisie. »

Autres témoignages tout aussi enthousiastes de Zeineb Ben Hamza, Fatma Kotti, qui racontent leur joie d’avoir pu rencontrer des élèves de Corée et  les inviter chez elles pour leur faire apprécier l’hospitalité tunisienne et leur faire découvrir certains aspects de la vie familiale tunisienne, de ses traditions et de la bonne cuisine tunisienne.

De telles visites et ces échanges entre les jeunes de notre pays avec des jeunes de Corée et d’autres pays du monde fournissent le support et l’assise du renforcement des liens entre la Tunisie et le monde. Les jeunes coréens sont rentrés en Corée pleins de bons souvenirs à raconter à leurs parents, à leurs camarades de lycée et à leurs voisins de club sportifs ou de musique.

Faire des échanges d’élèves et d’étudiants dans le cadre des organisations de tourisme jeune était une tradition dont on n’entend plus- ou presque- parler aujourd’hui en Tunisie.

L’école, seule, ne suffira point si l’Etat omet de fournir des opportunités de découverte du monde à nos jeunes pour qu’ils se forment à la vie et ouvrent leurs yeux sur les vastes horizons  de civilisations et de pays qui sont autant de livre à lire pour échapper à la solitude de l’ignorance et de la sclérose des dogmatismes  destructeurs .

Je  suis convaincu, pour ma part, que la diplomatie dite économique commence d’abord par là !

 

M.K

 

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