visite du prince héritier saoudien
REUTERS/Zoubeir Souissi

Le Washington Post : « Seuls dans le monde arabe, les Tunisiens peuvent protester contre la visite du prince héritier saoudien »

La visite de Mohammed ben Salmane en Tunisie, qui a déclenché une vive manifestation de colère de la part des Tunisiens, notamment lors d’un rassemblement d’une foule compacte dans le centre de Tunis le 27 novembre, a été très commentée par la presse étrangère, voyant un signe de plus de la particularité tunisienne dans la mobilisation de la société civile. « En Tunisie, qui a renversé le dictateur de longue date Zine el-Abidine Ben Ali, la liberté de réunion et d’expression semble intacte. Les gens ont donc pu dire qu’ils étaient loin d’être ravis par la visite du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane mardi », commente ainsi le Washington Post.

Cette visite intervient alors que le dirigeant de l’Arabie saoudite, qualifié de « roitelet » par les manifestants tunisiens, est lié selon des agences de renseignement comme la CIA au meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi le 2 octobre au consulat d’Arabie saoudite à Istanbul.

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Accueil chaleureux en Egypte

Avant de se rendre au sommet du G20 en Argentine qui s’ouvre vendredi, Mohammed ben Salmane s’est rendu dans plusieurs pays arabes, y compris des alliés proches tels que les Emirats arabes unis et l’Egypte, où il a été chaleureusement accueilli. Ces voyages ont été décrits comme « une sorte de tournée de retour » censée éteindre le feu de l’indignation mondiale provoquée par l’assassinat brutal de l’éditorialiste saoudien Khashoggi.

Même si le nombre de manifestants tunisiens était plutôt limité, la scène contrastait nettement avec les images parvenues d’Egypte, où le président Abdel Fatah al-Sissi avait accueilli le prince. « Sur la place Tahrir au Caire, l’épicentre de la révolte du Printemps arabe en Egypte, quelques personnes portant des drapeaux saoudien et égyptien ont posé pour des photographes mardi, poursuit le média américain. En Tunisie, en revanche, des organisations de la société civile et le Syndicat des journalistes ont clamé leur colère, ce dernier ayant publié une déclaration à l’adresse du président de la République dans laquelle il décrit [l’héritier du trône] comme un véritable ennemi de la liberté d’expression. »

« Les activistes ont également orné la villa qui abrite le siège du Syndicat des journalistes avec une bannière montrant une personnalité saoudienne vêtue d’un manteau et [munie] d’une tronçonneuse, en référence au démembrement de Khashoggi », explique encore le Washington Post.

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« Non à la profanation de la Tunisie »

Une affiche de taille similaire représentant une personne portant un fouet a également été vue au siège de l’Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD). « Pas de bienvenue au fouet pour les femmes », est-il ainsi écrit dans la grande banderole.

Publiée par Association Tunisienne des Femmes Démocrates ( Page Officielle) sur Lundi 26 novembre 2018

Et lundi soir, des dizaines de manifestants ont afflué vers l’avenue Habib Bourguiba à Tunis. « La foule a protesté devant le théâtre municipal, portant des affiches condamnant Mohammed ben Salmane pour ses crimes de guerre », écrit le journal américain. « La Tunisie ne peut accepter de le recevoir et le laisser se nettoyer d’un meurtre horrible », a pour sa part déclaré Soukaina Abdessamad, du syndicat des journalistes, citée par Reuters.

Le lendemain, dans un climat de sécurité intense, des centaines de personnes ont défilé dans la même avenue, agitant le drapeau palestinien et blâmant le gouvernement saoudien pour la guerre sanglante qu’il mène contre le Yémen, où une crise humanitaire d’envergure sévit depuis des années. Ils ont réclamé le renvoi de Mohammed ben Salmane. « Beaucoup dans la foule ont agité des scies, autre référence au démembrement de Khashoggi », relève encore le journal américain.

مسيرة بشارع الحبيب بورقيبة منددة بزيارة بن سلمان إلى تونس

Publiée par Jawhara FM sur Mardi 27 novembre 2018

Dans sa dernière chronique, Khashoggi a souligné que la Tunisie était l’un des rares Etats du monde arabe à avoir encore une certaine liberté d’expression, « alors que l’Arabe saoudite fournit un refuge au dictateur tunisien déchu », fait valoir le WP.

Le gouvernement tunisien a dénoncé le meurtre de M. Khashoggi et a appelé à établir la vérité sur les faits, « mais cela ne l’a pas empêché de souhaiter la bienvenue à Mohammed ben Salmane ». « Noureddine Ben Ticha, conseiller du président Beji Caïd Essebsi, a déclaré que tous les dirigeants arabes étaient les bienvenus dans le cadre des efforts visant à nouer des liens avec les ‘pays frères’. Une des affiches que les manifestants ont portées mardi montrait M. Caïd Essebsi les poches remplies d’argent, en train de laver le sang des mains du prince », met en avant le Washington Post.

N.B.REUTERS/Zoubeir Souissi

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