Kamel Jendoubi

Yémen : une mission d’enquête de l’ONU, présidée par le Tunisien Kamel Jendoubi, évoque des « crimes de guerre »

Désigné le 5 décembre 2017 par le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme à la tête d’un groupe d’experts internationaux et régionaux pour enquêter sur les violations des droits de l’homme au Yémen, le militant tunisien des droits de l’homme Kamel Jendoubi et des observateurs de la mission onusienne ont livré des conclusions tranchées. Toutes les parties prenantes au conflit ont « potentiellement » commis des « crimes de guerre », a ainsi affirmé, mardi 28 août, la mission d’experts mandatée par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU.

« Le rapport identifie également des domaines importants où des violations et des abus peuvent avoir été commis mais une enquête plus approfondie est nécessaire », explique l’ONU dans un communiqué publié le 28 août.

Dans leurs conclusions, les experts indiquent notamment que des responsables au sein du gouvernement du Yémen et de la coalition, y compris l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis, et dans les autorités de facto, ont « commis des actes susceptibles d’être déterminés par un tribunal indépendant et compétent comme étant des crimes internationaux ».

Le rapport, qui repose sur des éléments documentés datant de septembre 2014 à juin 2018, relève que les frappes aériennes de la coalition ont causé le plus de victimes civiles directes. Les frappes aériennes ont touché des « zones résidentielles, des marchés, des funérailles, des mariages, des centres de détention, des bateaux civils et même des installations médicales ». Sur la base des éléments analysés et des incidents examinés, le groupe d’experts explique avoir des « motifs raisonnables » d’affirmer que « des membres du gouvernement yéménite et de la coalition ont pu mener des attaques en violation des principes de distinction, de proportionnalité et de précaution pouvant constituer des crimes de guerre ».

Le gouvernement du Yémen : premier responsable

Le gouvernement du Yémen, qui « a le devoir de protéger les personnes relevant de sa juridiction », est le premier à devoir assumer la responsabilité juridique de ces violations et crimes. « Je demande au gouvernement du Yémen d’enquêter et de poursuivre en justice les violations qui constituent des crimes commis par leurs ressortissants et leurs forces armées », a déclaré Kamel Jendoubi. Lors d’une conférence de presse à Genève, M. Jendoubi a également précisé que les enquêteurs avaient identifié un certain nombre de responsables présumés. « Une liste confidentielle de ces individus va être présentée aujourd’hui au haut commissaire » aux droits de l’homme de l’ONU, a-t-il ajouté.

Selon le Bureau des droits de l’homme des Nations Unies, de mars 2015 jusqu’au 23 août 2018, 6660 civils ont été tués et 10 563 blessés. Les chiffres réels seront toutefois « probablement beaucoup plus élevés », ajoute le communiqué de l’organisation mondiale.

Les enfants paient le plus lourd tribut à la guerre

Déjà, le 9 août, un raid aérien mené dans la province de Saada, zone contrôlée par les rebelles houthis, et attribué à cette coalition militaire sous commandement saoudien, avait frappé un bus qui transportait des enfants, tuant 40 d’entre eux. Un carnage qui avait entraîné une vague de réprobations internationales. Dans ce « conflit oublié », comme le qualifie M. Jendoubi, les enfants sont en effet les principales victimes, étant notamment enrôlés de force par les différentes parties au conflit. Les experts disent disposer d’« informations substantielles » leur permettant d’affirmer que « le gouvernement du Yémen, les forces soutenues par la coalition, ainsi que les forces houthistes » ont recours à des enfants « pour participer activement aux hostilités ».

« Dans la plupart des cas, ces enfants étaient âgés de 11 à 17 ans, mais il y a eu des indications régulières sur le recrutement et l’utilisation d’enfants âgés de huit ans », relève aussi le groupe d’experts. « Les enfants sont les plus vulnérables. La pauvreté, associée à la violence et à l’insécurité, les rend sans défense et les expose à l’exploitation et aux abus par les parties au conflit », a souligné Charles Garraway, membre du groupe mandaté par l’ONU.

« J’exhorte toutes les parties à prendre les mesures nécessaires pour supprimer les restrictions disproportionnées à l’entrée sécurisée et rapide au Yémen de fournitures humanitaires et d’autres biens indispensables à la population civile, et à la circulation des personnes, notamment via l’aéroport international de Sanaa », a par ailleurs déclaré M. Jendoubi.

Avant de prévoir officiellement, le 29 septembre 2017, l’envoi d’experts internationaux au Yémen chargés de désigner les responsables des violations du droit international commises par les parties au conflit, le Conseil des droits de l’homme des Nations unies avait entamé des pourparlers de paix sur le conflit le 6 septembre 2017 à Genève, après le constat d’échec de toutes les tentatives de règlement politique de ce conflit qui a généré l’une des prises crises humanitaires dans le monde.

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